13.10.2020 à 13:49

BernePesticide polémique: c’est le miel contre le sucre!

Olivier Français (PLR/VD) veut sauver la culture de la betterave sucrière d’un puceron délétère. Céline Vara (Verts/NE) veut empêcher le retour d’un pesticide à base de néonicotinoïde qui tue les abeilles. Le Conseil fédéral en arbitre…

par
Eric Felley
Pour Céline Vara, il n’est pas question de revenir en arrière en autorisant un pesticide dont la dangerosité a été prouvée. Pour Olivier Français, il s’agit de permettre à l’industrie sucrière helvétique de ne pas sombrer face à la concurrence.

Pour Céline Vara, il n’est pas question de revenir en arrière en autorisant un pesticide dont la dangerosité a été prouvée. Pour Olivier Français, il s’agit de permettre à l’industrie sucrière helvétique de ne pas sombrer face à la concurrence.

KEYSTONE/Anthony Anex

Elle défend les abeilles, lui l’industrie du sucre… C’est un nouvel épisode qui oppose l’écologiste neuchâteloise Céline Vara (Verts/NE) et l’ingénieur vaudois Olivier Français (PLR/VD). Après leurs vifs échanges lors de la discussion sur l’initiative visant à interdire les pesticides de synthèse, les voilà opposés sur un pesticide en particulier: l’imidaclopride de la famille des néonicotinoïdes.

Pour l’histoire, en fin 2018, les pesticides contenant des néonicotinoïdes ont été interdits en Europe et en Suisse après d’interminables controverses sur leur dangerosité, en particulier sur les abeilles, qui ont duré près de vingt ans. Et voilà qu’aujourd’hui, les producteurs de betteraves sucrières auraient besoin de réutiliser ce pesticide pour lutter contre un puceron, vecteur de la jaunisse virale qui s’attaque à leurs récoltes.

Inégalités sur le marché du sucre

Dans une interpellation déposée lors de la session d’automne, Olivier Français constate: «L’interdiction de trois néonicotinoïdes dans notre pays et au sein de l’UE, depuis le 1er janvier 2019, a induit la fin de la protection systémique des betteraves face aux ravageurs par l’enrobage des semences et il en a découlé une perte de production conséquente». En France et dans certains états européens, des autorisations exceptionnelles ont été données pour cette lutte spécifique. Pour le Vaudois: «Ces différentes pratiques donnent lieu à des inégalités sur le marché du sucre et pourraient avoir un impact sur la production sucrière de notre pays, tout comme une importation de produit fini avec un sucre produit avec des substances interdites dans notre pays».

Comme ses collègues du Conseil national – Jacques Bourgeois (PLR/FR) et Pierre-André Page (PLR/FR) – il suggère au Conseil fédéral de lever l’interdiction du pesticide à base de néonicotinoïde pour une durée de trois ans.

Une molécule néfaste pour la santé humaine

Mais du côté des Verts, on surveille la situation de près, craignant un retour de ces substances que la Suisse a mis si longtemps à bannir: «Le Conseil fédéral est invité à fournir des renseignements au Parlement quant aux pressions faites récemment par certains agriculteurs ou lobbys agricoles voulant réhomologuer un produit à base de néonicotinoïdes», s’inquiète Céline Vara dans une interpellation déposée également lors de la dernière session.

La Verte neuchâteloise met en garde les autorités fédérales contre toute velléité de réhabiliter ce type de traitement: «Il n’est pas inutile de rappeler que l’interdiction de l’imidaclopride a été précédée d’un moratoire partiel de 8 ans durant lesquels plus de 1200 études financées en grande partie par de l’argent public ont été menées. Ces études font la démonstration incontestable que cette molécule est dangereuse pour certains organismes vivants, néfaste pour la santé humaine et endommage nos sols à long terme».

Alors qui va l’emporter? Le miel ou le sucre? C’est au Conseil fédéral de trancher cette délicate question, au moment où les autorités fédérales font de notables efforts pour réduire la pression des produits phytosanitaires dans notre environnement.

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100 commentaires
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Stop Fake News

14.10.2020 à 22:33

Lorsque les abeilles iront butiner la betterave, on pourra discuter de l'impact possible de ce produit. En attendant stop à une polémique stérile et cherchons des solutions pragmatiques pour sauver une production indigène !

VertdeRage

14.10.2020 à 10:55

Bravo les Verts pour votre engagement dans cette odieuse polémique qui n'est, une fois de plus, qu'une affaire de gros sous! lorsque toutes les abeilles auront disparu ainsi que tous les animaux terrestres, les capitalistes pourront dormir sur le pognon...à jamais!!

orekhdin

13.10.2020 à 17:32

Voici un article (Insecticides-et-abeilles-une-cohabitation-exigeante-et-necessaire sur le site de pseudo-sciences) qui montre que le lien entre les pesticides et la mort des abeilles n'est pas évident. Donc, avant d'enterrer nos agriculteurs pour finalement ne pas sauver les abeilles, un peu de réflexion scientifique n'est pas inutile, même si cela ne permet pas de se faire élire aussi facilement qu'en fulminant des bulles excommunicatrices.