Vevey (VD): Parricide: Mère «borderline», fils «normal»
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Vevey (VD)Parricide: Mère «borderline», fils «normal»

Au deuxième jour du procès, les profils psychologiques des coauteurs du crime de Villeneuve (VD) ont été passés au crible par cinq psychiatres. Dont trois parisiens.

par
Benjamin Pillard
La sociologue aujourd'hui âgée de 52 ans (au centre, avec tout à gauche, l'une de ses deux avocates, Me Valérie Pache Havel) comparaît depuis mardi.

La sociologue aujourd'hui âgée de 52 ans (au centre, avec tout à gauche, l'une de ses deux avocates, Me Valérie Pache Havel) comparaît depuis mardi.

GILLES-EMMANUEL FIAUX

Une femme à multiples «visages et facettes». Expert-psychiatre mandaté par le procureur vaudois Hervé Nicod, le Dr Stéphane Simonazzi l'a reconnu hier devant le Tribunal criminel de Vevey: la personnalité de Nicole* – la sociologue de 52 ans qui avait persuadé son propre fils (alors âgé de 20 ans) de se rendre à Villeneuve fin 2014 pour tuer son grand-père millionnaire (Marcel Woerz, 83 ans) – est à la fois inédite et complexe. «Borderline», avec traits paranoïaques et psychopathiques, ainsi qu'une tendance «très marquée» à tout intellectualiser.

Cette dernière caractéristique ne serait autre qu'un mécanisme de défense, visant à «mettre à distance certaines émotions». «Il ne fait aucun doute que madame a été soumise à des affects très violents, de colère et de haine, dont une partie était enfouie», a détaillé le spécialiste, accréditant ainsi les explications de la mère parricide. Laquelle maintient depuis son crime (avoir fait en sorte que son fils pousse l'octogénaire en bas des escaliers de sa maison, et l'étrangle au moyen d'une écharpe après l'avoir tabassé avec sa canne médicale) que l'éventualité d'un remariage de Marcel Woerz en vue d'avantages fiscaux – évoquée deux semaines plus tôt par le retraité – avait fait resurgir des souffrances passées (lire «Le Matin» d'hier).

«Lui jugé responsable, elle moins»

«Les digues défensives qu'elle avait construites tout au long de sa vie ont été submergées», a imagé le Dr Paul Bensussan, l'un des deux experts parisiens de la psychiatrie mandatés par la défense de Nicole. «La force du sentiment de trahison est venue réveiller la blessure d'abus sexuels – réelle ou fantasmée.» La crainte d'être dépossédée d'un substantiel et imminent héritage en cas de remariage de son père aurait également été déterminante: «un facteur gâchette», qui aurait ravivé les violences psychologiques dont l'octogénaire aurait fait preuve à l'encontre de sa fille unique. «Épouser n'importe qui pour des raisons fiscales, cela signifiait que Marcel Woerz avait une conception utilitaire des relations, et donc que sa fille ne pouvait plus attendre de reconnaissance affective de sa part», a expliqué la spécialiste française Marie-France Hirigoyen. Et de qualifier la notion d'argent comme le véritable «langage de cette famille».

Ce profil pathologique de Nicole lui vaudra une diminution de peine. Contrairement à son fils, Julien*, qualifié de «complètement normal sur le plan psychiatrique» par le second expert requis par le ministère public, le Dr Abba Moussa. Et ce malgré une fragilité identitaire et un fonctionnement diagnostiqué comme maniaque. «Nous pensons qu'il a agi en toute conscience, aucune pathologie ne pouvant expliquer qu'il l'ait fait sous les ordres de sa maman.»

Une responsabilité pénale pleine et entière, que confirme l'expert-psychiatre et psychanalyste parisien Daniel Zagury. «Ce jeune doit répondre du meurtre de son grand-père, bien qu'il l'ait tenu pour un père de substitution (ndlr: son géniteur s'étant suicidé alors que Julien avait 6 ans). Or ce type de crime est le plus souvent commis par des malades mentaux. Pour que ce ne soit pas le cas, il faut que les circonstances soient absolument exceptionnelles.» Comme l'emprise d'une mère sur son fils.

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