Justice  - Perpétuité pour un féminicide qui avait indigné la France
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Justice Perpétuité pour un féminicide qui avait indigné la France

Bruno G. a écopé de la prison à vie pour l’assassinat de son ancienne compagne Julie Douib en 2019. Les juges ont évoqué la «violence ultime» du meurtre.

La mort de Julie Douib avait suscité une vague d’indignation en France. 

La mort de Julie Douib avait suscité une vague d’indignation en France.

AFP

Bruno G., 44 ans, a été condamné mercredi par la cour d’assises de Bastia, sur l’île de Corse, à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans pour l’assassinat de son ex-compagne, Julie Douib, en 2019.

Une peine «inhabituelle»

La présidente de la cour a également décidé de retirer à Bruno G. son autorité parentale sur les deux fils du couple, âgés aujourd’hui de 11 et 13 ans: «Cette mesure est destinée à protéger les enfants», a-t-elle souligné.

Ce féminicide, le 30e sur 149 en 2019 en France, avait suscité une vague d’indignation dans le pays, entraînant l’organisation par le gouvernement d’un sommet sur les violences faites aux femmes.

Reconnaissant que cette peine de perpétuité est «inhabituelle», la présidente a détaillé les motivations des jurés, précisant que «la violence ultime» de l’assassinat a été «suffisante» pour aboutir à cette condamnation, indépendamment des violences conjugales.

«Le risque de réitération des faits en raison de votre personnalité impulsive et vindicative» a également pesé, a-t-elle dit à M. G., ajoutant l’absence de regret et le fait qu’il ait «revendiqué» son geste en prison.

Charlotte Beluet, l’avocate générale, avait justifié mercredi matin sa réquisition de la perpétuité comme «une façon de requérir la mort sociale».

«C’est ça la réponse de la société?», s’était insurgé l’avocat de l’accusé, Me Camille Radot, «qu’il y a des hommes que l’on pense irrécupérables? Ces réquisitions, c’est un échec total de notre société», s’était-il emporté, dénonçant une «peine de haine».

Pointant sa dangerosité et les menaces qu’il avait proférées, Mme Beluet avait rappelé que de «nouvelles cibles existent» pour l’accusé avec le père de Julie Douib et le professeur de sport avec qui elle était en relation au moment de sa mort, à 34 ans, le 3 mars 2019.

«Volonté de faire mal»

Ce jour fatidique, Bruno G. n’a pas eu «que la volonté de tuer» mais aussi «la volonté de faire mal», avait cinglé l’avocate générale, dénonçant «du sadisme» dans cette «exécution sommaire». «Il n’existe pas de meurtriers passionnés, seulement des assassins», avait-elle asséné.

Mme Beluet avait également rappelé l’analyse de l’expert-psychiatre selon qui la «paranoïa» de l’accusé, qui le conduit à «inverser le champ de la culpabilité», allait «s’aggraver dans le temps».

Reconnaissant qu’il y avait «un individu cabossé dans le box», la magistrate avait appelé à «impérativement protéger» les enfants du couple, en «retirant la main qu’il a sur eux»: «Imaginez leur peine à eux, "papa, il a tué maman"», avait-elle rappelé.

«Dans ses silences, Julie Douib a crié des tas de choses et nous n’avons pas su l’écouter», avait regretté Charlotte Beluet, estimant que «le danger n’a pas été correctement évalué». Il faut «reconnaître toutes ces failles pour permettre d’avancer sur ces sujets-là», avait-elle appelé de ses vœux, demandant à la cour «une sépulture judiciaire digne» pour Julie.

Rappelant «qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon», Me Camille Radot avait indiqué que «tous les jours, ce type de dossier est jugé sans journaliste», dénonçant dans ce cas précis une «médiatisation à outrance».

«Je vous demande de le ramener dans la communauté des hommes», de «lui laisser une chance», avait-il plaidé, martelant que «Bruno G. n’est pas un animal, pas un monstre».

(AFPE)

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