Football: Pas besoin de fermer la Champions League, c’est déjà fait!
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FootballPas besoin de fermer la Champions League, c’est déjà fait!

La dernière journée de «C1» a rendu un verdict adoré par les clubs les plus riches: ils se disputeront le titre entre eux. Et tant pis pour les autres.

par
Robin Carrel

Quatre clubs anglais, autant d’espagnols, trois allemands et italiens, deux français… Les 8es de finale de la Champions League reflètent exactement ce que l’UEFA voulait faire de sa compétition phare. Histoire de maximiser les droits de télévision, de s’assurer d’avoir des «grands» toute l’année à l’écran – enfin, sur des chaînes à péage et plus sur les chaînes publiques – et d’ainsi repousser au maximum la semble-t-il inexorable «Super League» européenne voulue par les cadors, la confédération européenne leur déroule le tapis rouge et les riches ont commencé à camper dessus.

Il y a de ça simplement cinq ans, dix pays étaient représentés en 8es de finale de «C1». Ils n’étaient plus que six la saison suivante. Ensuite, ce chiffre est passé à neuf en 2018 avant la réforme, à sept le printemps dernier, puis cinq, donc cette année. Objectif atteint. Il n’y a plus besoin de fermer celle qui était encore il y a peu la plus belle des compétitions de clubs de la planète football, c’est déjà fait.

La folle épopée de l’Ajax Amsterdam de l’année dernière, lorsque l’historique club néerlandais était à quelques secondes de défier Liverpool en finale, n’était que l’exception qui confirme la règle. Depuis l’année dernière, les quatre championnats les plus puissants (qui sont actuellement l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie) sont assurés d’avoir quatre places en phase de poule. Un format qui leur assure presque de le rester, car ils sont mathématiquement en position de marquer des points au fameux coefficient UEFA – et donc de gagner plus d'argent et donc de s'y retrouver l'année suivante pour y regagner plus d'argent –, ce qui est ainsi foncièrement injuste et qui tend toujours davantage vers la Ligue fermée tant désirée.

Le jeudredi, à l’heure du pré-apéro

Ce qui était encore presque une Coupe d’Europe il y a quelques années est devenue gentiment la Coupe des Pays Riches. Même les formations bien dotées financièrement des pays de l’Est ou plus au Sud n’ont plus voix au chapitre. En Russie, aux Pays-Bas, en Belgique, en Grèce, en Ukraine, au Portugal, en Turquie, de vrais pays de football, on ne peut rêver d’intégrer le top 16 continental que sur un malentendu. Les Suisses, les Norvégiens, les Suédois, les Serbes, les Tchèques, les Polonais, les Ecossais, les Croates ou les Polonais – et on en passe – sont, eux, devenus au mieux une sorte de tiers-monde du ballon rond.

Alors comme on fait avec les pauvres dans la vraie vie de tous les jours, on les interdit de mendier et on leur organise une compétition pour qu’ils soient gentils, qu’ils ne fassent pas trop de bruit et jouent entre eux, loin du centre-ville qu'est la «Champions». Il y a certes l’Europa League, qui fait désormais office de «consolante», comme pour ceux qui avaient trop picolé au début d’un tournoi de pétanque et qui dessaoulent au printemps. Il y aura désormais, dès 2021, l’UEFA Europa Conference League. Elle se jouera le jeudredi, à l’heure du pré-apéro, parce qu’il ne faudrait tout de même pas qu’on voit trop les sans-le-sou évoluer, ça pourrait plaire…

Comme l'écrivait magistralement un éditorialiste du New York Times mercredi soir déjà, les grands clubs «ont oublié de réfléchir à la manière dont ils ont atteint le sommet et simplement décrété que cette place leur appartenait.» C'est comme ça que les plus grands empires ont commencé à décliner et ce ne sera de loin pas pour me déplaire.

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