Numérique: «Ordure, criminel, qu'on le tabasse!»

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Numérique«Ordure, criminel, qu'on le tabasse!»

Accusé d'avoir brutalisé son cheval jusqu'à la mort, un cavalier résidant en Suisse subit une incroyable avalanche de haine sur les réseaux sociaux.

par
Renaud Michiels
«Une personne m'a écrit que je devais être brûlé vif» K.T., cavalier professionnel vivant dans le canton de Berne.

«Une personne m'a écrit que je devais être brûlé vif» K.T., cavalier professionnel vivant dans le canton de Berne.

Geneviève de Sepibus

Traîné dans la boue, insulté, menacé, K. T. paie cher le drame qui s'est joué lundi lors du GPA Jump Festival de Cagnes-sur-Mer, près de Nice. Irlandais de 28 ans établi en Suisse depuis quatre ans, K. T. est cavalier professionnel. Il est accusé d'avoir «maltraité son cheval jusqu'à la mort», de l'avoir «cravaché avec brutalité» et tellement poussé durant des heures que «Flogas», 10 ans, est décédé d'épuisement. Le cavalier a été arrêté et interrogé par les gendarmes, précisent des médias français.

Des accusations qu'il rejette en bloc. «C'est incroyable ce que l'on peut lire! Je n'ai jamais été entendu par la police et comment peut-on avoir battu à mort un cheval qui n'a aucune plaie? C'est absurde», nous explique-t-il. K. T. se dit «dévasté» par la perte de sa monture. «C'était une séance d'entraînement. «Flogas» semblait en forme mais était un peu difficile, je lui ai effectivement donné un ou deux coups de cravache. Mais je ne l'ai monté que 15-20 minutes. Il ne transpirait pas, n'était pas du tout à bout de souffle. Puis il s'est effondré… Peut-être avait-il un problème cardiaque que nous ne connaissions pas.»

«Il faut lui régler son compte»

Une autopsie est en cours. «Et j'imagine et j'espère qu'il y aura une enquête de la Fédération internationale», ajoute le cavalier. En attendant l'homme reste évidemment présumé innocent. Pourtant, sur les réseaux sociaux, K. T. a déjà été reconnu coupable et subit une ahurissante avalanche de haine. Rien que sur la page Facebook du GPA Jump Festival, il y a des centaines de commentaires. On l'insulte: «ordure», «connard», «bâtard», «pauvre merde», «salopard», «criminel». Et on le menace, on veut sa mort! «Il faut lui régler son compte», «qu'on le frappe avec une cravache jusqu'à ce qu'il s'écroule!» «que quelqu'un lui casse la gueule», «il faut le tabasser à mort»!

«Sur la base d'informations complètement fausses, ça s'est transformé en véritable chasse aux sorcières, qui m'a même fait craindre pour ma sécurité», commente celui qui est désormais de retour chez lui, dans le canton de Berne. «Même mes parents ont reçu des messages. Une personne m'a écrit que je devais être brûlé vif. Mais ce qui me fait le plus mal, c'est d'être traité de meurtrier de chevaux. Ils sont toute ma vie, ma passion depuis mes 4 ans.»

La situation ne surprend pas vraiment le spécialiste des stratégies numériques et réseaux sociaux Stéphane Koch. «Les enfants, les mères de famille, les animaux, les migrants: certains thèmes émotionnels mènent parfois à ces dérapages. Ceux qui lâchent leur hargne sur les réseaux sociaux devraient prendre le temps de s'informer, de vérifier les faits, car on parle d'impacts réels sur des vies, des familles, des carrières. Il faut surtout rappeler la nature pénale de ces commentaires. L'injure est condamnable. L'incitation à la haine ou la menace aussi, et plus lourdement.»

Trop d'énergie et d'argent: K. T. ne portera pas plainte. Il dit vouloir mettre sa carrière entre parenthèses quelque temps. Et espère que la situation va se calmer et que son honneur sera rétabli. «Mais c'est peut-être déjà trop tard. Je crains que cette histoire ne nuise de toute façon à mon travail et à ma réputation.»

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