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PortraitPaul Accola, rebelle et pourfendeur du ski suisse

Le champion, qui a blessé un enfant aujourd'hui, a une forte personnalité.

par
Bertrand Monnard/LMD du 12.02.2011
Paul Accola en compétition lors des Jeux Olympiques de Salt Lake City de 2002.

Paul Accola en compétition lors des Jeux Olympiques de Salt Lake City de 2002.

Keystone

Le Grison Paul Accola, 45 ans, a été l'un des plus brillants skieurs suisses de ces dernières années, vainqueur de la Coupe du monde 92 et deux fois médaillé de bronze aux Jeux olympiques, en combiné. Mais ce qu'on retient surtout de lui, c'est qu'il fut un éternel révolté, un rebelle dont les coups de gueule, les explosions de colère, sont restés mythiques, en perpétuelle opposition avec la discipline, les instances dirigeantes.

Point d'orgue, les JO d'Alberville où, de rage, après avoir dû skier sur une piste de slalom trop tôt dégradée à ses yeux, Paul Accola avait franchi la ligne d'arrivée à reculons puis enterré son dossard dans la neige en mondovision. Il a fait ses adieux au ski en 2006 après 359 épreuves de Coupe du monde.

«Paul, ça a toujours été un gars impulsif, invivable, impossible à gérer par moments, qui se sentait persécuté. Mais très attachant aussi, quand vous le connaissez mieux. Un grand cœur, toujours prêt à rendre service», relève Didier Bonvin, son entraîneur pendant dix ans.

Il y a plus d'une année , Pauli, comme on l'appelait, a fait à nouveau parler de lui. Il envisageait être l'un des candidats de l'UDC grisonne lors des prochaines élections fédérales de cet automne.

«On m'a toujours reproché d'être un râleur, une grande gueule, là je pourrais être actif, appliquer mes idées. Si le parti veut de moi, oui, j'irais», lance-t-il dans ce café de Clavadel, un petit village près de Davos, d'où la vue sur les montagnes grisonnes est magnifique. Yann, le cadet de ses trois enfants, 3 ans, l'accompagne. Pauli est venu entre deux travaux, le jeans un peu taché, une ancienne veste de Swiss-Ski décatie, coiffé d'un vieux bonnet, fidèle à son image de terrien dont il est si fier.

Trois pelleteuses

Sa petite entreprise, qui emploie trois personnes, travaille dans le génie civil et le transport de bois. «J'aide aussi les paysans à récolter le foin, à épandre le fumier.» Déjà skieur, Pauli aimait poser avec sa pelleteuse, symbole de ses attaches rurales. Aujourd'hui, il en possède trois. «Je faisais un peu du show avec ça, mais il y avait du vrai. J'ai toujours eu besoin d'avoir autre chose dans la tête que le ski. Aller dans la nature, couper du bois était ce qu'il y avait de mieux pour mon équilibre.» S'il veut se lancer en politique, c'est pour défendre les travailleurs comme lui, ceux qui bossent vraiment, avec leurs mains. «Aujourd'hui, tous les jeunes rêvent de faire des études. Moi, mes chemises puent mais j'en suis très fier. Les petites PME comme la mienne doivent être mieux défendues, je veux plus de justice sociale, je hais les paresseux.»

Le visage, impassible, n'a pas changé, la voix est toujours un peu haut perchée. Pauli vous fixe droit dans les yeux. On a le sentiment qu'il se retient, qu'il pourrait exploser à tout moment.

Il était présent lors du dernier Noël de l'UDC à l'Hôtel Bellevue de Berne quand Christoph Blocher en personne l'a invité à être candidat, louant ses «idées très fraîches et bien à lui». N'a-t-il pas le sentiment d'être récupéré pour sa notoriété? Légère montée de tension. «Blocher, Blocher, toujours Blocher, c'est vous les médias qui ne parlez que de lui, moi ce sont les causes qui m'intéressent, rien d'autre.»

