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CriminalitéOlivier Guéniat: «On a franchi la ligne rouge»

Les vols explosent dans le Jura. Selon le commandant Olivier Guéniat, les requérants maghrébins sont en cause. Pour enrayer le phénomène, il évoque des centres fermés. Impossible, selon l'ODM.

par
Anne-Florence Pasquier
Olivier Guéniat déplore «un système judiciaire mal adapté».

Olivier Guéniat déplore «un système judiciaire mal adapté».

Sébastien Anex

«On a franchi la ligne rouge», s'écrie Olivier Guéniat, commandant de la police jurassienne. A l'heure où il s'entretient avec ses homologues romands sur les chiffres 2012 de la criminalité (publication à fin mars 2013), le Jurassien dresse un constat alarmant. Les vols par effraction ont augmenté de 91% dans le Jura, en trois ans. Pour lui, aucun doute, les migrants maghrébins du Printemps arabe sont une partie de la réponse.

«Ce sont des hommes célibataires entre 20 et 30 ans. Ils ont passé par des galères. Ils arrivent chez nous via l'Italie et sont plongés dans un état de survie, complètement déstructurés. Ils n'ont plus aucun espoir, se comportent mal et n'hésitent plus à voler de manière sérielle», constate le Jurassien. Face à cette situation, le chef de police déplore surtout «un système judiciaire mal adapté. Une fois que les auteurs sont arrêtés, c'est le système des jours-amendes. Il faut les arrêter au moins trois fois. Ils sont en préventive puis on les relâche. Alors, une fois en liberté, ils continuent les vols et infractions. Font même du tourisme d'un canton à un autre.»

Des centres fermés

La situation devient insupportable: «Le nombre de victimes augmente. On ne peut pas continuer comme ça. Je pense ici au citoyen. Et d'autres cantons sont confrontés à ce problème.» Et d'interpeller: «Je ne suis pas politicien, je n'ai pas à proposer de solutions, mais il est temps de se poser la question des centres fermés. Est-ce qu'on franchit le pas ou pas?» Olivier Guéniat vise aussi le droit en matière d'asile, car «les procédures de réadmission sont longues, les conditions des centres sont difficiles. Les requérants criminels maghrébins boivent. On constate des problèmes de vols même à l'intérieur des centres, des déprédations et des violences envers le personnel de garde.»

Du côté de l'Office des migrations, la porte-parole Céline Kohlprath ne voit pas où est le problème car elle estime que «ce flux de migrants arrivés d'Italie sont des cas Dublin. En général, ils sont très bien transférés vers le pays où ils ont déposé leur demande d'asile. Les réadmissions ne durent environ que deux mois.» En outre, pour l'ODM, les centres fermés ne sont pas une solution car «la détention en isolement n'est pas légalement possible», relève-t-elle.

A Lausanne aussi

D'autres cantons constatent cette délinquance maghrébine. Toutefois, «depuis le Printemps arabe, la criminalité a évolué. Les truands ont une propension à aller en périphérie, remarque Jean-Luc Gremaud, chef de la police judiciaire municipale de Lausanne. On a ressenti cette vague début 2011, depuis ça s'est stabilisé. Mais leurs délits se sont aggravés, notamment dans le trafic de stupéfiants.» L'alarme est désormais donnée. Les chiffres sur la criminalité attendus à la fin mars alerteront, peut-être, d'eux-mêmes.

Autres cantons concernés

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