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Affaire Varone«On a le choix, se plaindre ou tenir droit et se battre»

Les inquiétudes des militants du PLR, le commandant de la police valaisanne les comprend. Christian Varone les calme en répétant qu'il assumera ses responsabilités comme il l'a toujours fait: sans reculer.

par
Benoît Couchepin
Keystone

Monsieur Varone, est-ce qu'il y a encore des éléments issus du dossier turc qui pourraient apparaître, qui ne sont pas encore connus et qui risqueraient de menacer votre candidature?

Non. Clairement aucun élément nouveau. Je peux assurer aux citoyennes et citoyens valaisans et aux militants de mon parti qu'aucun fait nouveau n'apparaîtra sur ce dossier parce que ce que j'ai dit est l'exacte présentation des faits. Tout de même, on est passé de la version «caillou sans intérêt» à «pierre intéressante» puis à «chapiteau de colonne en marbre»…

J'ai depuis le début toujours parlé de pierre. Mon frère a certes parlé de caillou mais il ne pouvait naturellement pas connaître la situation. Dès mon retour en Suisse, j'ai immédiatement communiqué en toute transparence en déclarant avoir trouvé une pierre.

Elle était ouvragée tout de même?

Je l'ai trouvée en dehors d'un site archéologique alors que nous regagnions le bus qui devait nous ramener à l'hôtel. Cette pierre a été prise simplement pour garder un souvenir de nos vacances.

Vous allez être jugé en Turquie, irez-vous?

J'ai toujours dit que j'assumerai mes responsabilités. De ce fait, j'attends sereinement le jugement qui sera rendu.

Votre réponse est incomplète. Si vous n'y allez pas, vos adversaires auront beau jeu de dire que Christian Varone a fui la justice et qu'il n'a pas assumé ses responsabilités?

Il s'agit maintenant d'attendre la décision des autorités judiciaires turques. Comme je l'ai dit lors de l'assemblée du PLR, une appréciation politique sera faite d'entente avec le comité directeur quelle que soit la nature du jugement. On prendra une décision en respectant l'intérêt supérieur du parti. Pour rien au monde je ne mettrai en péril le siège du parti au gouvernement. Sur la réalité des faits, j'affirme que j'ai dit exactement ce qui s'était passé et c'est pour ça que le juge turc m'a libéré sans condition ni caution, dans un si bref délai.

Sans caution?

Les rumeurs dont vous vous faites l'écho et qui parlent d'un richissime ami de la famille, turc, établi à Savièse et qui aurait payé une caution sont complètement fausses. Le juge m'a libéré sans caution et sans conditions. J'ai été libéré parce que la justice turque s'est rendu compte qu'il n'y avait aucune intention délictuelle et que je disais la vérité.

On parle aussi de votre amour pour les antiquités…

Je sais, on raconte que mon jardin est rempli de pierres antiques… Or, je n'ai pas de jardin. Et il n'y a pas d'antiquités grecques ou latines chez moi. Je le répète, j'ai pris cette pierre pour ramener un souvenir. Il n'y avait aucune intention délictuelle, la preuve c'est qu'elle était placée dans notre valise de manière ostensible. Encore une fois, je le regrette et profite à nouveau pour présenter mes excuses à la Turquie.

La question demeure: irez-vous en Turquie pour y être jugé ou non?

Je répète que pour l'heure, j'attends sereinement le jugement des autorités judiciaires turques. Mes avocats me conseilleront utilement le moment venu. J'assumerai encore une fois mes responsabilités comme je l'ai toujours fait dans ma vie privée et professionnelle.

Vous savez que vous avez emporté cette pierre et pourtant, devant les militants, vous invoquez la présomption d'innocence, c'est contradictoire, non?

J'ai pris cette pierre. Cela n'est pas contestable et pas contesté. Ce que je dis, c'est qu'il n'y avait pas d'intention délictuelle. J'invoque la présomption d'innocence sur ce point. J'affirme que je ne voulais pas commettre un délit et je n'ai jamais dit autre chose. J'ai fait une grosse erreur, je ne le savais pas, je ne voulais pas la faire et c'est sur cette présomption d'innocence que je voudrais que les Valaisannes et les Valaisans me considèrent.

Parlons de politique, enfin, maintenant. Vos thèmes, votre programme?

Mon discours devant l'assemblée résume mon programme. Il porte sur les grands défis qui attendent le Valais, soit la Lex Weber, la loi sur l'aménagement du territoire, l'imposition sur les successions en ligne directe, le dossier Rhône 3 ou encore le retour des concessions hydrauliques. Il s'agit de manière urgente de s'en préoccuper.

Tous ces dossiers étaient connus ou le sont depuis des années, pourquoi n'émergent-ils politiquement que maintenant?

Le Valais n'a probablement pas toujours saisi les enjeux face à la Confédération tout le temps. Ce n'est pas exclu que nous nous soyons endormis et là, il faut se réveiller. Contrairement à ce que pensent ou disent certains Valaisans, nous ne sommes pas des victimes. Nous devons nous battre, vendre nos dossiers en dehors de nos frontières. Nous avions une très bonne communication à Berne, peut-être avons-nous perdu nos talents dans ce domaine. Quoi qu'il en soit, les Valaisans ne sont pas des victimes, il faut sortir de là. Nous avons probablement commis des erreurs, mais nous cherchons à les corriger depuis quelques années. Même si cela ne porte pas toujours ses fruits. Le travail de lobbying professionnel doit être renforcé à Berne, c'est impératif! Il faut sortir du complexe de victimisation et vendre les atouts, ainsi que les spécificités du Valais. Nous avions par le passé un lobbyiste de première force avec M. Alfred Rey. Il faut recréer une telle place et devenir proactif. Il est important de travailler en dehors des frontières cantonales dans le cadre des dossiers stratégiques pour le canton. C'est un langage de démocrate-chrétien: si on a fait faux, on n'a pas fait exprès.

