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JugementPas de lumière: les patrons casquent

Les employés qui sont privés de lumière du jour sur leur lieu de travail doivent obtenir une compensation. C'est ce que vient de décréter le Tribunal administratif de Zurich.

par
Pascale Bieri
Les employés de la Migros, à la gare centrale de Zurich, condamnés à la lumière artificielle, auront droit à une pause quotidienne supplémentaire.

Les employés de la Migros, à la gare centrale de Zurich, condamnés à la lumière artificielle, auront droit à une pause quotidienne supplémentaire.

Keystone

«Quel temps, fait-il dehors, il pleut toujours?» Eh bien non, il y a du soleil… Les employés de la Migros de la gare centrale de Zurich ne devraient plus entamer ce dialogue. Alors qu'ils se plaignaient d'être privés de la lumière du jour durant toutes leurs heures de travail, le Tribunal administratif cantonal vient de condamner le géant de la grande distribution à leur offrir, à titre de compensation, quarante minutes de pause quotidienne pour «puiser de la lumière». Une mesure chiffrée à quelque 750 000 francs par an.

«C'est une décision importante qui nous réjouit beaucoup, confie Muriel Chenaux, membre de la direction du secteur tertiaire du syndicat Unia-Vaud. C'est la première fois qu'un Tribunal se penche sur la question, et qu'il estime que l'employeur a une responsabilité sur la santé de ses employés.»

Ça pourrait faire tache d'huile

Pour l'heure, Migros refuse de se prononcer sur ce verdict et de dire si un recours sera déposé dans les 30 jours au Tribunal fédéral. «C'est une affaire en cours que nous ne commentons pas», répond la porte-parole, Monique Weibel.

Car cette décision qui, pour l'instant, ne concerne que les employés de la gare centrale zurichoise pourrait bien faire tache d'huile et s'étendre à l'ensemble des employés de la branche travaillant sous les néons, mais aussi toucher le personnel des hôpitaux, les archivistes confinés dans des sous-sols, etc. «Si ce jugement était confirmé par le Tribunal fédéral, il aurait force de jurisprudence», souligne Muriel Chenaux. Tous les employeurs concernés seraient alors obligés de prendre des mesures concrètes pour que leurs collaborateurs ne soient pas condamnés à l'éclairage artificiel toute la journée sans mesures compensatoires. Ce qui est d'ailleurs inscrit dans la loi sur le travail. Mais sans directives précises.

C'est un fait acquis, ne pas voir la lumière naturelle du matin au soir est mauvais pour la santé, augmente le stress, la fatigue. Et les employés de la Migros de Zurich ne sont pas seuls à avoir entrepris des démarches à ce sujet. «De nombreuses plaintes et actions sont en cours», confirme Muriel Chenaux.

Si les quarante minutes de pause quotidienne imposées par le Tribunal administratif de Zurich sont une solution (particulièrement onéreuse pour les patrons!), il y a d'autres pistes comme celle consistant à effectuer, quand c'est possible, des tournus sur les places de travail afin que chacun bénéficie de la fenêtre à un moment donné. Des spécialistes du droit du travail évoquent également comme «remède» envisageable la projection d'images virtuelles de plein air.  

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