Publié

GymnastiqueOlga, gymnaste activiste malgré elle

Elle a 15 ans et elle change sa nationalité en faveur de la Suisse pour participer aux Européens de gym. Olga est un personnage fictif d’un film bien réel, qui ancre la politique au sport.

par
Rebecca Garcia
Le film accompagne Olga dans sa vie de gymnaste expatriée.

Le film accompagne Olga dans sa vie de gymnaste expatriée.

Capture d’écran, Olga.

L’arme d’Olga pour gagner les championnats d’Europe: le jaeger. Cette figure de gymnastique compliquée est répétée en permanence dans le film réalisé par Elie Grappe. Le film «Olga» porte sur cette jeune Ukrainienne de 15 ans qui doit se détourner de son pays, de la révolution qui s’y passe et de sa mère qui y travaille comme journaliste opposée au régime pour se concentrer sur la gymnastique. Elle atterrit en Suisse, prend la nationalité grâce à son père, et rejoint l’équipe nationale. Le long-métrage est résolument engagé. Il traite des questions d’identité, d’engagement et de ce qu’un individu doit sacrifier pour son pays. Le fil conducteur? Le sport.

Olga, c’est surtout cette gamine innocente qui aimerait juste pratiquer ses figures. Sans politique, sans propagande: elle s’acharne à réussir son Graal à elle – son jaeger. Pour réaliser un tel film, il fallait trouver des gymnastes capables de jouer les actrices plutôt que l’inverse. Elie Grappe a commencé ses recherches au centre olympique de Kiev, il y a trouvé Nastya Budiashkin qui prendra le rôle principal. Elle est accompagnée d’autres gymnastes ukrainiennes et suisses, au sein du cadre national, en pré-retraite ou qui ont récemment cessé ce sport. L’équipe de tournage a aussi posé son matériel à Macolin, pour bénéficier de la salle d’entraînement. «Nous avons pu y tourner pendant que les gymnastes étaient en vacances d’hiver», précise Jean-Marc Fröhle, producteur du film.

Des conditions compliquées

Le producteur de Point Prod revient sur ce tournage compliqué. Il a d’abord fallu convaincre la Fédération suisse de gymnastique des bonnes intentions de l’équipe. «Les membres avaient un peu peur. Ils craignaient un film trop centré sur la politique d’entraînement», explique le Genevois. Une fois rassurés, ils ont laissé les portes ouvertes au tournage.

Le coronavirus n’a lui fait aucun cadeau à l’équipe. Les événements sont annulés les uns après les autres, les athlètes n’ont plus le droit de s’entraîner. «A ce moment-là, on voyait le film s’éloigner», se rappelle Jean-Marc Fröhle. Bercy n’a pas pu tenir sa compétition européenne, Stuttgart a dû renoncer à celle internationale. Point Prod a alors dû mettre sur pied un «faux championnat» au même endroit. Les athlètes, le public de la Porsche-Arena, les phrases du speaker: tout a été reconstitué pour faire comme si tout était plus vrai que nature. «Paradoxalement, cela nous a permis d’avoir les meilleures conditions possibles pour tourner», se réjouit le producteur.

Plutôt que des plans volés des athlètes qui s’élancent sur les barres et les poutres, les caméramen ont pu faire répéter les gestes aux gymnastes. A l’image d’Olga qui enchaîne les tentatives pour son jaeger - ce qui montre un nombre d’atterrissages sur le ventre assez impressionnant -, les athlètes-actrices ont su répondre aux attentes. «Elles donnaient l’impression de ne jamais souffrir», lâche encore le producteur, soufflé par la capacité de ces femmes à répéter le même geste inlassablement. Le plan de tournage a toutefois été construit de manière à laisser des fenêtres de respiration. La journée commence par le sport puis se termine par les dialogues, ce qui permettait aux athlètes de souffler. «On a été vachement précautionneux», précise-t-il.

Lien sport-politique

«On fait du sport, pas de la politique!» C’est ce que dit à Olga un entraîneur ukrainien parti coacher la Russie, au détour d’un couloir. Pour Jean-Marc Fröhle, rien n’est plus faux. «C’est une illusion que les gens se donnent», tranche-t-il. La tenue de la Coupe du monde de football au Qatar, l’attribution des Jeux olympiques, les scandales autour des athlètes russes: tout est politique. Il estime que les USA sont parmi les seuls à avoir embrassé ce fait, notamment à travers le genou à terre de Colin Kaepernik. Les autres pays demeurent plutôt discrets, et rejettent la responsabilité à leurs instances dirigeantes.

Il espère tout de même que l’autre message, lui central, sera retenu. «Le but était de montrer des portraits d’adolescentes fortes. Il n’est pas question de film d’ados en proie à des doutes existentiels, mais des femmes motivées dont les corps sont mis à l’épreuve.»

La protagoniste de 15 ans fustige un monde qui l’empêche de se focaliser sur sa gymnastique. Un monde dont les problèmes d’adultes lui font perdre une amie, une identité et surtout le plaisir de simplement profiter de sa courte vie de jeune athlète. Olga s’acharne à réussir son jaeger, peut-être car elle sait qu’il n’y a rien d’autre à faire. Elle se rend compte que beaucoup de paramètres sont hors de portée d’une gamine comme elle, la preuve avec l’une de ses amies qui prend un autre chemin. Maîtresses de leur destin jusqu’à un certain point, toutes deux font leur choix entre sport et politique. De quoi les rendre heureuses?

Votre opinion