Ordre du Temple solaire: «Personne n’est à l’abri de se retrouver embarqué dans une secte!»
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Ordre du Temple solaire«Personne n’est à l’abri de se retrouver embarqué dans une secte!»

Ce vendredi 17 juin, TMC diffuse le début d’un formidable docu qui revient sur l’affaire des massacres de l’OTS qui a secoué la Suisse romande, la France et le Québec. Rencontre avec la productrice Elodie Polo Ackermann et les réalisateurs Raphaël Rouyer et Nicolas Brénéol.

par
Laurent Siebenmann
En octobre 1994, vingt-cinq personnes étaient retrouvées sans vie à Salvan (VS).

En octobre 1994, vingt-cinq personnes étaient retrouvées sans vie à Salvan (VS).

AFP

C’est demain, vendredi 17 juin, que débutera sur TMC, à 21h15, la diffusion de la série documentaire «Temple solaire: l’enquête impossible». En quatre fois 45 minutes (deux épisodes sont programmés ce vendredi soir et la suite le 24 juin prochain), elle revient sur cette mystérieuse affaire qui a secoué la Suisse romande, la France et le Québec, voici presque trente ans. 

Sans le savoir peut-être, ces adhérents à l’OTS vivent leurs derniers instants, devant l’objectif de la caméra vidéo de Jo Di Mambro.

Sans le savoir peut-être, ces adhérents à l’OTS vivent leurs derniers instants, devant l’objectif de la caméra vidéo de Jo Di Mambro.

Capture écran TMC

Comment 74 personnes ont-elles pu trouver la mort, dans des circonstances qui demeurent, en partie, mystérieuses? Se sont-elles suicidées ou ont-elles été assassinées? Qui a ordonné ces cinq massacres survenus entre septembre 1994 et mars 1997? 

«Temple solaire: l’enquête impossible» met également en vedette trois journalistes qui ont formé une équipe de fins limiers. Et mené une longue enquête, à l’époque: le Suisse Arnaud Bédat, et les Français Gilles Bouleau et Bernard Nicolas. On doit au trio des preuves qui ont fait avancer l’enquête de la justice de manière déterminante mais aussi des livres qui font autorité, s’agissant de l’OTS. Ils sont au centre de ce captivant documentaire réalisé par Raphaël Rouyer et Nicolas Brénéol, produit par Elodie Polo Ackermann pour Imagissime, en partenariat avec Attraction Images.

«Temple solaire: l’enquête impossible» donne la parole à quantités de témoins, dont le célèbre chef d’orchestre Michel Tabachnik, inquiété puis relaxé deux fois par la justice, dans le cadre de cette affaire de l’OTS. Comment êtes-vous parvenus à convaincre ces gens à priori fragiles de parler?

Elodie Polo Ackermann Au fond, c’était une question de confiance établie dès le départ avec eux. Cela devait se faire sans condition, avec respect. Le format de ce documentaire, sans commentaire ni jugement, se prêtait à cette confiance mutuelle.
Raphaël Rouyer Nous n’avons pas voulu aller chercher de scoop mais avons procédé à la manière de documentalistes, en donnant la parole aux témoins et en les laissant s’exprimer, sans les juger. Nous n’étions pas là pour refaire l’enquête mais juste pour raconter cette histoire fascinante. C’est ainsi que Michel Tabachnik a accepté de se confier comme jamais. Tous ont pu dire les choses comme rarement ils avaient pu les exprimer, jusque-là.
Nicolas Brénéol C’est un travail de longue haleine, de parvenir à convaincre toutes ces personnes. Mais elles semblaient prêtes à parler, à se confier. Un peu comme si les planètes étaient alignées. C’était le bon moment. Et puis, elles sentaient que nous les considérions comme des personnages importants, pas comme de simples intervenants. 
EPA Nous avons voulu expliquer leurs trajectoires. Comprendre ce que ces gens avaient vécu à l’époque, et jusqu’à aujourd’hui. Nous avons donc procédé à énormément de pré-interviews, notamment sous forme écrites et par téléphone, pour bien comprendre leurs histoires et articuler notre documentaire au mieux.

Le Dr Luc Jouret, l’un des deux gourous de l’Ordre du Temple solaire.

Le Dr Luc Jouret, l’un des deux gourous de l’Ordre du Temple solaire.

Capture écran TMC

Au fur et à mesure des ces pré-interviews, avez-vous été amenés à changer la manière dont vous vouliez raconter cette affaire?

RR Non, nous avions une trame établie et devions juste nous déterminer sur la façon dont nous voulions raconter toute l’affaire. Ça n’est pas une enquête que nous proposons mais un récit. La seule chose dont nous n’étions pas certains était d’obtenir la participation de tous les témoins que nous souhaitions.

