Police: «On ne leur a pas donné un franc»

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Police«On ne leur a pas donné un franc»

Les agents qui avaient porté plainte après avoir essuyé les tirs d'un forcené retranché dans sa villa à la Conversion (VD) ont saisi le Tribunal cantonal pour obtenir des indemnités.

par
Benjamin Pillard
Les huit policiers (ci-contre aux côtés de Mes Alexa Landert et Marcel Paris) demandent 5000 à 10'000 francs pour tort moral.

Les huit policiers (ci-contre aux côtés de Mes Alexa Landert et Marcel Paris) demandent 5000 à 10'000 francs pour tort moral.

Maxime Schmid

Début décembre, le Tribunal correctionnel de Vevey (VD) reconnaissait un sexagénaire coupable de tentative de meurtre et mise en danger de la vie d'autrui pour avoir ouvert le feu sur la police depuis sa villa de la Conversion, une localité des hauts de Lutry, un soir de septembre 2016.

Les trois juges l'avaient cependant déclaré pénalement irresponsable en raison de sa schizophrénie paranoïde et du risque de récidive avéré en cas de nouvelle décompensation. Si bien qu'un traitement psychiatrique en institution avait été prononcé en lieu et place d'une peine de prison. Un verdict sans surprise, que toutes les parties avaient préconisé lors du procès du rentier AI.

Pour tort moral

Les demandes d'indemnités pour tort moral formulées par les huit jeunes agents avaient cependant été rejetées. Conséquence: leurs frais d'avocat ne sont pas non plus pris en charge. Contrairement à ceux du défenseur du forcené (soit 19'300 francs), entièrement facturés à l'État de Vaud.

«On ne leur a pas accordé un franc», fulmine Me Alexa Landert, l'un des deux conseils des policiers. Et d'indiquer que le tribunal a justifié sa décision par le fait que les plaignants n'ont pas perdu leur emploi, et que la situation financière du tireur ne serait pas claire. «Pour ce dernier point, les jugent renvoient habituellement à agir devant la justice civile, poursuit la femme de loi. S'ils ne le font pas, la porte nous est fermée…» Au final, les huit agents ont donc décidé, il y a quelques semaines, de faire valoir leurs prétentions en faisant appel contre le jugement.

Situation confortable

Car la situation financière du sexagénaire serait confortable. Copropriétaire de sa villa libre d'hypothèque, le forcené est devenu retraité deux mois après son arrestation. Ses rentes AVS sont capitalisées sur un compte de dépôt depuis plus d'une année.

Tous âgés entre 26 et 40 ans, les policiers, eux, n'auraient aucune fortune significative, et certains ont des enfants à charge. «Des indemnités seraient aussi une forme de reconnaissance de la souffrance endurée, plaide Me Landert. Car les risques du métier ne comprennent pas l'éventualité de se faire tirer dessus à réitérées reprises. Nous ne vivons pas aux États-Unis, où ce cas de figure est malheureusement fréquent…»

«Il n'y a pas de prime au mérite»

Une appréciation que ne partage pas toute la profession: «Le salaire d'un gendarme comprend ces risques de service; il n'y a pas de prime au mérite», réagit l'adjudant Florence Maillard, porte-parole de la police cantonale vaudoise. Et d'arguer que si les agents sont armés en intervention, c'est bien qu'ils soient «conscients» que leurs missions sont potentiellement périlleuses.

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