Humeur: Parlement: on ne touche pas à nos riches!
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HumeurParlement: on ne touche pas à nos riches!

L’initiative 99% pour taxer davantage le capital n’a aucune chance à Berne. Pourtant, la disparité des richesses en Suisse mériterait qu’on explore des pistes.

par
Eric Felley
L’initiative des jeunes socialistes pourrait rapporter entre 5 et 10 milliards dans les caisses de la Confédération. La droite n’en veut pas.

L’initiative des jeunes socialistes pourrait rapporter entre 5 et 10 milliards dans les caisses de la Confédération. La droite n’en veut pas.

IStockphoto

Sans aucune surprise, la majorité bourgeoise de la Commission de l’économie et des redevances (CER) du Conseil national s’oppose à l’initiative 99% des jeunes socialistes, visant à taxer les plus riches. Au-dessus de 100 000 francs, les revenus du capital et autres dividendes devraient être imposés 1,5 fois plus que ceux du travail. Entre 5 et 10 milliards de francs pourraient ainsi être redistribués.

Selon la majorité de la commission, avec une telle initiative, la Suisse «courrait le risque de rebuter les riches contribuables étrangers – qui ne viendraient pas s’y installer – et de faire fuir les investisseurs suisses à l’étranger». La droite avançait le même argument avec la fin du secret bancaire, mais finalement il n’y a pas eu d’exode des grandes fortunes. Aujourd’hui plus que jamais, elles savent qu’avant de quitter la Suisse, si protectrice de leurs avoirs, elles devront trouver un autre pays aussi sûr. Ce qui n’est pas simple.

La majorité de la commission ajoute aussi que cette initiative tombe à plat car «ces dernières années, les bas revenus ont déjà bénéficié d’une redistribution des recettes». C’est la fameuse théorie du ruissellement qui profiterait aux gens en bas de la pyramide des revenus. Pour les socialistes, ce n’est pas le cas: «L’écart entre les hauts et les bas revenus, qui continue à se creuser, engendre des problèmes sur le plan économique en réduisant le pouvoir d’achat des classes moyennes et des classes aux revenus les plus faibles».

De l’argent pour la santé ou les retraites

Le fait est que depuis des années les salaires augmentent très peu, tandis que les dépenses captives (loyer, assurance, téléphonie, mobilité) ne cessent d’augmenter. Ce qui est donné d’une main est vite repris de l’autre. Cela dit, la réflexion au sujet du partage des richesses est profondément dogmatique. Les parlementaires bourgeois de la CER sont là pour protéger le capital, les dividendes et la frange de la population nantie qui est en situation de rentes. Ils ne laisseront aucune chance à l’initiative des 99% devant le peuple. Ils ne proposent d’ailleurs aucun contre-projet.

Pourtant, si les gens votaient en fonction de leurs revenus, ils devraient accepter une initiative qui redistribue les cartes. Elle permettrait par exemple d’alléger les coûts de la santé ou de garantir de meilleures retraites, deux domaines confrontés perpétuellement à des problèmes de ressources. Mais taxer les riches demeure un tabou bien helvétique. Un peu comme si une partie de la population conservait dans ses gènes une forme de respect féodal pour les seigneurs qui les font vivre.

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