Le témoignage de Michel Tabachnik est troublant. Même si des zones d’ombre semblent l’entourer encore, l’entendre confier que «malgré l’horreur qu’il a subie, cette affaire lui a permis de vivre des tas de choses qui ne seraient peut-être pas survenue autrement» ne peut que bouleverser.

EPA Oui, il y a une forme de résilience, chez cet homme dont la vie a été emportée dans une sorte d’immense lessiveuse, qui ne peut pas laisser insensible. 
RR Il a eu l’occasion, avec nous, de raconter des choses qu’il n’avait jamais dites. Du coup, cela apporte une autre dimension à son témoignage qui permet d’entrer en empathie avec lui. Nous avons essayé de ne pas être partisans, dans la manière de le montrer. Après, chacun est libre de se forger son opinion concernant le personnage…
NB L’idée a été d’apporter un regard tout en nuance sur cette affaire et sur nos témoins. 

A-t-il voulu avoir un droit de regard sur le montage final du documentaire? Vous a-t-il demandé de couper des séquences?

EPA Non car un climat de confiance s’est établi, dès le départ. Et la règle du jeu était que nous devions rester libres de réaliser le documentaire que nous souhaitions. 

Le chef d’orchestre Michel Tabachnik se confie longuement dans la série documentaire «Temple solaire: l’enquête impossible».

Le chef d’orchestre Michel Tabachnik se confie longuement dans la série documentaire «Temple solaire: l’enquête impossible».

Capture écran TMC

Combien de temps avez-vous travaillé sur «Temple solaire: l’enquête impossible»?

RR Un an à temps plein. Il faut compter toute la préparation, la sélection des archives, le tournage et le montage. Et puis il y a eu le temps passé à tenter de convaincre les témoins durant lequel Elodie a fait un boulot extraordinaire. 

Vous proposez, dans «Temple solaire: l’enquête impossible», une foule impressionnante d’archives et de documents. Comment les avez vous retrouvés puis obtenus les droits?

NB Nous avons eu une armée de documentalistes, pour nous épauler. Mais aussi des acteurs de l’époque qui ont conservé beaucoup de documents.
RR Et puis nous avions avec nous le gardien du temple qui est le journaliste suisse Arnaud Bédat! (Il rit.) C’est un collectionneur fanatique de tout ce qui touche à l’OTS dont il a suivi toute l’affaire. Par exemple, la plupart des articles de presse que nous montrons dans le documentaire vient de chez Arnaud. Idem pour quasi toutes les photos.

Le journaliste suisse romand Arnaud Bédat.

Le journaliste suisse romand Arnaud Bédat.

Capture écran TMC

L’air de rien, votre documentaire est aussi un hommage au journalisme, ainsi qu’au travail et à l’amitié de trois reporters qui se sont associés, à l’époque, pour enquêter sur l’OTS: Gilles Bouleau et Bernard Nicolas de TF1, et le reporter romand Arnaud Bédat.

NB On a eu en face de nous des gars qui ont fait brillamment leur job. Ils sont allés au bout, ont osé des questions que personne ne posait à l’époque, ont révélé des éléments nouveaux et fait avancer l’enquête de la justice. Ce sont vraiment nos trois mousquetaires! (Il rit.)
RR Et en même temps, nous n’avons pas éludé les petites vanités qui pouvaient exister, la petite compétition entre eux, à un moment donné. Ils en parlent d’ailleurs avec humour et sincérité dans le docu. Il s’agissait de ne pas être complaisants.
NB Avec aucun de nos intervenants, d’ailleurs.

Les trois mousquetaires de «Temple solaire: l’enquête impossible»: Bernard Nicolas, Gilles Bouleau et Arnaud Bédat.

Les trois mousquetaires de «Temple solaire: l’enquête impossible»: Bernard Nicolas, Gilles Bouleau et Arnaud Bédat.

TF1

Votre documentaire tente également de comprendre comment des gens intelligents et cultivés ont pu se laisser séduire par les gourous de l’OTS et y laisser la vie. Car contrairement aux idées reçues, les adhérents de cette secte n’étaient pas des idiots.

EPA Oui, on est obligé de se demander, après avoir vu ce documentaire, si, nous aussi, serions tombés sous le charme des gourous Luc Jouret et Jo Di Mambro. Toute cette affaire est complexe et nous renvoie à nous-mêmes, d’une certaine manière.
NB Personne n’est à l’abri de se retrouver embarqué dans une secte. Il existait une multitude de profils, chez les adeptes de l’OTS, qui se posaient des questions métaphysiques et sur le sens de la vie sur Terre… Qui peut dire: «Jamais je ne me serais laissé avoir?» En travaillant sur ce docu, nous nous sommes rendus compte à quel point il est facile de faire perdre son libre arbitre à quelqu’un.

«Temple solaire: l’enquête impossible»
Episodes 1 et 2, vendredi 17 juin à 21h15, sur TMC


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Interviews de Gilles Bouleau, Arnaud Bédat et Bernard Nicolas (dès le vendredi 17 juin)


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