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RomePape François: une petite révolution dans les gestes

En cent jours de pontificat, François, le premier pape venu d'Amérique, a acquis une popularité inédite, imprimant une révolution dans les gestes et les symboles, sans dévier de la ligne rigoureuse de ses prédécesseurs.

Le Pape François est spontané de nature. Le 7 juin, il lâche, en guise de réponse à une élève: «moi, je ne voulais pas faire pape».

Le Pape François est spontané de nature. Le 7 juin, il lâche, en guise de réponse à une élève: «moi, je ne voulais pas faire pape».

Reuters

Jorge Bergoglio, ancien cardinal de Buenos Aires, et premier pape à s'appeler François - du nom de François d'Assise - a marqué dès son entrée en fonction par sa simplicité, l'attention portée à la pauvreté.

Avec quelques phrases humbles, celui qui se désigne plus volontiers comme «évêque de Rome», a acquis une popularité qui va bien au delà des milieux chrétiens. Il hérite d'une Eglise en crise, marquée par le scandale de la pédophilie, la corruption et les fuites de l'affaire «Vatileaks» de l'an dernier.

D'entrée, il a imposé un nouveau style par rapport au timide Benoît XVI, dont le message exigeant et le style professoral ne passaient pas bien. Au contraire, François se mêle à la foule, embrasse, bénit, reçoit des présents, parle, plaisante, prie avec les gens qui affluent. «François a cette capacité extraordinaire de donner le sentiment à chacun de se sentir regardé, considéré individuellement», note le vaticaniste de l'Espresso, Sandro Magister.

Pape indépendant

Sous le regard de son prédécesseur, qui a démissionné le 28 février et s'est retiré dans un ancien monastère sur la colline du Vatican, -une cohabitation totalement inédite-, François a été élu par les cardinaux pour relancer l'élan missionnaire de l'Eglise et réformer son gouvernement, la Curie.

A 76 ans, il a refusé de s'installer dans l'appartement pontifical, choisissant de rester dans la résidence Sainte-Marthe au milieu des hôtes de passage et de prélats qui y résident. Il a expliqué qu'il ne supportait pas d'être coupé du monde, avait besoin de contacts. Le cardinal argentin ne connaissait presque personne à la Curie.

Ne s'est-il pas isolé? Sandro Magister ne le croit pas: «C'est un pape qui a voulu être indépendant d'une certaine Curie, ne pas être prisonnier de sa bureaucratie, mais il s'est construit un vaste réseau avec ses contacts personnels». «La Curie n'est pas un bloc compact, et beaucoup sont heureux qu'il y ait de nouveau un pape prêt à s'occuper d'elle, de la restructurer», affirme le vaticaniste du Fatto Quotidiano, Marco Politi.

Conservateur et exigeant

Infatigable, Bergoglio, homme très religieux, austère et discipliné derrière l'abord jovial, a beaucoup et longuement consulté. Il prend son téléphone et multiplie les contacts. Seule mesure spectaculaire, le premier pape jésuite a choisi seul huit cardinaux des cinq continents, pour le conseiller dans le gouvernement de l'Eglise et la réforme de la Curie.

Cette réforme devrait commencer sans doute à l'automne. En attendant, les «ministres» de Benoît XVI ont été maintenus. «Sous contrat précaire», note Sandro Magister. Beaucoup au Vatican s'inquiètent pour leur avenir en raison des diatribes du pape argentin contre la mondanité et le carriérisme. Ceux qui le connaissent le présentent comme un homme de principe, conservateur, exigeant, déterminé, qui peut sévir avec le clergé corrompu.

Des services du Vatican pourraient été regroupés et la collégialité sera renforcée pour gérer une Église d'1,2 milliard de baptisés. L'inconnue règne sur le futur secrétaire d'État, qui remplacera l'impopulaire cardinal italien Tarcisio Bertone, toujours en place. La banque du pape, l'IOR, dans le passé au centre de scandales retentissants, pourrait être réformée en profondeur, mais pas supprimée.

Silence délibéré

Outre la réforme de la Curie, la seconde priorité du pape est la «mission»: aller vers les «périphéries géographiques et existentielles» comme il le répète. Son instrument privilégié est l'homélie du matin, à la chapelle de Sainte-Marthe, où il tente d'aller au plus près du quotidien des gens, avec des formules parfois choc, comme lorsqu'il reproche au clergé d'avoir «inventé un huitième sacrement: le sacrement de la douane», qui contrôle si les fidèles sont «en règle».

Ces homélies improvisées lui valent l'hostilité de ceux qui commencent à «mener une résistance passive aux réformes: il est accusé d'être démagogue, paupériste, répétitif, simpliste, trop curé, pas assez pape», énumère Politi. Doctrinalement, il n'y a pas grande différence entre François et Benoît, auquel le nouveau pontife rend souvent hommage. Tous deux dénoncent une Église ONG ou bureaucratique, ou défendent la «Création» et la vie dans «toutes ses phases».

Mais selon Politi, il n'y a plus chez lui «l'obsession de transformer certaines valeurs de l'Église, les fameux principes non négociables, en idéologie politique». Contrairement à son prédécesseur, François, même s'il encourage les parlementaires à «amender» ou «abroger» les lois si nécessaire, ne prononce jamais de condamnations directes avec les mots «avortement», «euthanasie» ou «mariage gay»: un «silence qui correspond à une volonté délibérée» de laisser les épiscopats seuls intervenir, selon Magister.

(AFP)

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