Tendance: «On ne dabbe pas en classe»

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Tendance«On ne dabbe pas en classe»

Un geste énigmatique, issu de la danse et du sport, fait son chemin dans les cours d'école lausannoises. Explications.

par
Yann Marguet
Tête rentrée entre le biceps et l'avant-bras, autre bras tendu vers l'infini… Ainsi va le «dab».

Tête rentrée entre le biceps et l'avant-bras, autre bras tendu vers l'infini… Ainsi va le «dab».

Vincent Hofer

Leïla est en train d'effectuer un remplacement dans une classe de 6P HarmoS (9-10 ans). Le rallye d'allemand qu'elle a organisé dans la salle se passe bien, les jeux prévus aux différents postes fonctionnent, quand soudain… Ses élèves se mettent à «dabber».

Qu'est-ce que le «dab»?

Curieuse gesticulation consistant à rentrer le visage dans le creux du coude d'un côté et à tendre le bras inutilisé de l'autre (voir photo), le «dab» nous vient bien entendu des Etats-Unis. «Il s'agit d'un mouvement popularisé par le hip-hop des Etats du Sud il y a environ deux ans», nous explique Joram Vuille, administrateur du site de référence hip-hop Reprezent.ch . «Il a ensuite été repris par des sportifs américains pour célébrer leurs victoires.» Véritable phénomène outre-Atlantique, le «dab» a même franchi les frontières du sport et de la musique (ainsi que celles de la crédibilité), lorsque Hillary Clinton a adopté en début d'année la célèbre pose sur le plateau du «EllenShow».

Même si les origines du nom semblent faire référence à la fumette de dérivés de cannabis costauds en THC (du slang «dabbing»), le «dab» n'a rien à voir avec la drogue, selon Joram Vuille. «Il s'agit juste d'un mouvement rigolo et pas bien méchant qui se marie très bien avec le rap du Sud.»

Tant mieux, puisque la danse en question semble avoir conquis les salles de classe. «Ils ont accompagné leur «dab» de pas de danse avec beaucoup de professionnalisme dans le geste», confie l'enseignante, déjà familière avec le geste, mais tout de même estomaquée de le voir reproduit avec style par des 9-10 ans. «Mes lèvres ont littéralement prononcé la phrase: «Mathys, Théo*, on ne «dabbe» pas en classe! C'était absurde.» Un cas isolé? Pas si l'on en croit Vincent Hofer, photographe habitué des photos de classe. «Où que j'aille ces derniers temps, impossible de réussir un cliché sans que les garçons de la classe ne «dabbent» à un moment ou à un autre. C'est assez déroutant.»

Même si la pratique semble être plus ou moins développée selon les établissements, des enseignants de Pully, de Prilly ou des Bergières nous confirment que ça «dabbe» également dans leurs collèges. Joëlle Lovey, enseignante à l'établissement secondaire Isabelle de Montolieu, à Lausanne, témoigne: «Même mes collègues se sont dernièrement mis à «dabber» pour imiter les élèves.» Quant aux enfants, ils ne semblent pas vraiment connaître l'origine de la pratique, ni comment elle est arrivée à leur connaissance. Mais qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait le «dab».

* prénoms d'emprunt

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