17.08.2018 à 14:15

FootballParme, entre paradis et enfer

Le retour des Parmesans en Serie A, après une faillite et trois promotions consécutives, a failli être invalidé par des soupçons de manipulation. Un épisode de plus dans une histoire très agitée.

von
Simon Meier

Les supporters de Parme le savent mieux que quiconque: joie et tristesse sont les fruits du même arbre. L’euphorie du printemps, qui a suivi la remontée en Serie A trois ans après la faillite du club et la rétrogradation en 4e division, a failli s’étrangler pendant l’été.

Car quelques jours après la victoire libératrice à La Spezia, le 18 mai dernier, la fédération italienne avait décidé d’ouvrir une enquête sur les coulisses de ce succès: deux éléments Parmesans, Emmanuele Calaio et Fabio Ceravolo, auraient envoyé quelques SMS bien sentis afin d’inciter certains de leurs adversaires à lever le pied lors du match décisif. L’affaire est allée si loin que les jaune et bleu ont craint de voir leur ascension invalidée par les instances, avant de pouvoir respirer. Même les cinq points de pénalité infligés dans un premier temps ont été gommés dans un second – le club s’en est tiré avec une amende de 20'000 euros.

La somme a dû être payée de bon cœur et les tifosi peuvent désormais, jusqu’à preuve du contraire, se concentrer sur leur bonheur de retrouver la Serie A, avec la venue de l’Udinese dimanche au stade Ennio-Tardini. Le temps où Parme jouait les gros bras en Italie et en Europe (victoires en Coupe des Coupes 1993 et en Coupe de l’UEFA 1995 et 1999), bien sûr, paraît loin. Le temps des stars (Gigi Buffon, Fabio Cannavaro, Lilian Thuram, Ernan Crespo, etc…) est révolu. Mais l’idée de jouer le maintien suffit, après tant de galères, au bonheur immédiat.

Afin de mener à bien sa mission, le club, détenu par le groupe chinois Desports, a consenti à des investissements raisonnables mais ciblés. Pour consolider une équipe assez inexpérimentée, l’entraîneur Roberto D’Aversa a notamment accueilli les défenseurs vétérans Bruno Alves (36 ans, en provenance des Glasgow Rangers) et Massimo Gobbi (37, ex-Chievo Vérone), ainsi que plusieurs éléments déjà rompus au décor de la Serie A: Roberto Inglese, Alberto Grassi et Jacopo Dezi débarquent de Naples, Luca Rigoni est arrivé de Gênes et Jonathan Biabiany est venu de l’Inter Milan, qui a aussi prêté aux Parmesans un certain Federico Dimarco, dont le récent passage au FC Sion n’avait pas fait d’étincelles.

La mayonnaise prendra-t-elle au Stade Ennio-Tardini? On verra. En attendant, la énième renaissance de ce club - qui s’appelle désormais Parma Calcio 1913 - donne un éclat supplémentaire au Calcio, fut-il nostalgique.

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ÉPISODE 3: LE GRAND PARI DE «CARLETTO»

Il y a des mariages qui, comme ça d’emblée, surprennent davantage que d’autres. Celui entre Carlo Ancelotti, placide émilien au palmarès long comme le bras, et Naples la sudiste, la chaude, la folle, nous a franchement surpris. Non pas du point de vue du club qui, pour assumer la lourde succession d’un Maurizio Sarri ultra aimé et parti à Chelsea, était tout heureux de pouvoir miser sur un tel cador.

Mais «Carletto», lui, pourquoi a-t-il choisi de relever le défi? De prendre le pari, lui qui a déjà tout gagné, partout (lire son palmarès ci-contre); lui qui était pépère, un an après sa saison mitigée au Bayern (un titre de champion et peu d’amour); lui qui n’a plus rien à prouver, sinon à lui-même peut-être. Bref, Carlo Ancelotti s’est jeté à l’eau. Au feu plutôt, si l’on songe au climat qui prévaut – ou sévit – au pied du Vésuve.

L’ex-mentor de ZinEdine Zidane n’est pas homme à fonctionner aux coups de tête – même lorsqu’il claqua la porte du PSG, en 2013, vexé que les dirigeants qatariens aient pu songer à le remplacer, il le fit avec classe et pondération. Alors pourquoi? Oui pourquoi, lorsqu’on a gagné quatre Ligues des champions avec l’AC Milan (deux comme joueur, deux comme entraîneur), puis encore une avec le Real Madrid (2014), accepter une charge aussi aléatoire que le destin du Napoli?

