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PrudencePendant le procès Adoboli, UBS invite ses salariés à se taire

Le procès du trader qui a fait perdre 1,8 milliard de francs à UBS met la banque sous haute tension. Dans un mail à ses 36 000 salariés, le CEO Sergio Ermotti les exhorte à la plus grande retenue.

par
Elisabeth Eckert
La banque suisse craint les déballages de la défense de Kweku Adoboli.

La banque suisse craint les déballages de la défense de Kweku Adoboli.

Keystone

Demain matin, Kweku Adoboli, ex-banquier et fils d'un diplomate ghanéen, va pénétrer dans une salle du tribunal londonien de Southwark Crown Court. L'ancien trader d'UBS au sein de la section spéciale «Delta One» est poursuivi par la justice britannique «d'abus de position» et de «fraudes comptables». Entre 2008 et 2011, il aurait ainsi pris des positions risquées, pour le compte propre de la banque, de quelque 10 milliards de francs.

Pour des raisons encore à éclaircir – a-t-il spéculé sur une hausse du franc suisse et s'est-il fait «piéger» par la décision, il y a un an tout juste, de la Banque nationale suisse d'adosser la devise helvétique à l'euro au taux plancher de 1 fr. 20? – il a, en tous les cas, occasionné une perte pour UBS de 1,8 milliard de francs.

Demain, lorsqu'il pénétrera la salle du tribunal, Kweku Adoboli (31 ans) plaidera devant les douze représentants du jury populaire certes coupable, mais ses avocats vont tenter de démontrer que ses supérieurs hiérarchiques, jusqu'au sommet de la grande banque, étaient soit au courant des positions boursières qu'il prenait, soit auraient dû les remarquer et, donc, les faire cesser, bien avant son arrestation, une nuit du 15 décembre 2011 par la police londonienne.

A Zurich, l'ambiance au siège d'UBS est électrique. Dans un e-mail envoyé il y a plus d'une semaine aux 36 000 collaborateurs et que «Le Matin Dimanche» a pu consulter, le directeur général de la grande banque Sergio Ermotti a été très clair: «Taisez-vous, si possible», leur dit-il en substance. Si des clients, des amis ou la famille les questionnent, «vous devez leur répondre factuellement et uniquement sur la base des informations» officiellement à leur disposition.

UBS, dans ce procès monstre qui devrait durer huit semaines, n'est en effet pas appelée comme partie. Mais, il est clair, ajoute Sergio Ermotti, que «la culture et les pratiques» de la grande banque seront souvent mises en cause par la défense de Kweku Adoboli. La banque, quant à elle, donnera régulièrement son point de vue sur son site Internet.

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