14.08.2020 à 11:48

Attaque au NigerParis rend hommage aux six jeunes humanitaires abattus

Une cérémonie nationale d'hommage aux six Français, tués dimanche au Sahel, se déroule vendredi. Les familles souhaitent que «leur engagement soit vraiment cité».

Les six victimes, âgées de 25 à 30 ans, œuvraient pour l'ONG humanitaire Acted, chargée de venir en aide aux populations déplacées par les violences.

Les six victimes, âgées de 25 à 30 ans, œuvraient pour l'ONG humanitaire Acted, chargée de venir en aide aux populations déplacées par les violences.

AFP

Le Premier ministre français Jean Castex préside vendredi après-midi une cérémonie nationale d'hommage aux six jeunes Français, de l'ONG humanitaire Acted, tués dimanche lors d'une attaque au Niger, après le rapatriement de leurs dépouilles.

Un avion transportant les corps de Myriam, Stella, Nadifa, Charline, Antonin et Léo a atterri dans la matinée à l'aéroport d'Orly, près de Paris, en provenance de Niamey, la capitale du Niger.

Jean Castex est attendu au pavillon d'honneur de l'aéroport à 15h30 pour y rencontrer les familles avant de présider la cérémonie d'hommage qui se déroulera à 16h dans l'intimité, sans la présence des médias. Il sera accompagné par le ministre de la Justice Eric Dupont-Moretti et de Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé notamment des Français de l'étranger.

L’attaque «paraît préméditée»

Le Premier ministre français prendra la parole pour saluer la mémoire de ces six jeunes, exécutés avec leur chauffeur et leur guide nigériens alors qu'ils visitaient la réserve de girafes de Kouré, à 60 km au sud-est de Niamey, où ils étaient basés.

Selon les premiers éléments de l'enquête du parquet antiterroriste français, l'attaque «paraît avoir été préméditée» avec pour objectif de «cibler a priori plutôt des Occidentaux», a-t-on appris vendredi de source judiciaire. «C'est important que la Nation puisse rendre hommage» aux six victimes, a souligné Jérôme Bertin, le directeur général de France Victimes, spécialisée dans l'aide aux victimes.

«Les familles souhaitent que leur engagement soit vraiment cité» car «ce ne sont pas des touristes qui sont morts au Niger mais des jeunes gens engagés pour aider la population de ce pays», a-t-il ajouté.

L'EI pointé du doigt

Cinq jours plus tard, l'attaque menée par des hommes armés se déplaçant à moto n'a toujours pas été revendiquée. Mais son caractère «terroriste» ne fait aucun doute selon le président français Emmanuel Macron et son homologue nigérien Mahamadou Issoufou.

Et les experts pointent du doigt l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), actif dans la zone des «trois frontières» (Mali, Niger, Burkina Faso) où il est pourchassé par les armées nationales et la force française Barkhane, qui déploie plus de 5000 hommes au Sahel. «La France veillera à ne pas laisser impuni ce crime odieux», a assuré mardi Jean Castex.

Pour sa part, Emmanuel Macron a affirmé la détermination de Paris à «poursuivre l'action pour éradiquer les groupes terroristes» au Sahel. Le président a également rendu hommage aux six jeunes Français qui «témoignaient d'un engagement remarquable pour les populations».

Déployés par l'ONG Acted

Agés de 25 à 30 ans, ces quatre femmes et deux hommes avaient choisi d'être déployés par l'ONG Acted au Niger, pays du Sahel parmi les plus pauvres du monde, et où ils venaient notamment en aide aux populations déplacées par les violences.

Charline F. était une doctorante de 30 ans qui avait notamment passé deux ans au Nigeria. Stella G. s'était consacrée à partir de 2015 à l'humanitaire, notamment pour Oxfam en Centrafrique. Nadifa L. avait également travaillé à Bangui pour le ministère français des Armées et réalisait un doctorat sur «la responsabilité des entreprises exportatrices d'armes».

Myriam D. avait rejoint l'ONG française il y a deux ans et était passée par la Tunisie et le Tchad avant de rejoindre le Niger. Léo R., étudiant de 25 ans, entré à Acted en tant que stagiaire en 2019, venait d'être envoyé à Niamey comme «volontaire». Antonin G., 26 ans, était diplômé de la prestigieuse Ecole normale supérieure (ENS) et chercheur en économie environnementale.

Les deux victimes nigériennes sont Boubacar G., employé d'Acted et chauffeur du 4X4, et Kadri A., 51 ans, président de l'Association des Guides des Girafes du parc de Kouré.

Plainte après des messages haineux

Après l'attaque, le ministère français des Affaires étrangères a placé l'ensemble du Niger à l'exception de la capitale en zone rouge, soit «formellement déconseillée».

Acted a suspendu temporairement ses activités au Niger mais «il n'est pas question de quitter le pays et la région», selon son président Frédéric de Saint-Sernin.

Une plainte a été déposée mercredi en France par l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT) pour dénoncer la diffusion sur les réseaux sociaux, accompagnée de messages de haine, des photos des victimes. «Des familles, malheureusement, ont vu ces images, qui font des dégâts psychologiques énormes», selon son directeur général, Guillaume Denoix de Saint-Marc.

(afp/nxp)

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