La cité parthénopéenne, encore tout émoustillée par les fantasmes finalement évanouis du printemps dernier, ne rêve que d’un truc: le Scudetto. Surchauffé, le peuple râle contre le président Aurelia De Laurentiis, qu’il juge trop prudent et économe: «Notre plus gros transfert cette saison, c’est Ancelotti », n’a cessé de clamer le dirigeant pour apaiser les foules. Et voilà toute la pression sur le dos de «Carletto».

C’est peut-être cela qui lui manquait, finalement: la grande incertitude avant le coup d’envoi, la responsabilité de milliers de cœurs. Aussi surprenant qu’il puisse paraître, le mariage entre Ancelotti et Naples ne manque pas d’attrait. S’il pose un troisième Scudetto au pied du Vésuve, le premier sans Maradona, le maestro deviendra icône. Une perspective suffisamment irrésistible pour risquer d’écorner une carte de visite qui, quoi qu’il advienne, restera phénoménale.

Carlo Ancelotti en bref

Naissance: Le 10 juin 1959 à Reggiolo (Emilie-Romagne).

Carrière de joueur: Après des débuts professionnels à Parme, le milieu de terrain devient capitaine de l’AS Roma, avec qui il fête un Scudetto et quatre Coupe d’Italie entre 1980 et 1986. Avec l’AC Milan, qu’il rejoint en 1987, il remportera deux nouveaux titres nationaux (1988 et 1992) et autant de Ligue des champions (1989 et 1990). 26 sélections avec la Squadra azzurra entre 1981 et 1991.

Carrière d’entraîneur: D’abord assistant d’Arrigo Sacchi en équipe nationale (finale du Mondial 1994), «Carletto» entraîne ensuite la Reggiana (1995/96) et Parme (vice-champion en 1997). Également dauphin à la tête de la Juve en 2000 et 2001, il doit attendre 2004 pour fêter son premier Scudetto de coach, avec l’AC Milan. Il dispute trois finales de Ligue des champions avec les Lombards, dont deux gagnées (2003 et 2007). Auteur du doublé avec Chelsea (2010), puis champions de France avec le PSG (2013), il soulève à nouveau la Coupe aux grandes oreilles avec le Real Madrid en 2014, avant de compléter son tour d’Europe avec le Bayern (vainqueur de la Bundesliga 2017). Au printemps 2018, il accepte de relever le défi Napoli.

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ÉPISODE 2: QUI POUR FAIRE TOMBER LA VIEILLE DAME?

Toutes les séries ont une fin, des clubs champions à la chaîne comme le FC Bâle (2010-17) ou l’Olympique Lyonnais (2002-08) le savent bien. Reste qu’on peine à imaginer comment la Juventus pourrait être privée de «son» Scudetto, la saison même où Cristiano Ronaldo débarque sur les bords du Pô. Qui, sinon, pourrait triompher le printemps prochain?

Personne, parmi les dix-sept autres de la classe, ne lèvera le doigt ouvertement. Question d’humilité, de respect et de prudence. Certains aspirants doivent pourtant nourrir des pensées. L’Inter et l’AC Milan, par exemple, qui semblent avoir retrouvé un sens après des années d’égarement. Les Rossoneri, qui s’en sont remis aux anciens de la maison Gennaro Gattuso (entraîneur), Leonardo (directeur sportif) et Paolo Maldini (directeur de la stratégie), ont effectué une campagne de transferts prometteuse.

«Si elle a pris Cristiano Ronaldo, la Juve a perdu Gonzalo Higuain au profit de l’AC Milan, souligne Gaetano Marotta, agent de joueurs. Si on ajoute à ça la rocade entre Leonardo Bonucci (ndlr: qui a quitté San Siro pour retourner à Turin) et Mattia Caldara (qui a effectué le chemin inverse), à mes yeux, Milan a réalisé une meilleure opération. Contrairement à d’autres années, je pense que la Juve ne fera pas cavalier seul.»

