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Humour« On se moque des conseillers fédéraux, mais l'idiot, c'est le 8e!»

Les meilleurs strips tournant en dérision les sept ministres suisses et le pouvoir absolu sortent pour la première fois en librairie.

par
Laurent Flückiger
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Nos sept conseillers fédéraux doivent sûrement frémir lorsque le téléphone sonne. Car sous le Palais, caché dans un bunker, un 8e homme dirige dans le plus grand secret le gouvernement helvétique. Et il s'ennuie ferme. Alors il appelle. Pour se plaindre du prix des petits-beurre en Suisse, faire part de ses idées dangereuses et stupides, user de sarcasmes, donner des ordres ou tout simplement faire des blagues. C'est le chef, il a tous les droits.

Trois hommes sont à l'origine de cette satire rock'n'roll qu'est «Le 8e conseiller fédéral»: Didier Oberson, graphiste-photographe, Sebastian Dieguez, chercheur en neurosciences cognitives à l'Université de Fribourg, et Stéphane Babey, journaliste au «Matin». Ce dernier, auteur de tous les textes, décrit: «La grande inspiration, ce sont les romans-photos de Léandri dans Fluide Glacial. Et, pour le type tout seul, ce sont les strips d'Américains lambda qui parlent au téléphone de l'après-11 septembre dans «Putain, c'est la guerre», de David Rees. On a voulu faire «Le 8e conseiller fédéral» en photo car en dessin ça fonctionnerait moins bien.»

C'est d'ailleurs sous les traits du journaliste – ses expressions sont aussi drôles que les textes – que le personnage apparaît pour la première fois en 2010 dans l'hebdomadaire Vigousse, assis sur les genoux de… Pascal Couchepin. Un montage de la photo officielle du gouvernement suisse qui donnera lieu, l'année d'après, à un strip en quatre images chaque semaine dans la publication satirique romande. «Imaginer un 8e conseiller fédéral, c'est une astuce qui nous permet de dire pas mal de choses sans faire dans la satire habituelle, c'est-à-dire sans mettre en scène les gens dont on parle, explique Stéphane Babey. Il y a ainsi une liberté de ton plus grande. On se moque des conseillers fédéraux, certes, mais l'idiot, c'est le 8e!» Un idiot sans parti, qui est pour ses propres intérêts avant tout. Le chef d'Etat corrompu, quoi! Mais qui n'a pas peur de se montrer ferme (et un peu con) envers Barack Obama ou Angela Merkel et qui se sent bien inspiré par les amours de François Hollande. D'ailleurs, le 8e conseiller fédéral demande à Alain Berset de lui fabriquer une aventure sur le même modèle avec une actrice suisse (ce sera Ursula Andress) dans les journaux à sensation. Celui-ci s'exécute.

Un téléphone mystérieux à Berne

Alain Berset – le vrai, cette fois – est d'ailleurs le seul conseiller fédéral à avoir réagi aux strips. «Il est plutôt amateur du «8e conseiller fédéral», assure Stéphane Babey. Il trouve assez original. Même si, pour lui, c'est limite par rapport au respect dû à la fonction de politicien.» Le ministre de l'Intérieur a en outre raconté aux trois auteurs qu'il y avait dans la salle de réunion du Conseil fédéral un vieux téléphone qui ressemblait beaucoup à celui des strips. Il n'a jamais vu personne l'utiliser, et il ne l'a pas utilisé lui-même, mais il s'imaginait que c'était peut-être une ligne spéciale pour communiquer avec le pouvoir occulte qui tire les ficelles au Palais! «Le 8e conseiller fédéral» n'est peut-être pas qu'un roman-photo fictionnel.

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