Télévision - Patrick Fischer: «Supprimer «TTC» est une décision incompréhensible»
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TélévisionPatrick Fischer: «Supprimer «TTC» est une décision incompréhensible»

Le producteur et journaliste de l’émission économique de RTS réagit à l’annonce de la suppression du rendez-vous hebdomadaire pour l’été 2022.

par
Fabio Dell'Anna
Patrick Fischer a présenté l’émission «Toutes Taxes Comprises» pendant quatorze ans.

Patrick Fischer a présenté l’émission «Toutes Taxes Comprises» pendant quatorze ans.

RTS/Philippe Christin

«Toutes Taxes Comprises», c’est fini. L’information est tombée ce matin à l’interne dans les bureaux de la RTS. «On tirera la prise à l’été 2022», nous confirme par téléphone Patrick Fischer, le producteur de l’émission diffusée chaque lundi à 20 h 10.

Le journaliste explique ne pas connaître exactement les raisons de cet arrêt et que l’équipe a été mise devant le fait accompli. «Cela prend place dans un plan d’économie global (ndlr.: la RTS doit économiser 15 millions d’ici 2024). Plusieurs émissions vont être raccourcies comme «Passe-moi les jumelles», «Infrarouge» sera diffusée une semaine sur deux en prime time et nous allons malheureusement disparaître.» Quant aux onze collaborateurs travaillant pour «TTC», ils ne perdront pas leur emploi lui a confirmé la direction. «Ils restent dans le pool et seront affectés à d’autres émissions. De plus, aucun licenciement n’est prévu en 2021.»

Je n’en fais pas une affaire personnelle, je pars bientôt à la retraite. Je place ce débat en termes de stratégie.

Patrick Fischer, producteur et journaliste de «Toutes Taxes Comprises»

Patrick Fischer confie avoir entendu des rumeurs concernant cette information depuis quelques jours. «Cela me paraissait surréaliste. Sur le principe, je trouve la nouvelle brutale», explique-t-il avant d’ajouter: «Cette décision est incompréhensible, car on supprime un rendez-vous économique, en pleine crise. C’est une émission qui avait trouvé son public. Elle faisait plus de 40% de part de marché et avait comme objectif de se réconcilier avec les milieux économiques qui, à l’époque, s’étaient plaints du peu d’économie à la télévision.»

Une nouvelle émission qui ne traitera pas forcément d’économie

Peut-être que le show était trop cher? «Non, son coût minute est l’un des plus bas», répond-il rapidement. Le journaliste de 63 ans dit ne pas en faire une affaire personnelle, car il va bientôt partir à la retraite. «Je place ce débat en termes de stratégie. Quittant l’entreprise bientôt, je ne conteste pas que la direction repense le concept et qu’elle organise un autre type d’émission économique, qu’elle déclinera encore plus au niveau digital et sur les réseaux sociaux. C’est normal. Le problème est que ce ne sera certainement pas le cas.» En effet, il nous souffle que le prochain projet ne traitera pas forcément d’économie. La RTS communique simplement sur «un nouveau magazine lancé le lundi soir en janvier 2023».

Lorsqu’on lui demande s’il a un moment phare qui lui vient en tête, Patrick Fischer rebondit en disant qu’ils ne sont pas encore morts. «L’émission va agoniser pendant quelque temps, mais nous sommes toujours là, répond-il avec humour. Il faut qu’on absorbe le choc et qu’on se remotive. Mon job est d’assurer que cette émission vaille la peine d’être regardée et qu’elle garde la pêche pendant les douze prochains mois.»

Attirer un public moins fidèle à la RTS

Dans un communiqué envoyé lundi en fin d’après-midi, la RTS précise qu’elle arrête en effet «TTC» d’ici juin 2022, «quelques mois avant la retraite du producteur Patrick Fischer», faisant ainsi bien le lien entre son départ et l’arrêt de l’émission. Et d’ajouter: «À la place, la RTS lancera un nouveau magazine en 2023, dans le but de diversifier l’offre et toucher un public qui est moins fidèle à la RTS qu’à d’autres chaînes. L’actualité économique garde toute sa place sur les différents vecteurs de l’entreprise et une nouvelle formule pour traiter de l’économie est à l’étude».

Quant au raccourcissement de la durée de ses magazines diffusés à 20 heures, la RTS l’explique ainsi: «Le format des magazines est différent chaque soir et plusieurs se terminent au moment où les chaînes françaises lancent leur soirée. Le public quitte RTS1 pour rejoindre la concurrence. En harmonisant la durée des magazines pour qu’ils se terminent avant ce carrefour, la RTS incitera le public à rester avec elle pour la suite de la soirée. Cette mesure sera mise en œuvre progressivement».

La grille d’été devrait également être plus différenciée du reste de l’année: «Pendant la belle saison, le public apprécie une offre plus propice à la détente et en extérieur. Les émissions phare se poursuivront, mais en mode plus convivial, et partiront sur le terrain, à la rencontre de leur public».

Enfin, il y aura également des changements à la radio, notamment au niveau de l’information sur la Première: «Pour les journaux d’information, le but est de cibler l’effort sur les week-ends, en supprimant notamment le journal du 22 h 30 les samedis et dimanches».

M.P.

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