Actualisé 26.05.2020 à 10:12

«On a précarisé massivement des personnes pour rien»

Virus

Le polémiste genevois Jean-Dominique Michel tire un bilan sans concession de la façon dont nous avons réagi face à l'épidémie. Interview.

par
lematin.ch
Lors de son interview sur les sites Phusis.ch et Athle.ch, l'anthropologue genevois a dénoncé la réponse disproportionnée apportée à l'épidémie avec des conséquences lourdes aujourd'hui sur la vie de beaucoup de gens.

Lors de son interview sur les sites Phusis.ch et Athle.ch, l'anthropologue genevois a dénoncé la réponse disproportionnée apportée à l'épidémie avec des conséquences lourdes aujourd'hui sur la vie de beaucoup de gens.

DR

S'il est un homme à qui le coronavirus a donné une extraordinaire énergie, c'est bien le Genevois Jean-Dominique Michel, 55 ans, lui-même touché par l'épidémie. Régulièrement invité sur les plateaux de la RTS, il s'est trouvé bizarrement ostracisé depuis qu'il a adopté une position critique face à la gestion de cette crise. Aujourd'hui, il publie un ouvrage sur e-book: «Covid: anatomie d'une crise sanitaire, l'analyse qui démystifie le discours officiel». La version papier sortira à mi-juin en librairie.

L'hydroxychloroquine en disgrâce

Parmi ses chevaux de bataille figure la prescription de chloroquine et ses dérivés. Lundi, à la suite de l'étude publiée vendredi dans la revue médicale «The Lancet», l'OMS a suspendu les essais cliniques avec l'hydroxychloroquine. Lundi toujours, le CHUV et les HUG ont communiqué qu'ils ne prescrivaient presque plus ce traitement depuis trois semaines.

C'est une nouvelle défaite pour les partisans de ce traitement, qui semblait avoir fait ses preuves?

Le CHUV et les HUG sont bien gentils, mais aujourd'hui, ils n'ont quasiment plus personne à traiter... Dans cette polémique, nous sommes en situation d'échec depuis le début, avec en face une bonne dose de mauvaise foi. Qu'un traitement soit interdit à des médecins et des patients qui le souhaitent, c'est un cas sans précédent en terme de restriction de liberté. En France, il y a un débat public sur cette question, en Suisse personne n'ose le dire. Les médecins ont peur de s'exprimer là-dessus.

Vous avez été touché vous-même par l'épidémie. Quel a été l'impact du virus sur vous?

Cela ne me dérangeait pas d’être malade, ce qui est le meilleur moyen d’être immunisé! Quand mon état s’est aggravé au bout de dix jours, ce qui n’est pas bon signe, j’ai obtenu l’accord de mon médecin pour un traitement hydrochloroquine + azithromycine. Sauf qu’arrivant à la pharmacie, le médicament venait d’être réservé pour l’hôpital, ce qui est un pur scandale. Je me suis débrouillé pour en trouver clandestinement et en 48 heures les symptômes avaient disparu! Ce n’est pas une preuve scientifique, mais cela reste une expérience. Devoir ruser contre mon Gouvernement pour pouvoir me soigner restera comme un moment très déroutant.

Vous avez écrit à Alain Berset et Mauro Poggia au sujet de la chloroquine. Quelle a été la réception de vos arguments auprès des autorités fédérales ou cantonales ?

Il n’y en a pas eue! Et d’une certaine manière, c’est leur droit de faire la sourde oreille… Le mien étant de les interpeller. Ici, les autorités s’en sont remises à des comités d’experts et à des médecins compétents dans leur domaine, mais pas aptes à décider d’une politique. Ceci, alors qu’ils s’étaient montrés complètement pris au dépourvu, là où le risque épidémique est parfaitement connu depuis plus de 20 ans et qu’on était censés y être préparés.

Où avez-vous trouvé tant d'énergie pour vous lancer contre le discours officiel ?

Dans l’envie de comprendre ce qui arrivait et de partager des découvertes au fond très rassurantes... J’ai vu aussi l’impact sur les gens de chiffres très anxiogènes qu’on nous présentait et qui étaient simplement faux parce qu’impossibles. Mon but a donc été de donner des clés de lecture aux gens pour qu’ils puissent comprendre la nécessité d’être prudents, sans vivre dans la peur ou l’angoisse.

