Berne: Pas de vote suisse pour Sion 2026
Publié

BernePas de vote suisse pour Sion 2026

Une grande partie des sénateurs ne sont pas favorables à un référendum financier pour le milliard des JO valaisans. Mais ils devraient le dire après le vote du 10 juin.

par
Eric Felley
Le peuple suisse ne remettrait pas en cause un oui valaisan.

Le peuple suisse ne remettrait pas en cause un oui valaisan.

Le Conseil national a sonné les cloches des partisans de Sion 2026 le 13 mars dernier. Par une courte majorité (92 à 87), les élus ont soutenu la motion de Sylvia Semadeni (PS/GR) qui demande que le crédit d’un milliard de la Confédération fasse l’objet d’un référendum facultatif ouvrant la voie à un vote populaire. Comme toute motion doit être confirmée par l’autre chambre, les partisans des Jeux olympiques reportent leurs espoirs sur la Chambre des cantons, qui devra trancher lors de la session d’été.

De toute évidence, les conseillers aux États ne vont pas suivre la première chambre. Dans son édition d’hier, le Tages-Anzeiger a obtenu l’assurance que 21 sénateurs ne voteraient pas pour la motion, ce qui est tout proche de la majorité au sein du plénum de 46 élus. En face, ils n’ont trouvé qu’un seul sénateur pour défendre le vote populaire, l’UDC zougois Peter Heggli, en raison du «caractère unique et de la dimension du crédit».

Pour les autres, les raisons du refus sont variables. Peter Föhn (UDC/SZ) évoque un soutien sans faille pour des raisons sportives: «Après tout, nous encourageons tous les gagnants des médailles olympiques suisses et sommes fiers d’eux.» Damian Müller (PLR/LU) ne veut pas créer un précédent avec le référendum facultatif, qui pourrait s’appliquer ensuite dans d’autres domaines.

Dangereux…

Hans Stöckli (PS/BE), lui-même vice-président de Sion 2026, estime qu’il ne faut pas changer les règles du jeu en cours de procédure. Certains se rallient enfin à la position du Conseil fédéral et de Guy Parmelin: il n’est matériellement plus possible d’organiser cette votation, sachant que la candidature suisse doit être déposée pour fin janvier 2019. Mais un deuxième sénateur pourrait soutenir la motion de sa camarade grisonne. Didier Berberat (PS/NE) estime que «l’on parle tout le temps d’économies, mais, lorsqu’il faut dépenser un milliard pour les Jeux olympiques, alors on les trouve. Il y a des milliards qui coûtent moins cher que d’autres…» Mais lui aussi se méfie de créer un précédent avec un référendum financier. «C’est dangereux pour nous aussi», observe-t-il.

Reste un détail de calendrier. La session d’été se déroule du 28 mai au 15 juin et les Valaisans votent le 10 juin. Pour Didier Berberat, il serait logique que le Conseil des États se prononce après le vote des Valaisans: «Par économie de moyens et pour une question de visibilité politique.» Les plus favorables aux JO souhaiteraient que le vote ait lieu avant pour donner un signal positif. Mais, si les Valaisans disent non, le dossier est clos. Le bureau des États devra trancher. Le programme sera connu le 4 mai.

édito

Sion 2026 et les fantômes du passé

Cette semaine politique a été marquée par un chiffre: 9,1 milliards de francs. C’est le substantiel excédent de recettes du bilan consolidé de la Confédération annoncé par Ueli Maurer. Plus de 1000 francs par habitant et de quoi organiser neuf fois les Jeux olympiques en Valais!

Un milliard pour Sion 2026 semble donc un engagement qui ne va pas mettre la Suisse sur la paille. L’argent est là, mais pas sûr qu’on le donnera. La candidature valaisanne est l’enjeu de calculs politiques ou de règlements de comptes, qui peuvent réserver encore des surprises. En mars dernier, au National, la direction de l’UDC est intervenue étrangement au dernier moment pour faire basculer le vote et mettre la pression sur la candidature valaisanne. Aux États, cet épisode ne sera plus qu’un mauvais souvenir, mais l’affaire n’est pas encore pliée à Berne.

Si les Valaisans disent oui le 10 juin, le National devra voter sur le milliard du Conseil fédéral et l’inévitable frein à l’endettement qui oblige une majorité qualifiée de 101 voix. En mars dernier, 87 élus ont été favorables à la candidature. Il faudra donc trouver 14 voix d’ici à septembre ou décembre.

Les partisans des JO doivent faire un bon résultat le 10 juin pour mettre les Chambres fédérales dans leur poche. Sinon, la direction de l’UDC ira jusqu’au bout dans son refus, sans états d’âme pour le Valais. Peut-être que l’éviction d’Oskar Freysinger par un certain Christophe Darbellay, qui avait déjà contribué à évincer Christoph Blocher du Conseil fédéral, n’est pas étrangère à cette ligne.

Votre opinion