29.04.2018 à 20:37

AssurancesPas de soins pour le mauvais payeur. Il en meurt

Un homme endetté et séropositif est décédé à Coire. Son assurance l’avait placé sur liste noire. Comment en est-on arrivé là?

par
Renaud Michiels
Le gouvernement grison indique qu’il entend renoncer à la liste noire d’ici l’an prochain.

Le gouvernement grison indique qu’il entend renoncer à la liste noire d’ici l’an prochain.

iStock/LightFieldStudios

Avec les traitements actuels, le VIH n’est plus synonyme de condamnation. Donc «l’homme n’aurait pas dû mourir», soulignait dimanche la SonntagsZeitung. Qui révèle un cas tragique et impensable: un homme d’environ 50 ans n’a pas eu accès aux soins car il n’avait pas payé ses primes maladie.

Cet homme vivant dans les Grisons n’était pas un marginal. Mais, endetté, il peinait à boucler ses fins de mois. Pour des primes non réglées, son assurance l’a placé sur liste noire.

Séropositif en 2016

En 2016, il se découvre séropositif. Il tente d’obtenir des soins, qui coûtent quelque 2000 francs par mois. Mais la caisse indique qu’elle refusera toute prise en charge: tant que les primes ne sont pas payées, seuls les soins d’urgence seront couverts. Des médecins mettent en garde des possibles «conséquences fatales» d’un non-traitement. La caisse ne plie pas.

L’année suivante, l’état de santé du quinquagénaire se dégrade rapidement. Le sida est déclaré et couplé avec d’autres pathologies. Il se tourne à nouveau vers son assurance et essuie encore un refus: pas de remboursement de soins, il n’y a toujours pas urgence. Il a fini à l’hôpital de Coire. Les médecins «ont tout fait pour le sauver». C’était trop tard: il est décédé en fin d’année dernière.

Contactée, l’assurance ÖKK a refusé de s’exprimer sur un cas particulier. Mais confirme sa politique générale face au VIH. Et indique que la loi a été respectée.

Aucune définition de «l’urgence»

Comment est-ce possible? Depuis 2012, les cantons ont la possibilité d’autoriser de telles listes de «mauvais payeurs». Neuf ont adopté le système: les Grisons, l’Argovie, Lucerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Soleure, Thurgovie, le Tessin et Zoug. Là, on ne rembourse plus les traitements des «listés» qu’en cas d’urgence. Mais il n’existe aucune définition de «l’urgence»… Résultat, les pratiques varient selon les cantons. Par contre la SonntagsZeitung semble penser que le malheureux aurait pu se retrouver face à la même fin de non-recevoir par d’autres assurances.

Les médecins ne peuvent pas affirmer qu’avec un remboursement il serait toujours en vie. Mais «la mort de cet homme est également liée au fait que son nom figurait sur la liste noire», résume Lisa Janisch, la directrice d’Aids-Hilfe Grisons. Là et en Argovie, 8 à 10 personnes seraient dans la même situation, selon l’Aide suisse contre le sida. Des groupes sida les aident à payer leurs traitements mais ce n’est pas une solution durable.

Le gouvernement grison indique qu’il entend renoncer à la liste noire d’ici l’an prochain. Les autres cantons concernés, selon la SonntagsZeitung , acceptent en somme le risque d’un décès.

33'575 personnes sont aujourd’hui listées en Suisse.

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