Tuerie de Daillon (VS): Pas de vrai procès pour l'assassin
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Tuerie de Daillon (VS)Pas de vrai procès pour l'assassin

Janvier 2013, F. abattait trois voisines et blessait des proches. Les experts psys concluant à son irresponsabilité, la procureure préconise une procédure light.

par
Evelyne Emeri

Cinq avocats représentent les familles des trois femmes (32, 54 et 79 ans) mortes sous les balles d’un marginal alcoolisé de 33 ans, au soir du 2 janvier 2013, à Daillon. Dans ce village des hauts de Conthey (VS), F. a également grièvement blessé son oncle et sa tante, qui ont réchappé de sa folie meurtrière. Depuis, le prévenu, amateur d’armes, souffrant de troubles psychiatriques depuis de longues années, est en détention provisoire à la prison des Iles, à Sion. Depuis aussi, des familles tentent de se reconstruire dans l’attente d’un procès. Qui n’arrive pas.

Il aura fallu deux ans pour obtenir les expertises idoines. Le premier psychiatre préconise l’internement à vie; le second a été récusé par les parties civiles, qui ont mis en doute son impartialité; le troisième a rendu sa copie en novembre dernier, concluant à des mesures thérapeutiques institutionnelles. Cela étant, se basant sur la quasi concordance des avis des deux médecins spécialisés et, partant, sur l’irresponsabilité totale du tueur, la procureure Catherine Seppey préconise une procédure ordinaire. Autrement dit, un procès light et la tenue de débats réduits au strict minimum.

Conforme au Code pénal

La magistrate valaisanne s’appuie sur deux articles du Code pénal pour instruire de la sorte. «J’ai proposé aux parties que la procédure se poursuive dans les formes de la procédure ordinaire applicable aux prévenus irresponsables, explique-t-elle, L’enquête peut être considérée comme terminée. Une communication de fin d’enquête avec le descriptif des actes sera prochainement établie.» Et de contester toute lenteur: «La procédure a été conduite sans discontinuer, compte tenu notamment des expertises techniques et psychiatriques de même que leur complément.»

Cette option du parquet ne séduit pas du tout Me Jean-Luc Addor, avocat d’une des parties, qui voit rouge: «Un préjugement avant le jugement. Comme si les experts rendaient le verdict. L’appréciation ultime doit être le fait du tribunal.» Et de surenchérir: «Il y a eu un massacre à Daillon, c’est une affaire très grave. J’ai le sentiment que l’on veut juger en catimini en limitant la liberté de manœuvre de l’autorité de jugement et priver les plaignants et le public d’un procès et de débats complets.» L’homme de loi vient de demander au ministère public de renoncer et de renvoyer F. devant le tribunal afin que les plaignants puissent plaider une éventuelle responsabilité restreinte.

Projectiles policiers fautifs?

A contrario, les autres avocats mandatés dans ce dossier se montrent plus ouverts à l’initiative de la procureure. A l’image de Me Guillaume Grand: «Au vu des expertises, c’est opportun. L’issue est presque certaine. S’il y avait le moindre doute sur l’irresponsabilité totale du prévenu, ce serait différent. C’est un cas de figure rarissime. Reste une question centrale: les projectiles policiers, qui ont touché le tueur et provoqué une embolie pulmonaire massive avec caillot au cerveau, ont-ils eu un impact sur sa capacité de discernement? Nous ne le saurons jamais.»

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