Même Christophe Darbellay, président du PDC suisse, vous soutient, vous êtes le candidat du PDC?

Je suis le candidat de mon parti. Il s'agit de faire face aux responsabilités et d'avoir le courage de se remettre en question. Il faut encore une fois renforcer notre influence auprès de la Confédération.

Les sujets de la législature à venir?

Rhône 3, la protection contre les risques de crue du Rhône, c'est essentiel. La sécurité, évidemment, est mon souci principal. Mais bien sûr les retours de concession hydraulique, l'accompagnement de la loi sur l'aménagement du territoire, l'application de la Lex Weber, les défis sur la formation et notamment sur les HES (ndlr: Hautes Ecoles spécialisées), la question fiscale des successions… toutes ces questions sont essentielles. Nous devons nous en préoccuper dès maintenant.

Comment expliquer qu'elles se posent sans que le gouvernement ne se soit battu avant? Le parti majoritaire dormait-il?

Il faut se préparer aux difficultés à venir en ayant une vision claire de l'avenir. Dans le domaine de l'énergie par exemple, il devient urgent de se doter d'une politique cantonale. L'avenir de notre principale richesse naturelle en dépend. Tout de même, la victimisation du Valais et des Valaisans est devenue la règle… Après l'acceptation de la Lex Weber, on peut comprendre cette réaction. Je suis d'un naturel combatif ce qui me pousse à chercher des solutions dans l'intérêt de toutes les Valaisannes et Valaisans.

Venons-en à votre adversaire direct, Oskar Freysinger, ses thèmes de campagnes seront sans doute conformes à celles de son parti.

Effectivement, les thèmes de la sécurité et de l'asile occuperont une grande place dans le débat. Je me réjouis d'ores et déjà de débattre avec Oskar Freysinger sur ces questions. Nous habitons la même commune et nous nous connaissons bien. En matière de sécurité, il s'agit de maintenir le Valais dans la bonne situation qui est la sienne actuellement. On doit combattre la criminalité partout où elle se trouve avec efficacité et détermination.

L'asile, justement, c'est là-dessus que l'UDC viendra vous chercher, non?

La question de l'asile est une question centrale. Si on veut éviter que le racisme ne se propage, il faut lutter contre toute forme d'abus dans ce domaine. Mon travail ne varie pas selon que nous parlons d'étrangers ou de Suisses. Je dois assurer la sécurité de mes concitoyennes et concitoyens. La position de la police est ferme: pour nous, tout délit – quel qu'en soit l'auteur – doit faire l'objet de la même attention de la police. Nous faisons notre travail: nous recherchons, arrêtons et saisissons la justice.

Vous êtes favorisés par la géographie, notamment par rapport aux cantons voisins de Vaud ou de Genève tout de même.

Bien sûr, la géographie valaisanne est plus favorable face à la criminalité des grandes métropoles voisines. Mais en corollaire, nous devons assurer une sécurité uniforme sur l'entier du territoire, vallées transversales comprises. C'est aussi un défi. Quoi qu'il en soit, la sécurité est une chose et le sentiment de sécurité en est une autre. Les deux sont essentiels, nous devons continuer à communiquer efficacement sur ce point.

L'assemblée générale était assez partagée pour les candidats - tolérance zéro aussi pour les gens qui se sont inscrits en dernière minute, notamment du district de Sion ou même de Savièse?

La procédure a été organisée par le comité directeur. Les règles étaient claires et les mêmes pour tous. Il n'y a pas eu d'inscriptions en dernière minute, puisqu'une date butoir avait été déterminée par le parti, soit le 6 août 2012. Les manœuvres et inscriptions tardives n'y ont pas manqué… Non, absolument pas; les règles ont été respectées. Une assemblée de membres correspond à mon sens beaucoup plus à l'expression de la démocratie.

C'était une tout de même une assemblée des membres, même nouvellement inscrits?

Ça aurait pu l'être, ça ne l'a pas été. Les inscriptions ont été bouclées un mois avant l'assemblée. Et lorsque je suis arrivé dans la salle, que j'ai vu et entendu qu'au lieu des mille à 1500 membres prévus, il y en avait plus de 2100, je me suis dit «là, c'est fantastique cet engouement pour le PLR»

Parce qu'avant vous contrôliez?

Non, mathématiquement c'était impossible. La commune de Savièse à laquelle on aurait ajouté le district de Sion ne permettait pas à ma candidature de creuser un écart pareil.

Votre statut de victime, peut-être?

Ce serait paradoxal: je me bats contre la victimisation des Valaisans et j'en profiterais. Une fois encore je crois que lorsque les événements vous sont contraires, on a le choix entre se plaindre et abandonner ou de tenir droit et se battre. Je me bats.

Vous pensez que vous serez conseiller d'Etat?

Je me battrai pour mon parti et pour son siège. 

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