Espérez-vous qu'un jour, avec le recul, le regard va changer sur cette période ?

Cela ira, je pense, très vite: l’essentiel de ce qu’on nous a dit était faux et les données tombent au galop! Sur la dangerosité de l’épidémie par exemple, réelle mais bien moindre qu’annoncée, sur un lock-down qui n’est recommandé nulle part dans les pratiques utiles et qui aura précarisé massivement des personnes et des entreprises pour rien, sans bénéfice sanitaire réel, mais avec des conséquences dramatiques à long terme.

Dernière question, vous parlez «d'obéissance civile». Êtes-vous favorable à l'application de traçage SwissCovid?

Un des bons côtés du Covid, c’est que, sans être la terrible épidémie que tout le monde redoute, il nous aura fait prendre conscience de ce dont nous aurons besoin, le jour où une pandémie vraiment grave arrivera. Pour l’instant, comme exercice et pour autant que les garanties de protection des données et du secret médical soient assurées, pourquoi pas?

Eric Felley

«Covid-19- fin de partie?»

Le 18 mars – le jour même où il était diagnostiqué positif «avec 39,5 de fièvre» – Jean-Dominique Michel a publié un long article sur son blog de «La Tribune de Genève», où il reprenait le titre de celui du professeur infectiologue Didier Raoult – «Covid-19- fin de partie?» – publié le 26 février. Le médecin marseillais préconisait la prise d'un remède antipaludique à base d'hydrochloroquine associé à un antibiotique. Des tests effectués en Chine et en Corée du Sud démontraient l'efficacité de ce traitement. D'autres tests à Marseille attestaient que cette solution donnait de très bons résultats pour soigner nombre de cas.

L'article du Genevois a été largement partagé en France. Repris par «Mediapart» en libre accès, il a battu tous les records d’audience du site «depuis au moins quinze mois», relève un article de «Paris Match». Cependant, en France, la polémique avec l'infectiologue marseillais a tourné à la bataille rangée. Les analyses du Genevois y jouent un rôle remarqué, même si ses adversaires parlent de l’«expert suisse qui n’a même pas de notice Wikipédia à son nom». Le 26 avril, deux sites suisses –Phusis.ch et Athle.ch –lui consacrent un long interview sous un titre très parlant: «Anatomie d'un désastre».

Là encore, sa vidéo est largement partagée en France, mais en Suisse, on le boude: «J'ai été invité plus de 30 fois en 20 ans à la RTS, notamment lors de l'épidémie H1N1. Mais aujourd'hui, les journalistes prennent à témoin des sites diffamants à mon encontre», regrette-t-il. L'anthropologue est soupçonné de faire le jeu des «complotistes», qui reprennent ses critiques: «Je n'ai rien à voir avec ça. La tendance au complot se développe quand la situation est trop confuse. Les gens inventent des scénarios cachés par peur de vivre dans l'incertitude. La tentation est grande de dire que quelque chose cloche et d'en partager une explication. Moi, je dis aussi que quelque chose cloche... C'est vrai qu'il existe une corruption systémique dans le domaine de la santé et l'influence prépondérante des pharmas. Je suis de loin pas le seul à le dire, mais quand c'est moi, cela provoque un blocage.»

Depuis qu'il a alimenté son blog sous un angle critique et parfois virulent, Jean-Dominique Michel a cependant mis en garde: «En ces temps de mobilisation collective, nous avons tous à respecter scrupuleusement les mesures qui sont imposées. Même si on doute de celles-ci ou qu’on les trouve inadaptées, aucun d’entre nous ne peut se donner le droit de suivre sa propre idée. Par contre, cette obéissance civile ne doit surtout pas conduire à une interdiction de penser ou de parler. Nous vivons des temps hautement traumatiques, avec des dégâts sur la population qui seront considérables. Donner sens à ce que nous vivons, nous renseigner, oser poser des questions est non seulement un droit inaliénable mais aussi une nécessité vitale».

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