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Prix littérairePatrick Deville couronné par le Femina

Patrick Deville a été couronné lundi par le prix Femina pour le roman «Peste & Choléra» (Seuil). Cette formidable épopée raconte le destin du Vaudois Alexandre Yersin, explorateur en blouse blanche parti au bout du monde découvrir le redoutable bacille de la peste.

Patrick Deville

Patrick Deville

AFP

L’écrivain, également en lice pour le Goncourt et le Renaudot, a été choisi dès le premier tour, a annoncé le jury, une demi-heure après que l’éditeur Seuil ait vendu la mèche sur Twitter en lançant un «grand bravo» à Patrick Deville.

«C’est magnifique. On écrit toujours pour avoir le plus de lecteurs possible... On me reproche parfois (d’écrire) des livres pour les garçons eh bien la preuve est faite que non», a lancé l’écrivain, couronné par ce prix décerné par un jury composé uniquement de femmes.

Le prix Femina étranger a par ailleurs été attribué à l’Américaine Julie Otsuka pour «Certaines n’avaient jamais vu la mer», un roman bouleversant sur l’exil de ces milliers de jeunes Japonaises parties au début du siècle dernier épouser leurs compatriotes déjà installés en Californie, selon son éditeur Phébus.

Le prix Femina de l’essai a été décerné à Tobie Nathan pour «Ethno-roman» (Grasset).

Fasciné par Alexandre Yersin

Chercheur à l’Institut Pasteur, né à Aubonne dans le Canton de Vaud, le 28 février1863 et mort 80 ans plus tard à Nha Trang, dans l’actuel Vietnam, alors partie de l’Indochine française, Alexandre Yersin avait tout pour fasciner Patrick Deville.

Lui-même voyageur impénitent et esprit cosmopolite, Patrick Deville, né le 14 décembre 1957, a vécu dans les années 1980 au Moyen-Orient, au Nigeria, en Algérie, après des études de littérature et de philosophie. Dans les années 1990, il a séjourné à Cuba, en Uruguay, en Amérique centrale.

Son héros travaille sur la tuberculose et la diphtérie à Paris, où il est arrivé à l’âge de 22 ans. Il découvre la toxine diphtérique et fait partie de ces Pasteuriens téméraires, souvent étrangers, qui entourent le vieux Louis Pasteur.

Le premier médecin à guérir un pestiféré

Savant aux semelles de vent, Yersin part en Extrême-Orient, se fait marin, explore la jungle, voyage en Chine, à Aden, à Madagascar. Il achète des éléphants, des chevaux... Le tout entrecoupé de séjours parisiens.

De retour en Asie, il découvre le bacille de la peste lors de la grande épidémie de Hong Kong en 1894. A Canton, il est le premier médecin à guérir un pestiféré.

Il est aussi le premier à développer en Indochine la culture de l’hévéa, devient le roi du caoutchouc et travaille avec Michelin. Il est encore le premier à planter des arbres à quinquina et cultive la coca, alors plante médicinale.

Pour raconter cette formidable aventure scientifique et humaine, l’écrivain - déjà Prix du roman Fnac 2012 - a suivi les traces de son héros autour du monde. Il s’est aussi plongé dans les milliers de lettres échangées par «la bande des Pasteuriens», conservées aux archives des Instituts Pasteur.

Une réflexion sur les utopies

Ce roman fait suite à «Equatoria» (Seuil, 2009), sur l’explorateur Savorgnan de Brazza, et «Kampuchéa» (Seuil, 2011), sur le régime khmer rouge, dans lesquels Patrick Deville retrace des destins héroïques ou cruels et propose une réflexion sur les utopies du XXe siècle et leurs échecs.

Au Seuil, il a également publié en 2004 «Pura Vida» et «La Tentation des armes à feu», en 2006. Aux éditions de Minuit, sont parus «Cordon-bleu» (1987), «Longue Vue» (1988), «Le Feu d’artifice» (1992), «La Femme parfaite» (1995) et «Ces Deux-là (2000).

(AFP)

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