Football: «On ne peut pas envoyer des gens à l’abattoir comme ça»
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Football«On ne peut pas envoyer des gens à l’abattoir comme ça»

Patron du FC Sion, Christian Constantin demeure plus que jamais opposé à une reprise. Il envisage d’interdire à ses joueurs de retourner à l’entraînement à compter du 11 mai.

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Sport-Center
Christian Constantin: «Les décisions de Berne ne sont pas un ordre de marche pour la troupe.»

Christian Constantin: «Les décisions de Berne ne sont pas un ordre de marche pour la troupe.»

Keystone

Pourra-t-on reprendre la saison de Super League à compter du 8 juin? Alors que la Swiss Football League a réitéré sa volonté de retrouver le chemin des pelouses de Super et de Challenge League (pour autant que les conditions sanitaires le permettent), ils sont de moins en moins nombreux à croire à ce scénario-là, un scénario que Christian Constantin a toujours combattu.

«Avant d’imaginer une potentielle reprise, il y a des dispositions sérieuses à prendre. Beaucoup des problèmes à régler ne l’ont pas encore été. La vérité, c’est que l’on se retrouve dans le flou absolu. On ne peut pas envoyer des gens à l’abattoir comme ça, au seul prétexte qu’il faut reprendre l’entraînement.»

Faire signer des décharges?

En premier lieu, il y a le problème du calendrier, avec une supposée reprise des entraînements collectifs à partir du 11 mai selon les nouvelles directives du Conseil Fédéral. Pour le feu vert concernant l'éventuelle reprise des matches, il faudra en revanche patienter jusqu’au 27 mai.

«C’est ridicule de vouloir mettre des joueurs à l’entraînement avant même de savoir s’ils pourront jouer ou non, estime-t-il. Les décisions de Berne ne sont pas un ordre de marche pour la troupe. Légalement, il conviendrait aussi de faire signer des décharges à toutes les personnes impliquées, y compris les arbitres, pour que celles-ci puissent travailler.»

Aussi le boss du FC Sion n’exclut-il pas d’interdire à ses joueurs un retour sur les terrains d’entraînement avant la date butoir du 27 mai. «C’est beaucoup trop prématuré. Quand on saura si l’on peut rejouer, alors on commencera à se préparer pour jouer.»

Plus aucune visibilité

Pour le patron du FC Sion, les questions en suspens sont autant d’ordre juridique et économique que sanitaire. «Qui a la compétence pour dire si l’on doit recommencer?, (s’)interroge-t-il. Celui qui prend cette décision devra aussi en assumer les risques. Or, qui est prêt aujourd’hui à envoyer des gens à l’échafaud? Est-ce à la Ligue, en tant qu’organisateur du championnat, de se déterminer? Financièrement, les clubs n’ont plus aucune visibilité. Seul le recours au chômage technique nous permet d’économiser les 65% de nos dépenses. Si l’on devait ne plus pouvoir y recourir, le pire serait à redouter.» Si rien ne devait bouger du côté de la SFL, Christian Constantin entend convoquer une assemblée extraordinaire de la Ligue, avec l’appui d’autres présidents, dès la semaine prochaine.

Dans le protocole de reprise de l’activité footballistique tel qu’il a été imaginé par la SFL, d’autres zones d’ombres subsistent, et non des moindres. «Que fait-on avec les tests et qui les paie? Tout cela suppose au préalable des autorisations cantonales.»

Et les matches amicaux?

Pour le président du FC Sion, il y aurait enfin lieu de se pencher sur la troublante question des matches amicaux. «Ce sera dans le meilleur des cas à partir du 8 juin, reprend CC. Il faudrait ensuite garantir un temps de préparation suffisant pour rattraper quinze semaines d’arrêt. Si j’étais joueur, je n’accepterais pas de recommencer un championnat sans un délai de préparation raisonnable. Pour autant que tout soit réglé d’ici là. Notamment la situation des joueurs en fin de contrat au 30 juin.»

On le voit, les freins à une possible reprise du championnat sont de plus en plus nombreux. Surtout pour ceux qui y sont opposés.

Nicolas Jacquier

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