Energie hydraulique: «On veut garantir un prix de la redevance correct»

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Energie hydraulique«On veut garantir un prix de la redevance correct»

Doris Leuthard explique la décision du Conseil fédéral de réduire et de flexibiliser la redevance hydraulique. Interview.

par
Christine Talos
Berne

Les exploitants de barrage peuvent souffler. Le Conseil fédéral a mis jeudi en consultation une réduction de la redevance hydraulique de 2020 à 2022. Cantons et communes devraient y perdre 150 millions par an. Mais le système devrait ensuite être flexibilisé. Explications avec la ministre en charge du dossier, Doris Leuthard.

Redaktion Tamedia - Vous proposez de réduire la redevance hydraulique maximale de 110 francs par kilowatt théorique à 80 francs pour la période 2020-2022. Est-ce la fin de la poule aux œufs d'or pour ceux qui profitaient de cette redevance jusqu'ici?

Doris Leuthard: La redevance joue toujours un rôle important. On veut garantir son prix correct, car si on utilise de l'eau, il faut la payer. Mais quel est le prix adéquat? Est-ce le prix du marché fixe? Aujourd'hui, le Conseil fédéral se prononce une nouvelle fois en faveur d'une redevance fixe. C'est donc une garantie pour les communes et les cantons qui en bénéficient. Mais dans une seconde étape, il va falloir changer de système, avec une partie de redevance fixe et une partie flexible orientée sur les prix du marché.

Est-ce un signal pour dire aux cantons et communes qu'ils ne pourront plus compter à l'avenir sur cette «manne providentielle»?

Non, nous aurons encore à l'avenir cette redevance car elle est légitime. Mais il faut aussi veiller à ce que la production d'électricité ait encore des perspectives. C'est un pilier fort de notre production indigène d'énergie et il faut être compétitif. Les entreprises doivent également faire leur travail et réduire leurs coûts. Tout le monde doit contribuer à ce que la production d'hydro-électricité reste compétitive car c'est une perle pour la Suisse. Raison pour laquelle nous cherchons une voie équitable pour tout le monde.

Mais ce soutien fédéral au secteur hydraulique se fait au détriment de certaines régions et cantons...

Si de nombreuses communes affirment qu'elles tirent leurs revenus principaux de l'énergie hydraulique, cela vaut la peine à mon avis, de continuer de produire de l'électricité avec de l'eau. En outre, tout le monde devra faire des efforts, les entreprises aussi. Enfin, n'oublions pas que nous proposons que la redevance retombe à son niveau de 2011, soit 80 francs par kilowatt théorique. Ce n'est pas rien.

Oui mais les collectivités publiques vont perdre 150 millions pour la période 2020-2022. Ne craignez-vous pas que certaines communes soient en difficulté financière?

Je pense que l'on ne peut pas espérer que l'avenir soit toujours absolument favorable. Les changements de tarifs de la redevance ne sont pas nouveaux. On connaît également le même souci avec les dividendes de la BNS. Ils ne sont jamais garantis. Il faut donc vivre avec ces prix volatiles. Mais je crois quand même qu'une redevance fixe de 80 francs par kilowatt théorique est une garantie pour les collectivités publiques. Elles peuvent ainsi calculer leurs budgets et cela leur donne du souffle pour l'avenir.

Et qu'en est-il des consommateurs? Vont-ils être les gagnants de cette baisse de la redevance?

A mon avis, ils devraient gagner un tout petit peu au change. Car la Commission fédérale de l'électricité ElCom surveille le marché et calcule les coûts présentés. Ceux-ci risquent de baisser un peu, les Suisses devraient donc bénéficier d'un petit quelque chose. A moins que ces gains ne soient absorbés dans les coûts du réseau.

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