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MaliPari réussi pour une France privée de ses alliés

Elle a réalisé une reconquête éclair en trois semaines de villes sous contrôle islamiste depuis l'été, en dépit du manque de réactivité de ses alliés européen et américain qui pourrait laisser des traces.

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Le président français va se rendre à Tombouctou où il ira saluer les troupes franco-maliennes. (1er février 2013)

Le président français va se rendre à Tombouctou où il ira saluer les troupes franco-maliennes. (1er février 2013)

AFP
Les petits vendeurs se préparent à la venue du président français. (1er février 2013)

Les petits vendeurs se préparent à la venue du président français. (1er février 2013)

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Les vendeuses de fruits prêtes à accueillir François Hollande. (1er février 2013)

Les vendeuses de fruits prêtes à accueillir François Hollande. (1er février 2013)

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La France semble en voie de réussir son premier pari militaire au Mali.

«Nous sommes en train de gagner cette bataille», a déclaré le président François Hollande lors d'une conférence de presse à l'Elysée. «Quand je dis nous, c'est l'armée malienne, ce sont les Africains soutenus par les Français».

Pour faire tomber les villes stratégiques de Gao et Tombouctou, l'armée française a mis les moyens: avions-bombardiers, hélicoptères, blindés, forces spéciales... Il n'y a pas eu de réel affrontement et la fuite des islamistes a semblé un peu éperdue comme en témoignent les armes laissées sur le terrain, dont de redoutés missiles sol-air.

La guerre n'est pas finie et ne le sera probablement jamais sur l'éradication définitive du terrorisme, mais la progression française a été rapide.

Interrogé par la chaîne France 2 pour savoir si l'armée française accélérait le mouvement, le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius a répondu par la négative: «Non, les choses se passent comme (François Hollande) les a définies».

Rendez-vous manqué

Dans «sa guerre contre le terrorisme», la France a cependant manqué son «rendez-vous» avec l'Europe de la Défense pour laquelle elle plaide pourtant depuis des décennies.

Paris dément être isolé mais l'a été de facto, le seul réel soutien obtenu ayant été surtout verbal, à l'ONU, en Europe comme aux Etats-Unis, à l'exception de quelques avions de transport ici ou là. Aujourd'hui, près de trois semaines après l'ouverture du feu, la nature des besoins a changé.

Relais africain

A l'origine, à l'appui d'une offensive principalement aérienne, Paris avait réclamé des ravitailleurs pour ses chasseurs. Après moult hésitations Washington vient d'y répondre favorablement. «Mieux vaut tard que jamais», ironise Jean-Pierre Maulny, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Aujourd'hui, le besoin est davantage en matière de troupes pour occuper le terrain reconquis. Pour cela, celles de la force interafricaine vont être utiles, couplées à la mission de réorganisation de l'armée malienne par l'Union européenne, plutôt longue à mettre en route.

«La France n'a pas vocation à rester au Mali. En revanche, notre devoir c'est de faire en sorte que nous puissions permettre aux forces africaines de donner au Mali une stabilité durable», a confirmé François Hollande.

Processus politique

Si l'expérience malienne pouvait laisser des traces «conjoncturelles» dans les relations de la France avec ses alliés, Jean-Pierre Maulny veut croire que cela ne sera pas «sur le long terme». L'absence de solidarité vient d'une approche interrogative des partenaires de Paris sur ses objectifs politico-militaires, explique-t-il.

Pour la France, l'enjeu de la deuxième phase qui s'ouvre et s'accompagne d'un processus d'aide politique et financière à Bamako est crucial.

Des troupes africaines de plus en plus nombreuses permettront à l'ex-puissance coloniale d'alléger son dispositif - quelque 3000 militaires français au Mali actuellement -, et d'apparaître plus en soutien qu'en première ligne comme aujourd'hui.

Pas d'enlisement

«Nous ne voulons pas nous enliser», a martelé lundi Laurent Fabius. «Nous tirons les leçons de toute une série de conflits et il n'y aura pas d'enlisement», a-t-il insisté.

«On s'est enlevé une grosse épine du pied mais tout n'est pas réglé, bien sûr», observe une source diplomatique française qui ajoute, précautionneuse: «Il n'y a pas de raison de ne pas être prudent mais pas de raison non plus de ne pas être optimiste».

Pour François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), le plus dur reste encore à faire au Mali: développement économique, réconciliation nationale, sort des otages français.

(ats)

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