12.11.2015 à 06:46

palParis truqués: l'intuition qui a mis le foot népalais sur la sellette (PAPIER D'ANGLE)

Par Ammu KANNAMPILLY

Katmandou, 12 nov 2015 (AFP) - Comme la plupart des fans de foot népalais, Sarbendra Khanal éprouva une déception extrême lorsque le Népal fut éliminé en 2011 des qualifications pour la Coupe du monde.

Mais quelque chose mit la puce à l'oreille de cet enquêteur chevronné.

Ce petit pays himalayen ne s'attendait pas disputer la Coupe du monde au Brésil, ni même à aller très loin dans les phases éliminatoires. Mais après des scores peu reluisants comme le Jordanie-Népal, perdu 9 à 0, le policier se dit que quelque chose ne tournait pas rond.

"A chaque fois que je regardais un match, ça se terminait par un zéro pour le Népal", raconte à l'AFP Sarbendra Khanal, chef de la police criminelle de Katmandou. "Je ne comprenais tout simplement pas pourquoi on n'arrêtait pas de perdre".

Son intuition fut confirmée par des paris douteux signalés par Sportradar, société de surveillance suisse spécialisée qui a un partenariat avec la Confédération asiatique de football (AFC).

La piste de l'argent a débouché sur l'inculpation de six personnes accusées de matchs truqués, dont l'ancien capitaine de l'équipe nationale, qui encourent la perpétuité.

Les suspects démentent toute malversation. Cinq d'entre eux ont été libérés sous caution mardi par la justice népalaise. Le sixième, un kinésithérapeute, est en fuite.

Le président de la Fédération népalaise de football, Ganesh Thapa, soupçonné d'avoir détourné des millions de dollars, a démissionné voici un an.

A l'heure où la Fifa (l'instance mondiale du football) traverse la pire crise de son histoire, les six hommes sont loin d'être les figures les plus célèbres à se retrouver dans l'oeil du cyclone. Mais ils pourraient se voir infliger les peines les plus sévères: le parquet a choisi de les poursuivre pour trahison.

"Le terme vol n'est pas suffisant. Ils ont joué au nom de millions de Népalais et ont accepté de perdre match sur match", dit le policier.

Sarbendra Khanal, 49 ans, a commencé à enquêter sur l'ex-défenseur Anjan KC, 28 ans, devenu entraîneur après une blessure.

Le style de vie de l'ancien joueur, ses liens étroits avec Dinesh 'Chari' Adhikari, gangster local accusé d'extorsion et de tentative de meurtre, l'ont intrigué.

"Il fréquentait les casinos, dépensait des sommes folles en voitures importées et en villas (...). Il vivait au-dessus de ses moyens", raconte M. Khanal.

L'examen du compte bancaire du suspect a révélé des transactions avec des organisateurs de matchs truqués établis à Singapour et en Malaisie.

D'après l'acte d'accusation consulté par l'AFP, ces personnes ont déposé des sommes variant entre 1.000 et 7.000 dollars sur les comptes de l'entraîneur, de quatre joueurs, du kinésithérapeute et de leurs proches.

Les malversations auraient duré huit ans, y compris en 2011 pendant les épreuves de qualification pour la Coupe du monde et des matches contre le Bangladesh et l'Afghanistan comptant pour une compétition régionale. Outre Anjan KC, le capitaine Sagar Thapa, le gardien de but Ritesh Thapa, le défenseur Sandip Rai et leur ancien coéquipier Bikash Singh Chhetri ont été arrêtés.

"Nous pensons que KC était le meneur. Il savait quels joueurs avaient besoin d'argent et il ciblait ceux qui accepteraient de perdre des matches", poursuit l'enquêteur.

Le soigneur Dejiv Thapa est lui soupçonné d'avoir aidé les suspects à simuler des maladies.

Le policier a refusé à révéler le nombre de transactions mises au jour. "Chaque joueur recevait environ 5.000 dollars par match (...). Ils ont dû se faire des centaines de milliers de dollars au cours des huit dernières années."

La police veut faire un exemple des suspects, inculpés dimanche en vertu d'une loi de 1989 punissant la mise en danger de la souveraineté, de l'intégrité et de l'unité nationale du Népal.

"Ils ont porté tort au jeu et ils se sont rendus coupables de trahison à maintes reprises".

Le Népal, 192e sur 207 au classement Fifa, est déjà éliminé des qualifications pour le Mondial 2018.

Les fans ont tout à gagner de l'assainissement de leur sport favori. "Cela m'a attristé personnellement et comme fan de football. Mais nous avons maintenant l'occasion de nettoyer les choses et un verdict de culpabilité pourrait nous le permettre", conclut le policier.

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(AFP)

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