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InégalitésPauvreté des enfants, Caritas tire la sonnette d'alarme

Des milliers de jeunes subissent la précarité de leurs parents et n'ont pas les mêmes chances dans la vie que les autres. Un état de fait que dénonce Caritas.

par
Loïc Delacour

Pas encore entrés dans la vie active et déjà pauvres. Selon Caritas, en Suisse, 260?000 enfants subissant les difficultés financières de leur entourage sont dans la précarité. Un chiffre impressionnant, calculé en fonction des données de l'Office fédéral de la statistique concernant les ménages vivant sous le seuil de pauvreté. Un seuil facilement franchi, d'ailleurs: un couple avec deux enfants ayant un revenu total de 4600?fr. et un loyer de 1614?fr. fait par exemple partie de cette classe défavorisée.

Mais au-delà des calculs, il s'agit surtout d'une réalité à laquelle l'association d'aide est confrontée. «On peut citer le cas d'un enfant invité à l'anniversaire d'un de ses camarades et dont les parents donnent un mot d'excuse parce qu'ils ne peuvent pas acheter de cadeau», raconte Regula Heggli, responsable de la politique sociale chez Caritas Suisse. De même, «les excursions avec l'école ne sont parfois pas possibles, pour des manques au niveau du matériel, comme des chaussures de marche. On s'imagine tout le mal-être de ces enfants.» Plus grave: lorsque les moyens manquent, la santé peut aussi être négligée. «Nous voyons régulièrement des parents qui ne peuvent pas emmener leurs enfants chez le dentiste parce que ça coûte trop cher», note Regula Heggli.

Caritas demande des mesures pour éviter que le cercle vicieux de la pauvreté ne s'installe. Car dans la majorité des cas, les enfants «héritent» des difficultés financières de leurs géniteurs. «Il faut une politique de l'éducation qui garantit l'égalité des chances. Nous souhaitons que les bourses soient favorisées afin que la formation professionnelle d'un jeune ne dépende pas de l'aide de ses parents.»

A Caritas Genève, un programme est mené contre la pauvreté des enfants. «Nous avons défini quatre enjeux importants, annonce son directeur, Dominique Froidevaux: l'appui scolaire, car les inégalités tendent à se reproduire à cause du manque de disponibilité des parents lorsqu'ils travaillent tous deux ou de leurs propres difficultés avec le matériel scolaire; l'accès à des loisirs qui sont nécessaires pour le développement de l'enfant; la santé avec, notamment, une nutrition équilibrée et, enfin, du conseil de manière à requalifier les familles dans leur rôle de parents.» Une centaine de ménages ont pu ainsi bénéficier de ces aides, mais l'organe genevois cherche de nouveaux fonds pour étendre son action à d'autres familles.

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