Neuchâtel: On lui vole sa bourse, la crêpière est écœurée
Publié

NeuchâtelOn lui vole sa bourse, la crêpière est écœurée

Une cuisinière et sa maman sommelière ont été délestées de la recette du jour par deux malfrats, après une journée de 15 heures de travail. Colère et amertume, en pleine pandémie.

par
Vincent Donzé
Au «Lion d’or», dimanche matin au Locle (NE), Laura Stenz (30 ans) travaillait sans sa maman Laurence Pellaton (57 ans), trop affectée par le vol commis trois jours plus tôt.

Au «Lion d’or», dimanche matin au Locle (NE), Laura Stenz (30 ans) travaillait sans sa maman Laurence Pellaton (57 ans), trop affectée par le vol commis trois jours plus tôt.

V.Dé

Mardi dernier, on lui a chipé des herbes aromatiques en pots disposées décorativement sur une échelle, sur la terrasse de sa crêperie. Mais le pire était à venir: jeudi soir, deux voleurs ont dérobé la bourse du Lion d’or, Grand-Rue 20, au Locle (NE), au terme d’une journée de travail de 15 heures. Butin: 1500 francs. «Il y avait la recette et le fonds de commerce, mais aussi 800 francs pour payer des abricots et de la bleue», se lamentent les tenancières, la bleue étant de l’absinthe.

Un détail compte: «À cause de coronavirus, une fois le dernier client parti, on ouvre porte et fenêtres pour aérer», précise Laura Stenz (30 ans). «J’étais en train de récurer ma cuisine, tandis que ma maman vidait le lave-vaisselle», témoigne la crêpière. Après le départ des derniers clients, à 22 h 50, un voleur a surgi derrière le comptoir pour s’emparer de la bourse et déguerpir avec un complice resté à l’extérieur, casque de motard sur la tête.

Voisin portugais

Un voisin portugais qui chargeait sa voiture avant son départ en vacances a tout observé: un gars portant un masque de moto, un autre faisant des va-et-vient. Plus tard, les deux voleurs, poursuivis dans la Grand-Rue par la maman de la crêpière: Ils sont partis par là! lui a-t-il crié. Ce témoin s’est mis au volant pour tenter de suivre les voleurs, mais c’était mission impossible.

«En deux minutes, ils sont en France», soupire la crêpière. Les voleurs envolés, Laura Stenz a appelé la centrale d’alarme privée rétribuée 180 francs par mois. Réponse obtenue: «Nous ne sommes en mesure de traiter votre appel»… Le bug est grave, pour un contrat conclu il y a cinq ans: «Les images de la vidéosurveillance n’ont pas été récupérées. La police m’a conseillé d’acheter mes propres caméras de surveillance», glisse la crêpière.

Coup de gueule

Énervée autant sinon plus par le manque de réactivité des intervenants que par les voleurs, Laura a publié un coup de gueule sur Facebook, jeudi soir avant d’aller se coucher: «Voilà voilà, on bosse D'arrache-pied pour sauver notre entreprise après le semi-confinement! Fin de soirée on s’apprête à fermer notre chère crêperie et 2 individus malveillants n’ont rien trouvé de mieux que de venir nous voler la caisse du jour».

Le message s’adresse au voleur: «Nous sommes une entreprise familiale on se bat pour gagner notre vie, on bosse comme des folles pour faire plaisir à nos clients et toi petit enfoiré (...), tu ne trouves rien de mieux que de faire du mal à une petite entreprise»!

De 40 à 18

Le Covid-19, la crêperie bretonne l’a pris de plein fouet, en passant de 40 à 18 places: «Les employés de l’horlogerie sont en télétravail quand ils ne sont pas au chômage», constate la crêpière, rassurée par l’arrivée des touristes. «Notre revenu, on le gagne péniblement: les voleurs se sont trompés de cible!»

«Un peu d’humour dans ce monde de foufou», publié par la mère et sa fille le 12 mai dernier.

«Un peu d’humour dans ce monde de foufou», publié par la mère et sa fille le 12 mai dernier.

DR

Derrière son comptoir, dimanche matin, la crêpière était prête pour réaliser ses galettes au sarrasin du Val-de-Travers qui font son succès, quand elle ne fait pas des röstis aux bolets ou aux chanterelles ou des confitures avec sa maman dans leur bassine en cuivre.

Au plus fort de la pandémie, les deux tenancières étaient de toutes les opérations, ici avec des bons, là avec des roses. Leur mésaventure a suscité de nombreux commentaires: «C’est là que l’on voit que le confinement n’a pas arrangé la bêtise humaine», commente Catherine. «Comme si ce satané Covid-19 ne suffisait pas!» écrit Christian, en proposant «que toux ceux qui ont écrit un message de soutien aillent porter une pièce de 5 francs à la crêperie».

Il faisait froid

La promesse d’une thune a été tenue samedi par son instigateur, mais elle n’a pas été suivie. Par contre, la solidarité s’est exprimée autrement: «Il faisait froid vendredi, mais alors que la crêperie était bondée, des clients ont gardé leur veste pour manger en terrasse», témoigne Laura. La solidarité s’exprime aussi dans les pourboires. Quand on lui demande comment l’aider, Laura répond: «En nous aidant à faire vivre notre commerce».

Le soutien affiché dans les 118 commentaires publiés en trois jours, c’est ce qui aide le duo de la crêperie à se remettre gentiment de ses émotions. Sur un pot de tournesols, devant la terrasse, il reste écrit: «C’est beau la vie». Mais là, depuis jeudi, Laura a comme un doute…

Votre opinion

0 commentaires