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RAS-LE-BOL«On ne veut plus de prostitution de rue»

A Lausanne, des habitants lancent une pétition pour stopper le racolage dans la rue.

par
Anne-Florence Pasquier
Lilly Bornand lance la petition «Pour une ville sans prostitution de rue».

Lilly Bornand lance la petition «Pour une ville sans prostitution de rue».

Laurence Rasti

Elle s’est fait le porte-voix des habitants des quartiers de Sévelin et Sébeillon à Lausanne, qui subissent le bal des voitures à la tombée de la nuit, les préservatifs traînant sur les trottoirs le matin, le bruit et l’insécurité. Lilly Bornand aidée par l’un de ses voisins, Walter Padula, vient de lancer une pétition «Pour une ville sans prostitution de rue».

Un quartier qui veut se réinventer

«On a bien compris que la Ville ne voulait pas déplacer les prostituées puisque Monsieur Junod veut leur installer des toilettes publiques. Mais avec ce projet urbain «Sévelin demain» qu’elle a lancé, tant qu’il y aura des prostituées dans la rue, le quartier ne va pas changer, affirme la riveraine. Une image négative collera toujours, alors qu’on souhaite donner une nouvelle vie un peu bobo à ce quartier avec l’idée d’un marché, d’ouvrir des bistrots, d’aménager une place de village et de favoriser des zones vertes.»

Cette prostitution de rue est la conséquence de la fermeture en mai 2014 des salons de massages de la rue de Genève. «On ne veut plus de cette prostitution de rue. Les hommes du quartier de tout âge sont souvent sollicités par les travailleuses du sexe. Elles leur disent «Ça va chouchou». Quand j’ai des invités, aussi, ils n’osent plus sortir de chez moi. C’est sûr que si rien ne se fait, je vais déménager», assure Lilly Bornand, ancienne membre des Vert’libéraux qui a quitté la politique l’an passé. Avec cette action citoyenne, qu’elle qualifie d’apolitique, elle espère recueillir entre 2000 et 3000 signatures. Dans le quartier, plusieurs habitants ont émis l’idée de maisons closes. Lilly Bornand voit plutôt un terrain à l’extérieur de la ville. «Il est clair que ce n’est pas à la Ville d’ouvrir des maisons closes, mais peut-être pourrait-elle favoriser des privées qui ont envie d’en ouvrir. L’important est qu’elles soient à l’abri, mais ce n’est pas aux habitants à trouver une solution», conclut-elle.

Bois de Boulogne lausannois

Le sujet a déjà fait l’objet d’un postulat au Conseil communal de Lausanne en mars dernier, déposé par deux élus PLR, Henri Klunge et Jean-Daniel Henchoz. Ce dernier salue d’ailleurs la pétition mais ajoute que «c’est aussi aux habitants à proposer des pistes de solutions. Il est vrai que les conditions dans lesquelles ces prostituées travaillent sont inacceptables. On aimerait améliorer les conditions hygiéniques. Un terrain en dehors de la ville, sorte de Bois de Boulogne lausannois, pourquoi pas? Mais ça posera d’autres soucis.»

Contacté par «Le Matin», Grégoire Junod, municipal socialiste en charge de la Sécurité publique et du logement était hier injoignable. Suite au postulat des deux élus PLR, il avait déclaré vouloir une meilleure réglementation de la prostitution. Du côté de l’association Fleur de Pavé, la directrice Silvia Pongelli se veut rassurante pour les habitants: «Des discussions sont en cours avec la Ville et le dialogue avec la Municipalité va se poursuivre.»

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