Mais le monsieur n’a pas dit que la Vieille Dame serait devancée sur la ligne d’arrivée. Naples, qui avait poussé les Bianconeri dans leurs derniers retranchements le printemps dernier, peut-il faire encore mieux? A effectif plutôt stable, tout dépendra de la «greffe» entre l’entraîneur Carlo Ancelotti et les excellentes bases laissées par le très aimé Maurizio Sarri. L’AS Roma, bonne troisième de la saison écoulée et demi-finaliste de la Ligue des champions, a certes perdu son gardien Alisson et son poumon Radja Nainggolan. Mais avec les arrivées du frais champion du monde Steven N’Zonzi et de Javier Pastore notamment, à condition que le portier danois Robin Olsen tienne la route, la Louve du formidable coach Eusebio Di Francesco peut nourrir l’idée d’une progression.

Retour au Nord. Parallèlement à la reconstruction de son colocataire l’AC, l’Inter Milan opère une mue intéressante. Entre les mains chinoises de la surpuissante famille Zhang depuis deux ans, les Nerazzurri ont accueilli leur qualification pour la Ligue des champions, en mai dernier, comme la preuve tangible d’un renouveau, sous la houlette de l’excellent Luciano Spalletti.

Le Calcio bouge, le catenaccio prend la poussière, la concurrence pousse. Tout cela sera-t-il suffisant pour détrôner la Juventus de Cristiano Ronaldo? «Cette année, plus que jamais, nous voulons battre tout le monde», a prévenu Massimiliano Allegri, technicien bianconero de son état.

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ÉPISODE 1: UN MONDIAL VITE OUBLIÉ

Le transfert de Cristiano Ronaldo à la Juventus aura mis la Botte en ébullition durant tout l’été – presque de quoi oublier ce Mondial triste, inutile. L’arrivée de la superstar portugaise, qui donnera les trois coups de la Serie A samedi après-midi à Vérone, donne à elle seule une nouvelle dimension au championnat italien. Mais ça n’est pas tout. Outre le buzz, un constat: le Calcio semble se réveiller, déterminé à réduire le fossé qui le sépare de l’Espagne et l’Angleterre depuis une grosse décennie.

L’activité des clubs transalpins lors du mercato estival (lire encadré) ne trompe pas. Le Calcio frémit à nouveau, l’ancien géant des années 1980 et 90 s’ébroue. «On est encore loin de l’époque des Maradona, Van Basten, Gullit ou Matthäus, tempère Gaetano Marotta, agent actif notamment en Italie et en Suisse. Mais le football italien semble avoir compris qu’il devait se relancer sur le plan marketing ou sportif, idéalement les deux.»

Certes, l’Inter de José Mourinho avait remporté la Ligue des champions en 2010; mais il s’agissait d’un phénomène isolé. Oui, la Juve a atteint la finale en 2015 et 2017; mais c’était l’arbre qui cachait la forêt. Aujourd’hui, c’est un élan collectif qui se met en place, boosté par la volonté de bien faire après avoir tant erré. Boosté, aussi, par un nouveau système fiscal national qui favorise les grosses fortunes (allo Cristiano?) et renforce donc l’attractivité des clubs sur le marché.

A propos d’argent, car il s’agit toujours de cela, les investisseurs étrangers montrent un intérêt de plus en plus marqué. Après la Roma, victorieuse de Barcelone (1-4 3-0) la saison dernière en quarts de la «Champion’s», l’AC Milan est aussi passé en mains américaines – le fonds Elliot a repris la barre cet été, après une période chinoise catastrophique. D’autres Chinois, via le groupe Suning, ont pris le contrôle de l’Inter Milan depuis deux ans, où ils ont déjà injecté plus de 500 millions d’euros. Luka Modric n’a pas cédé pour autant aux sirènes lombardes. Mais le simple fait que le transfert de la star croate ait été envisagé démontre que les lignes bougent; a priori dans le bon sens pour le Calcio.

La Serie A, qui vient de revaloriser ses droits TV à hauteur de 973 millions d’euros par saison (Sky et Perform Group ont remporté la mise pour la période 2018-21), est encore loin des revenus dégagés par la Premier League anglaise. Mais elle a clairement entamé un chemin. Celui de la reconstruction, de la reconquête. En ce sens, elle ne pouvait que très difficilement imaginer une meilleure figure de proue que Cristiano Ronaldo. L’attention que le Portugais cristallise, l’enthousiasme qu’il déclenche, pourrait favoriser un cercle vertueux. Et participer au retour de flamme du Calcio.

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