La Havane: Obama rencontre les Cubains
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La HavaneObama rencontre les Cubains

C'est une visite historique qui a commencé dimanche soir, à Cuba, avec l'arrivée du président américain.

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Barack Obama s'est livré mardi à un plaidoyer passionné en faveur des libertés politiques à Cuba. Il s'exprimait lors d'un discours prononcé au troisième et dernier jour de sa visite historique dans l'île et retransmis en direct à la télévision cubaine. 822 mars 2016)

Barack Obama s'est livré mardi à un plaidoyer passionné en faveur des libertés politiques à Cuba. Il s'exprimait lors d'un discours prononcé au troisième et dernier jour de sa visite historique dans l'île et retransmis en direct à la télévision cubaine. 822 mars 2016)

Reuters
Obama a affirmé  à La Havane que tous les Cubains devraient pouvoir «s'exprimer sans peur» et ne devraient pas être détenus pour leurs opinions. Il a déclaré être venu pour «enterrer le dernier vestige de la Guerre froide en Amérique». (22 mars 2016)

Obama a affirmé à La Havane que tous les Cubains devraient pouvoir «s'exprimer sans peur» et ne devraient pas être détenus pour leurs opinions. Il a déclaré être venu pour «enterrer le dernier vestige de la Guerre froide en Amérique». (22 mars 2016)

AFP
Après son discours, Barack Obama s'est entretenu en privé avec une dizaine de dissidents cubains à l'ambassade des Etats-Unis. Il a relevé que certains d'entre eux avaient été emprisonnés et a rendu hommage à leur courage. (22 mars 2016)

Après son discours, Barack Obama s'est entretenu en privé avec une dizaine de dissidents cubains à l'ambassade des Etats-Unis. Il a relevé que certains d'entre eux avaient été emprisonnés et a rendu hommage à leur courage. (22 mars 2016)

AFP

Barack Obama a découvert La Havane dimanche, en famille et sous une pluie battante, devenant le premier président américain en exercice à se rendre à Cuba depuis la révolution castriste de 1959.

«¿Que bola Cuba?» («Comment ça va Cuba ?»), a lancé Barack Obama sur son compte Twitter en utilisant une expression populaire, quelques secondes après l'atterrissage d'Air Force One sur l'aéroport Jose Marti, du nom du père de l'indépendance de cette ancienne colonie espagnole.

«Je suis très émue, c'est un moment que nous attendions tous mais regardez, il est ici, à Cuba!», s'extasiait Amarilis Sosa, 46 ans, une habitante du centre de La Havane, en regardant en direct à la télévision l'arrivée sous la pluie du président américain.

Toilettage politique

Barack Obama, sa femme Michelle et leurs deux filles, Malia, 17 ans, et Sasha, 14 ans, ont parcouru à pied les rues détrempées de la vieille Havane.

Un impressionnant déploiement de forces de police limitait cependant singulièrement l'accès à cette partie de la ville, classée au patrimoine de l'Unesco et toilettée pour l'occasion.

La famille Obama s'est notamment rendue dans la cathédrale de La Havane, trésor baroque du XVIIIe siècle, où elle a rencontré le cardinal Jaime Ortega, un des artisans du rapprochement américano-cubain.

«C'est énorme (...) Je pense vraiment que cela va changer l'avenir», expliquait Ariel Hernandez, ingénieur de 42 ans. «Depuis que je suis petit, on me raconte l'histoire de la révolution et cette histoire, c'était d'abord celle d'être contre les Etats-Unis».

Message

Avec ce voyage, Barack Obama, qui quittera la Maison Blanche dans 10 mois jour pour jour, veut rendre irréversible le spectaculaire rapprochement engagé le 17 décembre 2014 - après 18 mois de négociations secrètes - avec le président cubain Raul Castro.

Raul Castro, de 30 ans son aîné, devrait, lui, une nouvelle fois plaider pour la suppression de l'embargo qui pénalise son pays depuis 1962.