«La diplomatie, t'oublies»

Accola en politique? Son ex-coéquipier et ami William Besse s'en délecte à l'avance: «La diplomatie, avec lui, t'oublies. S'il n'aime pas quelqu'un, il lui dira en face: «T'es un connard.» Il va toujours droit au but, il ne peut pas se retenir de rentrer dans le cadre. Vous allez avoir des papiers à écrire, mais moi je l'adore.»

Son franc-parler, Pauli, de toute évidence, ne l'a pas perdu. Récemment, jugeant que la télé alémanique donnait une mauvaise image de l'UDC, il l'a taxée de «repaire de gauchistes et d'homosexuels». A-t-il vraiment dit cela? Plutôt content de lui, Pauli ne botte pas en touche et sourit: «J'ai simplement repris, avec humour, les formules qu'on entend autour des «Stammtisch». Mais j'assume. Oui, la télé est totalement à gauche. Quant aux homosexuels, je n'ai rien contre, mais à force de revendiquer, ils finiront par avoir plus de droits que nous. Le Bon Dieu a-t-il voulu cela?»

En 1999, alors qu'il était skieur, Accola avait déjà donné un avant-goût de sa pensée politique en déclarant: «Chez nous les paysans de montagne n'ont rien, alors que les Tamouls se baladent avec des vestes en cuir.» Perle que Pauli assume aussi aujourd'hui: «Encore une fois, je n'ai rien contre les étrangers, mais il y en a trop qui sont chez nous juste pour profiter de notre système social. Aujourd'hui, le Sri Lanka doit être quasi vide, ils sont tous en Suisse.»

Chez les Accola, on cause beaucoup de politique. Valérie, son épouse depuis neuf ans, licenciée en philosophie de l'Université de Fribourg, est secrétaire de l'UDC grisonne. A 100%? «Non, à 200%» rigole Pauli. C'est une Favre originaire de Charmey (FR), mais elle a vécu depuis toute petite à Davos. «On s'est connus aux jardins d'enfants, puis en faisant du ski au même club. On s'est retrouvés lorsque j'ai fait des travaux à la maison de ses parents. Malgré nos affinités, nous ne sommes pas toujours d'accord sur tous les sujets.»

Aujourd'hui, Pauli garde un pied dans le ski avec sa Fondation destinée à soutenir les espoirs grisons. «J'ai assez critiqué la Fédération, je me devais de montrer l'exemple.»

La colère le rendait meilleur

La Coupe du monde 92, Pauli l'avait gagnée devant un certain Alberto Tomba. Hermann Maier, Marc Girardelli, les autres vedettes de l'époque, étaient aussi des tronches. Aujourd'hui, aux yeux d'Accola, le ski manque de personnalités. «Il y a bien Cuche qui est un formidable crocheur. Mais, jamais je ne l'ai entendu faire une critique en public envers Swiss Ski. Au fond, il est très prudent.»

Chez Pauli, la révolte était une signature. Les exemples, on pourrait les multiplier. En 2000, il avait écopé d'une amende de 10 000 francs pour avoir négligé des obligations publicitaires. En général, plus Pauli était remonté, plus il était fort sur la piste. Après sa troisième place au géant d'Adelboden en 98, il avait sorti le bazooka. «Les Autrichiens ont un entraîneur derrière chaque piquet. Chez nous, les dirigeants dorment, on court à la catastrophe.»

«Tout le personnage d'Accola est là, relève Jacques Reymond, son entraîneur pendant cinq ans. Obstiné, borné, bourru, n'écoutant personne, explosant à la moindre frustration, mais adorable derrière la carapace, toujours le premier à se mettre à disposition en cas de pépin, à t'inviter chez lui quand tu es dans sa région.»

Cette image de rebelle, il ne s'en est jamais défendu. «C'est ma nature, je suis très direct, si j'ai un idiot en face de moi, je le lui dis.»

Le soussigné a par miracle échappé à la sentence.

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