Justice: «On aurait aimé avoir un procès normal»
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Justice«On aurait aimé avoir un procès normal»

Les parents adoptifs et grands-parents des deux victimes tuées dans l’explosion au gaz survenue dans leur appartement d’Yverdon (VD) réagissent à l’acquittement notifié hier.

par
Benjamin Pillard
L’explosion au gaz survenue le 25 octobre 2011 avait détruit une partie de cet immeuble d’Yverdon. Une mère et sa petite fille avaient perdu la vie.

L’explosion au gaz survenue le 25 octobre 2011 avait détruit une partie de cet immeuble d’Yverdon. Une mère et sa petite fille avaient perdu la vie.

Jean-Luc Barmaverain

«Le tribunal avait pourtant répété que le verdict serait lu en séance publique ce 9 juin. Ma foi, nous nous sommes fait blouser…» Hier, Gérard et Élisabeth ont parcouru les 70 km qui séparent leur domicile broyard de la salle d’audience cantonale vaudoise (sise à Renens), pour se voir annoncer – par la presse – qu’ils avaient fait la route pour rien.

Ces deux retraités sont pourtant les parents adoptifs de Yassouda (31 ans), elle-même mère d’une petite Odysséa (5 ans). Toutes deux décédées en octobre 2011 lors de l’explosion au gaz survenue dans leur appartement d’Yverdon (rue de Neuchâtel 39), après que la trentenaire eut enclenché sa machine à laver.

«Des fautes ont été reconnues»

Seulement voilà: il y a trois semaines, à l’issue du procès des trois (ex-)cadres des Services industriels (SI) de la commune mis en cause par le procureur Stephan Johner (lire «Le Matin» du 16 mai), les trois juges du Nord vaudois avaient décidé de renoncer à la lecture publique du verdict agendée à hier. Sans pouvoir en informer les parents endeuillés ou leur avocat; le couple s’étant retiré il y a deux ans d’une procédure pénale qui s’éternisait.

C’est finalement par le site Internet de la Ville d’Yverdon que la teneur du jugement a été annoncée. À savoir que les trois coaccusés ont été acquittés de l’accusation d’homicide et explosion par négligence. Une communication partielle cependant; l’exécutif de la capitale du Nord vaudois s’étant bien gardé de préciser que les frais de justice avaient en partie été mis à la charge de deux des trois quinquagénaires. Ce qu’a en revanche tenu à indiquer le procureur Johner, contacté par «Le Matin»: «Ce qui est très important, car cela signifie que des responsabilités et des fautes objectivement répréhensibles ont été reconnues.»

Plus de 100'000 francs de frais

Selon nos informations, le fonctionnaire des SI chargé du contrôle des vannes (celle reliant l’immeuble de feu Yassouda et Odysséa au réseau de gaz ayant été laissée ouverte ou mal refermée par ses ouvriers) à l’époque du drame doit s’acquitter d’un montant de 4000 fr., et l’ex-chef du secteur gaz, de 60'00 fr. Aucun manquement n’a en revanche été retenu à l’encontre de l’ancien directeur du service.

«Si le tribunal leur reproche quelque chose, c’est forcément infime, compte tenu des montants minimes qui ont été retenus à la charge de deux d’entre eux», réagit Gloria Capt, avocate et élue PLR au sein de l’exécutif d’Yverdon, à la tête des SI il y a six ans. «Car on peut bien imaginer qu’une telle instruction doit avoir coûté largement plus de 100 000 fr.; il ne s’agit donc que de quelques pour-cent chacun du total des frais de justice.»

Et la femme de loi d’espérer que le tribunal stipulera dans la motivation de son verdict (encore non communiquée aux parties) «que le propriétaire de l’immeuble aurait dû se trouver sur le banc des accusés, de même que la gérance». C’était en tout cas aussi le souhait de Gérard et Élisabeth: «On aurait aimé avoir un procès normal, avec les deux parties mises en cause. Au moins ça… Car aucune décision de justice ne pourra nous faire tourner la page.»

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