Mexique: «Pas de preuve» que les 43 étudiants ont été incinérés

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Mexique«Pas de preuve» que les 43 étudiants ont été incinérés

Dans un rapport, des experts internationaux indépendants mettent à mal la version officielle de la disparition des étudiants dans le sud du Mexique.

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La police scientifique mexicaine sur les lieux où les étudiants ont été vus pour la dernière fois. Les autorités confirment que les trois étudiants ont été tués, leurs corps dissous dans de l'acide.   (Mardi 23 avril 2018)

La police scientifique mexicaine sur les lieux où les étudiants ont été vus pour la dernière fois. Les autorités confirment que les trois étudiants ont été tués, leurs corps dissous dans de l'acide. (Mardi 23 avril 2018)

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Les amis et les parents des trois étudiants tués manifestent leur tristesse et leur colère lors d'un rassemblement à Guadalajara devant la résidence du gouverneur de l'Etat. (Mardi 23 avril 2018)

Les amis et les parents des trois étudiants tués manifestent leur tristesse et leur colère lors d'un rassemblement à Guadalajara devant la résidence du gouverneur de l'Etat. (Mardi 23 avril 2018)

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Un groupe international d'enquêteurs espagnols et latino-américains a conclu dimanche qu'il n'y avait «pas de preuve» que les 43 étudiants enlevés l'an dernier dans le sud du Mexique avaient été incinérés dans une décharge, contredisant la version officielle du gouvernement mexicain.

Après six mois d'enquête, ces experts espagnols et latino-américains, réunis en commission des droits de l'homme, ont présenté un rapport de 500 pages devant la presse à Mexico. Leurs conclusions mettent à mal la version d'une crémation des étudiants disparus.

Selon un professeur de l'Université de Queensland en Australie, Jose Torero, la crémation de 43 corps aurait brûlé la végétation alentour. Or, seules des traces de petits feux ont été retrouvées sur place.

Elle aurait par ailleurs nécessité 30 tonnes de bois, 13 tonnes de pneus et 13 tonnes de diesel. Il n'y a pas de trace de feu correspondant «ne serait-ce qu'à l'incinération d'un seul corps», écrit Jose Torero dans le rapport.

Livrés à un cartel

Le procureur général, Jesus Murillo Karam, avait conclu l'an dernier que la police d'Iguala, aidée par des officiers d'une commune alentour, avait enlevé les 43 jeunes et les avait livrés au cartel des Guerreros Unidos.

Le procureur avait indiqué que ces étudiants de l'École normale d'Ayotzinapa avaient été tués, puis brûlés durant 14 heures avant que leurs cendres ne soient dispersées dans une rivière. Il citait les confessions d'un membre de ce cartel de trafiquants de drogue.

Selon Jose Torero, une telle crémation aurait en réalité nécessité 60 heures. Seules les traces ADN d'un étudiant avaient pu être identifiées sur la base de restes dans un sac retrouvé dans la rivière.

Sous surveillance

Les enquêteurs indépendants ont demandé qu'une enquête soit menée sur l'attitude de la police fédérale et de l'armée lors de cette nuit du 26 au 27 septembre 2014. La police municipale de la ville d'Iguala avait ouvert le feu sur les bus volés à bord desquels circulaient les étudiants. Trois étudiants avaient été tués lors cette première attaque.

Le rapport révèle que la police fédérale et l'armée surveillaient les agissements des étudiants avant qu'ils ne se rassemblent à Iguala pour manifester. Ces futurs instituteurs étaient connus pour leur militantisme de gauche.

Pas de conclusions définitives

Les enquêteurs ont demandé au procureur de déterminer si les étudiants ont été visés parce qu'ils auraient pu voler un autobus servant habituellement à transporter de l'héroïne, dans cet Etat de Guerrero (sud), situé sur une des routes de la drogue.

Ils ont regretté «de ne pouvoir apporter aux familles, au gouvernement, à la société mexicaine et au monde entier, une conclusion définitive sur ce qui est arrivé aux 43 étudiants disparus».

Ces disparitions avaient provoqué un tollé international. Elles avaient aussi déclenché des manifestations parfois violentes au Mexique, provoquant une grave crise politique deux ans après l'élection du président Enrique Pena Nieto.

(AFP)

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