En amont de la visite, la Maison Blanche a consenti de nouveaux assouplissements. Le Trésor américain a autorisé la chaîne hôtelière Starwood à ouvrir deux hôtels à La Havane, une première depuis la révolution castriste de 1959.

Mais La Havane veut davantage, et a manifesté le souhait d'accueillir des touristes américains, d'effectuer des transactions internationales sans entrave, ou d'attirer les investissements étrangers pour soutenir les réformes économiques lancées par Raul Castro.

Droits de l'homme

Après le sommet des Amérique de Panama en avril 2015 et l'Assemblée générale des Nations unies en septembre, la troisième entrevue entre les deux chefs d'Etat sera aussi l'occasion d'évoquer les sujets qui fâchent.

Après avoir déposé une gerbe de fleurs devant le monument honorant le héros national Jose Marti, Barack Obama a promis d'évoquer devant Raul Castro les droits de l'homme.

Quelques heures avant son arrivée, les autorités cubaines ont arrêté plusieurs dizaines de dissidents lors de l'habituelle procession dominicale des Dames en Blanc, près d'une église de l'ouest de La Havane.

Les interpellations lors du défilé dominical de l'organisation sont fréquentes, et la plupart des militants ont comme d'habitude été ensuite libérés, mais l'incident, rapporté par de nombreux médias internationaux, n'était pas du meilleur effet quelques heures à peine avant l'arrivée du président américain.

Rencontre

Barack Obama a invité plusieurs dissidents mardi à l'occasion d'une réunion avec la société civile cubaine, qui se déroulera à l'abri des murs de l'ambassade ou de la résidence américaine.

Sur ce volet, les autorités cubaines demeurent inflexibles, et ont réaffirmé leur fermeté cette semaine par la voix du ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez. Ce dernier a prévenu que La Havane n'était pas disposée à «renoncer à un seul de ses principes (...) pour avancer vers la normalisation».

«Je ne crois pas que la visite d'Obama ait un impact immédiat sur la politique cubaine», juge Michael Shifter, président du think-tank américain Inter-American Dialogue.

«Visite historique»

«C'est une visite historique et une occasion historique», a souligné de son côté le président américain en rencontrant le personnel de l'ambassade américaine, neuf mois après le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux anciens pays ennemis.

«En 1928, le président (américain Calvin) Coolidge était venu sur un navire militaire, cela lui avait pris trois jours. Cela m'a pris seulement trois heures», a-t-il ajouté, en référence au dernier chef d'Etat américain en exercice à s'être déplacé sur l'île.

Barack Obama devient le premier président américain à visiter le Cuba en 88 ans https://t.co/AlGxQJbPvk— News des USA (@NewsDesUSA) 20 mars 2016

Hautement symbolique

L'arrivée du premier président noir des Etats-Unis a une dimension symbolique forte pour la communauté afro-cubaine, notoirement sous-représentée au sein des élites politiques cubaines.

Le temps fort de la visite du 44e président des Etats-Unis sera le discours qu'il prononcera mardi dans un théâtre de La Havane, devant un public sélectionné et les caméras de la télévision cubaine.

«L'idée (de Barack Obama) est de promouvoir une transition progressive, d'encourager un atterrissage en douceur à Cuba en évitant une éruption de la violence ou une crise migratoire majeure», souligne Richard Feinberg, de la Brookings Institution à Washington.

«C'est une stratégie sur le long terme, il regarde au-delà des dirigeants actuels», ajoute-t-il, évoquant le départ de Raul Castro, 84 ans, qui doit se retirer en 2018.

Selon la Maison Blanche, aucune rencontre n'est prévue avec l'ex-président Fidel Castro, âgé de 89 ans.

Malgré l'engouement autour de ce déplacement longtemps impensable, l'embargo qui bride le développement de l'île depuis 1962 demeure en place et les changements espérés par Washington pourraient tarder à se concrétiser.

La Maison Blanche a décrété ces derniers mois une série de mesures pour assouplir l'embargo, dont la levée totale dépend toutefois du Congrès américain.

(AFP)

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