15.09.2020 à 17:03

Tensions à Berne«Personnellement, votre ton agressif m’indispose!»

Lors de la discussion mardi sur l’initiative contre les pesticides de synthèse, le ton est monté au Conseil des États. Les accusations des élues romandes vertes n’ont pas du tout plu à Olivier Français…

par
Eric Felley
Céline Vara (Verts/NE) a dépeint une situation catastrophique causée par l’industrie agroalimentaire. Olivier Français lui a reproché d’être «véhémente à l’égard de nous tous».

Céline Vara (Verts/NE) a dépeint une situation catastrophique causée par l’industrie agroalimentaire. Olivier Français lui a reproché d’être «véhémente à l’égard de nous tous».

Service du Parlement/KEYSTONE/Anthony Anex

Les débats au Conseil des États sont marqués de longue date par la courtoisie et le respect. Ce mardi pourtant, le ton est monté lors de la discussion sur l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». Les interventions des trois élues écologistes romandes du Conseil des États ont été diversement appréciées. Adèle Thorens Goumaz (Verts/VD) a commencé par présenter les arguments en faveur du texte, qui veut éliminer lesdits pesticides des sols suisses dans les dix ans et partant de l’agriculture. Inutile de préciser qu’au Conseil des États, face aux représentants bourgeois alémaniques, cette initiative venant de Romandie, ne présente guère d’intérêt.

«Ce que je trouve intéressant dans ce texte, a défendu la Vaudoise, c’est qu’il s’agit de passer de l’agrochimie à l’agroécologie, donc d’une véritable transition de notre agriculture, une transition, que l’on pourrait comparer à celle que nous opérons en ce moment même avec la Stratégie énergétique 2050». Au terme d’une assez longue intervention, elle a conclu: «Nos eaux sont polluées, nos sols s’appauvrissent, le système pollinisateur est déjà perturbé. Dans ces conditions, le système de production que nous connaissons actuellement n’est pas durable, il ne peut pas se perpétuer sur le long terme…» Enfin elle a dit: «Merci de votre attention».

«Nous semons la mort»

Lisa Mazzone (Verts/GE) est alors intervenue, contre tout usage dans cette chambre, pour remettre à l’ordre ses collègues: «Je voudrais vous rendre attentifs à la phrase qui a conclu la prise de parole de Madame Thorens Goumaz. C’était «Merci pour votre attention». Or, l’attention était vraiment très mauvaise pendant sa prise de parole et, par respect non seulement pour elle mais pour l’ensemble des personnes qui ont signé cette initiative, je vous prierais de mener les discussions à l’extérieur de la salle. Je vous remercie».

On ose imaginer le malaise provoqué par cette remarque de l’écologiste genevoise. Mais ce n’est pas fini. Céline Vara (Verts/NE), prend la parole à son tour pour dresser un tableau apocalyptique de l’utilisation des pesticides: «Discrètement, dans nos champs, dans nos rivières, nous semons la mort, tuant au passage le moindre organisme vivant, à pattes, à ailes ou rampant. Et nous les humains l’avalons chaque jour en buvant et en mangeant. Les cas de malformation chez les nourrissons ou de cancers inexpliqués ne cessent d’augmenter. Tous les regards se tournent vers les pesticides de synthèse…»

Nous avons lâchement privilégié le rendement et les intérêts de quelques-uns.

Céline Vara, conseillère aux États (Verts/NE)

En prenant ses collègues à témoin, la Neuchâteloise est encore montée d’un cran dans l’opprobre: «Et nous, décideuses et décideurs politiques, que faisons-nous pour sauver le vivant?» Sa réponse a été sans appel: «Nous avons échoué. Nous avons cédé à la pression des lobbies qui s’enrichissent allègrement aussi longtemps que possible, avant qu’il n’y ait simplement plus rien à tuer, car les abeilles auront disparu, et les autres pollinisateurs avec elles. Nous avons lâchement privilégié le rendement et les intérêts de quelques-uns, à court terme, au lieu de privilégier le bien commun».

Les trois élues visées

Visiblement sonné par une telle audace, Oliver Français (PLR/VD) est intervenu pour s’adresser à ses trois collègues romandes qui venaient de s’exprimer: «Je ressens de votre part une agression à l’égard de nos pairs, a-t-il regretté, tant ceux d’hier que ceux d’aujourd’hui. Vous faites croire que les décideurs politiques qui sont aujourd’hui aux affaires, ou que ceux du passé, n’ont pas eu de préoccupations pour la santé d’autrui, et pour les habitants de ce pays. Personnellement, votre ton agressif m’indispose, tant vous avez été véhémentes à l’égard de nous tous…»

Le conseiller fédéral Guy Parmelin a tenu à rassurer Céline Vara: «Madame Vara, je vous le dis: ce qu’on mange dans notre pays est sain. La nourriture que nous mangeons, elle est saine, que cela vous plaise ou que cela ne vous plaise pas. Elle est analysée régulièrement par les chimistes cantonaux».

Le Conseil des États s’est opposé à l’initiative par 28 voix, contre 9 et 4 abstentions.

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156 commentaires
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Chat noir - Leytron

16.09.2020 à 20:48

D'habitude c'est Monsieur Francais qui est agressif. Ces Dames ont bien compris qu'il est temps de bouger, on a trop longtemps protégé les papes de la chimie. Toujours avec élégance et en faveur de la nature. Bravo Mesdames

Léo Carpintero

16.09.2020 à 12:30

Un petit geste facile : oubliez Google et surfez avec Ecosia

Un intolérant aux intolérants

16.09.2020 à 12:22

Et si on interdisait aussi les médicaments, c'est aussi des pesticides, non?? Et tous la cochonneries d'additif que l'on rajoute dans les aliments, ce ne sont pas de pesticides, mais je pense pas qu'il améliore la santé et loin de là.