02.11.2020 à 18:25

Harcèlement Pauliane Racine: «En parler m’a sauvée»

Triple championne Suisse de bodybuilding dans sa catégorie bikini et influenceuse, la Valaisanne dénonce les actes de harcèlement mais appelle surtout les victimes à ne pas rester dans le mutisme.

par
Thibaud Oberli
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Pauliane Racine a travaillé dur pour s’octroyer trois titres nationaux en deux ans de pratique. 
Pauliane Racine a travaillé dur pour s’octroyer trois titres nationaux en deux ans de pratique. 

Se construire comme une femme forte malgré toutes les embûches qui se dressent sur la route. À première vue, Pauliane Racine, championne de bodybuilding, l’a réussi à merveille. Mais la semaine dernière, dans une vidéo publiée sur YouTube, l’influenceuse qui compte plus de 400 000 followers s’est livrée sur un passé rendu compliqué par des épisodes de harcèlement. Un mal insidieux, qui fait des ravages partout, autant au travail qu’à l’école, sur le web comme dans la rue.

La jeune sportive, qui vit dans le Chablais, en a fait les frais sous différentes formes. Cette vidéo, réalisée avec son meilleur ami, se veut aussi un message de prévention à l’intention de sa communauté comme à chaque personne qui cherche un soutien ou un simple conseil. D’ailleurs, celle qui est plus connue sous le nom de «Paulianef» en a un: en parler.

Pauliane, qu’est-ce que cette vidéo représente pour vous?

C’est un témoignage. Je ne rentre pas dans les détails des situations que j’ai subies, certains sont toujours douloureux. Mais par-là, je voulais faire un message de prévention et inciter les victimes à en parler. Dans ma situation, c’est ce qui m’a aidé et même sauvé.

Est-ce que le harcèlement est un tabou?

Pas pour moi et ma communauté. Avec les gens qui me suivent, nous parlons d’énormément de sujets dont celui-ci. Autrement très peu de victimes osent en parler, à cause de pressions ou de la peur d’être jugé par exemple. Comme je le dis dans la vidéo, j’avais peur de perdre mon travail, peur du regard de ma famille. Je vivais dans la peur. Finalement, je me suis confiée à mon entourage, à des gens qui m’ont pris au sérieux sans remettre en question ce que je leur disais, et c’est ce qui m’a aidé à remonter la pente. Beaucoup de victimes de harcèlement contiennent ce qu’elles vivent, mais aussi leurs émotions. Tout n’a pas été facile à partir de ce moment-là, mais j’avais des alliés pour trouver une solution.

Vous en parlez souvent au passé, mais il y a aussi le harcèlement sur internet…

Oui j’ai été attaquée par un influenceur dans une vidéo et sa communauté l’a suivi aveuglément. Des insultes qui ont pu aller jusqu’aux menaces de mort. Le harcèlement peut intervenir sous toutes les formes, dans n’importe quelle situation. Les réponses juridiques et la protection des victimes commencent à se durcir en Suisse, mais les gens ne pèsent pas leurs mots, ni leurs conséquences sur internet. J’ai aussi été choquée de voir l’âge de la plupart des personnes qui m’ont attaquée ou insultée, qui sont majoritairement des jeunes garçons entre 12 et 14 ans. La responsabilité des parents ou des enseignants est à questionner après ce constat. Il y a un grand travail de sensibilisation à faire, aussi pour que les jeunes se rendent compte de ce qui est tolérable ou non.

Est-ce que le sport a joué un rôle à cette période?

Clairement. J’ai commencé le sport durant cette période et ça a été une grande aide. Cela m’aidait à penser à autre chose, à me défouler et extérioriser. Même parfois dans l’extrême, avec plusieurs entraînements par jour. Cette situation a débouché sur un burn-out et le sport a été mon échappatoire. Ensuite, cela a commencé à porter ses fruits et je me suis inscrite à des concours. Je les envisageai vraiment comme une revanche. C’était un défi que je me suis lancé pour tourner la page.

Est-ce que vous avez reçu des retours par rapport à cette vidéo?

J’ai reçu énormément de messages de personnes qui souffraient de harcèlement. Beaucoup me remercient, certaines m’ont confié avoir pleuré. Je ne m’y attendais pas, mais beaucoup de jeunes garçons en sont victimes, alors que je pensais que le problème était plutôt «féminin». À mon sens, lorsque j’en parle avec des plus jeunes, j’ai l’impression qu’il manque des possibilités de se livrer, dans les écoles par exemple. Mais j’essaye d’avoir un impact, avec cette vidéo qui pourra peut-être aider certains. Même si j’estime avoir fait un pas vers la guérison, j’entends encore certaines phrases dans ma tête quotidiennement et c’est parfois encore douloureux. Ce qui est important, c’est de montrer aux gens que j’ai réussi à m’en sortir. C’est en parlant et non en encaissant qu’on peut y arriver.

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