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Attentats à Paris«Oui, Daech a mis la main sur des armes chimiques»

Après les propos tenus par Manuel Valls, Olivier Lepick, spécialiste des armes à la fondation française pour la recherche stratégique (FRS) s'est exprimé sur le sujet.

Des militaires du 2ème Régiment de dragons en tenue NBC (nucléaire, bactériologique et chimique), lors d'un exercice pour tester la capacité de l'armée à travailler avec la sécurité civile si un attentat chimique se produit sur le territoire national.

Des militaires du 2ème Régiment de dragons en tenue NBC (nucléaire, bactériologique et chimique), lors d'un exercice pour tester la capacité de l'armée à travailler avec la sécurité civile si un attentat chimique se produit sur le territoire national.

afp

QUESTION: Le risque d'un attentat à l'arme chimique ou biologique en France ou en Europe est-il réel ?

REPONSE: "Il faut en rester aux faits : oui, Daech (acronyme en arabe de l'EI) a réussi à mettre la main sur des armes chimiques, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques l'a confirmé le 21 août. Des quantités excessivement limitées de gaz moutarde. Mais de là à penser qu'ils soient capables de monter un attentat chimique ou biologique en Europe, il y a un grand pas, qu'il ne faut peut-être pas franchir. Il y a un certain nombre de barrières logistiques et techniques très difficiles à franchir".

Q: Quelles sont ces barrières ?

R: "Ce type d'armes est autrement plus difficile d'emploi que la kalachnikov et la ceinture explosive. Il y a un saut quantique en termes de complexité, notamment à cause de la militarisation d'un gaz chimique ou d'un agent biologique. Il ne suffit pas d'avoir du gaz moutarde, il faut être capable de le militariser, c'est-à-dire de le coupler à un système de dissémination, et là on entre dans des choses, des techniques qui sont très compliquées. Que Daech ou d'autre entités sub-étatiques s'y intéressent, c'est une évidence, mais si c'était aussi simple, il l'aurait été fait depuis longtemps, alors qu'on en parle depuis une vingtaine d'années".

Q: La France est-elle préparée à cette éventualité ?

R: "On s'y prépare depuis très longtemps. Depuis l'attentat mené par la secte Aum en mars 1995 dans le métro de Tokyo (12 morts, plus de 5.000 blessés). Le plan Vigipirate comporte des volets Piratox, Piratom, Biotox qui traitent de ce genre de choses. Nous avons de très bons dispositifs, des exercices ont lieu régulièrement dans le métro, mais ce n'était peut-être pas le moment d'en parler...

A dire vrai, je suis un peu surpris par la déclaration du Premier ministre. Non pas que ce risque ne soit pas à prendre en compte, c'est une évidence, mais il faut le ramener à sa juste réalité. Surtout dans une période où la tension et les émotions sont suffisamment fortes. Il y a-t-il une motivation politique, liée au vote de jeudi après-midi ? De ce que j'en sais, de mes contacts dans les services de renseignements, il n'y aucune information solide, pertinente, recoupée qui laisse à penser que ce type d'attentat est en préparation sur le territoire national".

(AFP)

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