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Chavannes-près-RenensPar vengeance, il avait exécuté son beau-frère

Le Kosovar qui avait tué son beau-frère en 2012 à Chavannes-près-Renens (VD) avait tout prémédité pour punir son ex-femme. Révélations.

par
Laurent Grabet

V. B.* avait exécuté son beau-frère de trois balles de Jennings J-22 dans le dos et le torse. C'était le 29 octobre 2012 dans un garage de Chavannes-près-Renens (VD). Ce meurtre avait bouleversé la communauté kosovare. La victime, Gëzim Hasani, agent de sécurité de 29 ans, père de trois enfants, y était unanimement apprécié, contrairement à son bourreau qui gravitait dans le milieu de la prostitution. On mesure aujourd'hui à quel point V. B., dont le procès pour assassinat se tiendra du 15 au 19 juin, a prémédité son acte. «Et ce pour se venger de sa femme en faisant souffrir toute sa famille», s'indigne Me Eric Muster, avocat de la mère du disparu. «Après 8 années de mariage jalonnées de violences, ma cliente avait trouvé le courage de se réfugier au foyer MalleyPrairie avec ses deux enfants et de demander le divorce», rappelle de son côté Me Carole Wahlen, avocate de l'épouse du prévenu.

Comme le montre l'acte d'accusation, V. B. a planifié sa vengeance. D'abord en repérant les lieux du crime. Ensuite, en convaincant un compatriote de La Chaux-de-Fonds de l'héberger chez lui le temps que les choses se tassent. Enfin en vidant le compte en banque de sa sœur et en organisant pour le 4 novembre 2012 une fuite en car vers la Roumanie, avec sa maîtresse. Cette prostituée de 28 ans issue de ce pays était d'ailleurs avec V. B. au moment du meurtre. Tous deux étaient à bord de leur Smart quand l'homme a repéré Gëzim Hasani, alors à peine rentré de vacances, à proximité du box qu'il louait. V. B., qui avait volontairement laissé son natel éteint chez lui, s'est alors garé sur le trottoir et est sorti de son véhicule. Une fois devant le garage de sa victime, il lui a tiré dessus.

Après d'improbables détours dans l'Ouest lausannois, le meurtrier a mis le cap sur La Chaux-de-Fonds. C'est là que, grâce à des écoutes téléphoniques, les policiers l'ont cueilli, lui, sa maîtresse et leur «hôte», la nuit du 31 octobre 2012. L'arme du crime avait été retrouvée et V. B. était passé aux aveux.

Lorsqu'il nous avait reçus peu après le drame, le père de la victime avait qualifié son beau-fils de «psychopathe». L'intéressé ayant refusé de se soumettre à une expertise psychiatrique, on ignore si ce «diagnostic» est exact. Mais en lisant l'acte d'accusation on se dit qu'il pourrait l'être. Un jour que sa femme revenait de chez le gynécologue, V. B. l'avait par exemple battue. Et ce car il ne supportait pas qu'elle ait été auscultée par un homme. A cette occasion, il avait hurlé qu'il préférait que leur fille à venir meure car «elle allait devenir comme sa mère». Un autre jour, il avait mis un pistolet dans les mains de son fils de 2 ans dans l'idée de «lui apprendre comment tuer des gens». Enfin, dans un accès de lucidité, il avait déclaré lors d'une énième crise de violence: «Je suis prêt à tuer n'importe qui car je n'aime ni ma femme, ni mes enfants, ni moi-même!» Du fin fond de sa cellule, le trentenaire était allé jusqu'à écrire une lettre de menace à son beau-père. Ce dernier est prématurément décédé il y a un mois. «La fin tragique de son aînée l'avait profondément affecté, souligne Me Muster. C'est d'autant plus triste qu'il aurait aimé assister au procès de son assassin.»

«Toute la famille a été détruite par ce drame», reprend Me Pierre-André Oberson, défenseur de la veuve de Gëzim Hasani. Laquelle bénéficie d'un soutien psychologique, a dû quitter son emploi, est prise en charge dans un programme de soutien de l'AI et a trois enfants à charge. Quant à ceux du meurtrier, âgés désormais de 4 et 6 ans, ils vivent toujours en foyer. «Leur mère pourrait théoriquement les récupérer et aimerait le faire, relève Me Wahlen, mais elle craint pour leur sécurité, ainsi que pour celle des autres membres de sa famille.»

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