07.11.2020 à 08:21

CoronavirusPas de baby-boom post-confinement

Le médecin-chef du service d’obstétrique du CHUV, David Baud, observe une diminution d’environ 10% des grossesses pour cette fin d’année.

«Notre priorité est de s’occuper des femmes enceintes qui arrivent infectées par le coronavirus et de protéger celles que le Covid-19 n’a pas atteintes. Tous nos gestes et soins habituels prennent beaucoup plus de temps et sont plus compliqués», déplore David Baud.

«Notre priorité est de s’occuper des femmes enceintes qui arrivent infectées par le coronavirus et de protéger celles que le Covid-19 n’a pas atteintes. Tous nos gestes et soins habituels prennent beaucoup plus de temps et sont plus compliqués», déplore David Baud.

KEYSTONE

Contrairement aux attentes, le semi-confinement du printemps ne débouchera pas sur un pic des naissances en fin année. David Baud, médecin-chef d’obstétrique au CHUV, prévoit même moins de bébés qu’habituellement à cette époque.

Le médecin-chef d’obstétrique au département «femmes-mères-enfants» du CHUV explique à Keystone-ATS que, depuis une quinzaine d’années, le nombre d’accouchements est en hausse. Or, en ces temps de pandémie, il observe une diminution d’environ 10%, si l’on se réfère au contrôle de début de grossesse.

«Nous n’avons donc pas mis en place de mesures pour une éventuelle augmentation des accouchements», précise David Baud. «Notre priorité est de s’occuper des femmes enceintes qui arrivent infectées par le coronavirus et de protéger celles que le Covid-19 n’a pas atteintes. Tous nos gestes et soins habituels prennent beaucoup plus de temps et sont plus compliqués», déplore-t-il.

Diminution des naissances

Le Dr Baud et son équipe ont voulu documenter cette croyance selon laquelle un confinement augmenterait la procréation et par ce fait les naissances. Ils ont cherché et compilé les données de plusieurs épidémies, soit celle d’Ebola en Afrique de l’Ouest, de Zika au Brésil, du SRAS-Cov qui a sévi en 2002-2004 en Chine et même l’épidémie de grippe espagnole après la Première Guerre mondiale.

«Si on observe le nombre de naissances qui ont suivi ces épidémies dans les régions concernées et le pourcentage de hausse ou de baisse des grossesses, on s’aperçoit qu’il y a une chute de 10% à 20% du nombre de grossesses neuf mois plus tard», explique David Baud. Quelques-unes de ces précédentes épidémies ont induit des fausses couches, ce qui ne semble pas être le cas pour celle du coronavirus.

Les causes expliquant une baisse attendue des naissances sont nombreuses, de l’avis du spécialiste. Le confinement qui empêche les gens de se rencontrer, le stress de la population qui diminue sa fertilité, les jeunes malades qui vont temporairement réduire leur activité sexuelle et les personnes qui regardent d’un point de vue économique une naissance, énumère-t-il.

Le stress comme facteur principal

«Mais c’est surtout le stress qui, sur le coup, s’invite dans cette situation. Quand vous êtes stressés, votre fertilité diminue, hommes et femmes», précise-t-il. Le médecin explique également que pendant la première vague de coronavirus les traitements de fertilités ont été interrompus (FIV) et représentent le 3% environ de toutes les grossesses.

«Mais la nature est bien faite: L’histoire montre que les gens se sont rattrapés un an et demi à deux ans après la fin des précédentes épidémies», précise le médecin. On observe alors une augmentation de 15% par rapport au taux de grossesses habituelles.

Problématiques à long terme

Les effets à long terme de la pandémie sur les naissances pourraient être non négligeables sur les sociétés européennes à l’avenir. Pour le médecin, leur baisse aura un impact sévère sur la démographie, impliquant un vieillissement des populations. Appliqué à l’Italie, qui compte environ 1,2 enfant par femme, une telle évolution créerait dans 20 ans un rapport de trois retraités pour un seul actif, précise David Baud.

(ATS/NXP)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!