Humeur: On vit un monde de complots et de frustrations
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HumeurOn vit un monde de complots et de frustrations

De «Hold-Up» à «The Social Dilemma», le vent de la révolte souffle, mais chacun de nous est atomisé et impuissant.

par
Eric Felley
Le documentaire diffusé par Netflix «The social dilemma» ou «Derrière nos écrans de fumée» illustre la toute-puissance qu’ont prise les réseaux sociaux sur nos vies.

Le documentaire diffusé par Netflix «The social dilemma» ou «Derrière nos écrans de fumée» illustre la toute-puissance qu’ont prise les réseaux sociaux sur nos vies.

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Depuis les débuts de l’épidémie du coronavirus, la théorie du complot, telle que développée par exemple dans le film «Hold-up», a pris la forme d’une narration invariable. Dans un premier temps, la démonstration est faite qu’on nous ment sur les masques, sur les médicaments, sur les tests, sur les vaccins, sur les chiffres, sur la mortalité ou sur le rôle des pharmas. Il est vrai que chacun de ces objets peut soulever des critiques légitimes.

C’est la méthode du pied dans la porte. Une fois que vous avez accepté les «preuves», on passe au deuxième niveau, c’est-à-dire à qui profite ce crime et dans quel but. On arrive alors au procès d’un «nouvel ordre mondial», qui nous manipule pour nous soumettre à un vaccin d’un nouveau genre. Tout cela dans une opération de grande envergure qui s’appelle «The Great Reset», la grande réinitialisation, selon le terme du Forum économique mondial de Davos. Le but ultime est limpide, c’est le profit.

Chez quelqu’un de réceptif, la démonstration de cette nébuleuse conspirationniste ne peut qu’augmenter son ressentiment, voire le transformer en colère contre ces forces délétères. En même temps, elle fait naître un sentiment d’impuissance et de frustration tout aussi fort. Que faire? Chacun sait très bien qu’il ne peut pas lutter contre cet ennemi invisible, insaisissable et inattaquable que constitue l’élite qui se barricade à Davos tous les mois de janvier.

Dans une impasse

La théorie du complot mène donc les gens dans une impasse. Elle inocule dans leur cerveau le poison de la révolte, elle incite à la résistance ou à la désobéissance civile, mais elle ne donne pas d’issue réaliste. Elle laisse les gens se débrouiller avec le problème insoluble qu’on leur soumet, chacun atomisé dans son coin.

On éprouve ce même sentiment d’impuissance en regardant un autre documentaire – «The Social Dilemma» - diffusé sur Netflix depuis quelques mois. Ici, il est question des réseaux sociaux qui ont envahi notre quotidien, sur l’addiction qu’ils créent, sur le fait qu’ils ont orienté leurs produits vers la maximisation du profit (et oui encore), grâce aux données qu’ils récoltent inlassablement. Il y a là un complot autrement plus réel que celui de l’épidémie.

Les réseaux sociaux sont partis d’une utopie positive visant à faciliter les contacts et les échanges. Petit à petit, par petites couches, ils ont créé une dystopie, où les citoyens de tout âge sont entièrement captifs de Google, de YouTube, de Facebook ou d’Instagram. La démonstration est parfaitement crédible: nous sommes complètement instrumentalisés. Là aussi, on est secoué, révolté, mais c’est trop tard, le piège s’est refermé sur nous, qui sommes dans l’impossibilité de réagir.

Créer de la frustration dans la population n’est cependant pas innocent. Politiquement, c’est une matière première dangereuse, hautement inflammable… Il doit bien se trouver encore un autre complot là derrière…

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