Jura bernois: Perdre 50 veaux et recevoir une plainte: «C’est indigne!»
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Jura bernoisPerdre 50 veaux et recevoir une plainte: «C’est indigne!»

Cible d’une pétition déposée ce vendredi auprès des autorités de Cortébert, l’organisation antispéciste PETA maintient sa plainte contre la famille qui a tout perdu dans un incendie.

par
Vincent Donzé
Rien n’a bougé sur le site depuis l’incendie du 22 janvier dernier, fatal pour 50 veaux.

Rien n’a bougé sur le site depuis l’incendie du 22 janvier dernier, fatal pour 50 veaux.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Le moral de la famille d’agriculteurs de Cortébert (BE) qui a tout perdu dans l’incendie de sa ferme reste morose, six semaines après le sinistre fatal à 50 veaux. «Nos affaires nous manquent, le bétail nous manque. Passer d’une ferme à un appartement, c’est invivable, même si nous sommes reconnaissants pour tout ce que nous avons reçu», résume Christine Wüthrich, mère de quatre enfants.

À la tristesse de perdre 50 veaux s’est ajoutée une plainte de l’organisation antispéciste PETA, laquelle ne s’est pas fait que des amis: 23 857 personnes ont signé une pétition visant à «soutenir la famille Wüthrich et faire pression contre la plainte». Une récolte de signatures en ligne et sur papier transmise aujourd’hui aux autorités municipales de Cortébert, qui partagent l’indignation exprimée.

«Casser la figure»

Tous les représentants du monde agricole étaient là pour tirer à boulets rouges sur les antispécistes. Le président de la Chambre d’Agriculture du Jura bernois Bernard Leuenberger, le président de Suisseporcs romandie René Eicher, Michel Darbellay, membre de la direction de l’Union suisse des paysans, mais aussi Claude Mudry, d’Uniterre, le plus virulent de tous, pour qui il faudrait «leur casser la figure», même s’il préfère «un autre chemin que la violence».

Pour René Eicher, les militants de PETA sont des «usurpateurs des droits démocratiques». «Cette récupération est indigne! Ce qui nous indigne dans cette plainte, c’est que les agriculteurs vivent en symbiose pour et avec les animaux», ajoute Michel Darbellay.

Une pétition soutient l’agricultrice Christine Bühler, ici devant le maire de Cortébert Manfred Bühler et Michel Darbellay, membre de la direction de l’Union suisse des paysans.

Une pétition soutient l’agricultrice Christine Bühler, ici devant le maire de Cortébert Manfred Bühler et Michel Darbellay, membre de la direction de l’Union suisse des paysans.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Cette bronca ne fait pas fléchir PETA: «Nous exigeons des agriculteurs ainsi que des politiciens et des autorités que les animaux soient correctement protégés en cas d’incendie», plaide la porte-parole de l’organisation, Ilana Bollag.

«Si 50 personnes étaient mortes faute de mesures de protection contre l’incendie, cette affaire aurait fait scandale», poursuit Ilana Bollag. Cette militante cite la loi sur la protection des animaux, selon laquelle «quiconque élève des animaux est responsable de leur bien-être et de leur protection contre les dangers».

Contrôles réguliers

PETA Suisse a adressé un courrier détaillé à l’Office fédéral de l’agriculture pour demander d’inscrire dans la loi des réglementations adéquates et des contrôles officiels réguliers. «Le vétérinaire qui a contrôlé nos installations l’an dernier nous a félicités», indique l’agricultrice sinistrée. «Même dans un bâtiment mis en conformité, le risque zéro n’existe pas. Qui plus est dans une ferme remplie de fourrage», renchérit Michel Darbellay.

Ilana Bollag. n’en démord pas: «Le sauvetage des animaux doit être tout aussi efficace et rapide que celui des personnes». Parmi 400 incendies répertoriés chaque année par PETA, l’organisation de Kreuzlingen (TG) a déposé quatre plaintes après un sinistre fatal pour le bétail. Deux procédures ont été classées et deux autres sont en cours.

Un défaut technique sur une installation électrique est à l’origine de l’incendie du 22 janvier dernier.

Un défaut technique sur une installation électrique est à l’origine de l’incendie du 22 janvier dernier.

DR – Sapeurs-pompiers Centre Vallon

Si PETA est devenue l’association à abattre pour les milieux agricoles, sa démarche trouve des sympathisants. «Je ne comprends pas l’indignation de la Municipalité concernant la plainte d’une association qui cherche à trouver la raison de la mort horrible de 50 veaux brûlés vifs ou, au mieux, étouffés atrocement par des fumées nocives», a écrit Christiane Laeser dans le courrier des lecteurs de l’hebdomadaire «Biel Bienne».

«Pourquoi la Municipalité n’est-elle pas indignée par la mort des veaux?» interroge Christiane Laeser. «Nous sommes tristes et indignés de toutes les pertes subies», répond le maire Manfred Bühler.

«Pourquoi n’a-t-on pas prévu de sortie de secours pour le bétail?» interroge une lectrice de Merzligen (BE), en donnant comme solution la stabulation libre. «Le bétail n’était pas attaché et l’écurie disposait de portes vers l’extérieur, mais un mur de fumée a empêché mon fils aîné de toutes les ouvrir», répond Christine Wüthrich. Les 70 vaches ont pu sortir au pâturage, pas les 50 veaux.

«Vie en danger»

«Le jeune agriculteur a mis sa vie en danger pour sauver un maximum de bêtes», rappellent d’une même voix Michel Darbellay et Bernard Leuenberger. Mais Christiane Laeser, n’est pas la seule sympathisante de la cause animale à légitimer la plainte de PETA: «Prenons une voiture. Dans des grands parkings, elle est protégée par une installation automatique de détection d’incendie, d’évacuateurs de fumée et parfois par une installation d’extinction «sprinkler».», compare un couple de Bienne.

«Une installation d’extinction «sprinkler» ne fonctionne pas dans une ferme en raison de la poussière, de l’humidité et du froid», corrigent les professionnels. Christine Wüthrich espère pouvoir reconstruire une écurie cette année, pour récupérer son bétail disséminé dans le Jura bernois. La stabulation sera reconstruite à l’identique, mais loin de l’habitation. «Dans notre écurie construite en 2015, c’était le dernier cri, mais les bâtiments étaient accolés. Dans la nouvelle ferme, ils seront séparés», conclut l’agricultrice sinistrée.

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