Actualisé 19.02.2019 à 11:44

ÉtudePesticides bien ancrés dans le miel

Des chercheurs de l’Université de Neuchâtel (UniNE) ont mis au point une méthode pour quantifier des concentrations infimes de néonicotinoïdes dans le miel. Leur persistance inquiète.

von
Vincent Donzé
Les taux maximaux autorisés pour la consommation humaine sont de l'ordre de 50 000 pg/g, alors que la santé des abeilles est affectée à partir de 100 pg/g.

Les taux maximaux autorisés pour la consommation humaine sont de l'ordre de 50 000 pg/g, alors que la santé des abeilles est affectée à partir de 100 pg/g.

Keystone

Avec leurs collègues du Jardin botanique de Neuchâtel, les chercheurs de l’Université de Neuchâtel (UniNE) s’inquiètent de la longue stabilité de molécules néfastes dans le miel. «Certaines perdurent au moins 40 mois dans le miel», affirment les chercheurs qui ont publié leurs résultats dans la revue scientifique «Environmental Pollution».

«Si ces substances sont rapportées à la ruche avec le nectar, cela signifie que l’ensemble de la colonie (y compris la reine) est exposé durant toute une vie à des neurotoxiques», prévient Blaise Mulhauser, directeur du Jardin botanique de la Ville de Neuchâtel.

Nombreux mois

«Le miel destiné à la consommation humaine conservera une concentration identique de pesticides durant de nombreux mois», ajoute Edward Mitchell, professeur de biologie à l’UniNE et co-auteur de l’étude.

Pour l’instant, seuls quelques échantillons analysés dépassaient les normes actuellement en vigueur pour la consommation humaine. Mais gare: «Nous ne savons pas encore bien quel impact ces substances ont sur la santé humaine à long terme», indique Edward Mitchell.

Prouesse réalisée

Le seul sujet de satisfaction des chercheurs est scientifique: «La prouesse réalisée par la Plateforme neuchâteloise de chimie analytique (NPAC) est remarquable». Détecter une concentration de deux picogrammes d’une substance par gramme de matière revient à repérer une pièce de 5 centimes dans une masse égale à neuf fois celle de la tour Eiffel.

«Le gain de sensibilité jusqu’à 1000 fois supérieur aux méthodes utilisées précédemment permet de mieux détailler les niveaux de pesticides présents dans l’environnement», observe Edward Mitchell.

Insectes bénéfiques

Les taux maximaux autorisés pour la consommation humaine sont de l’ordre de 50 000 pg/g, alors que la santé des abeilles et d’autres insectes bénéfiques pour l’homme est affectée à partir de 100 pg/g. «Cela représente tout de même des milliards de molécules dans le cerveau d’une abeille», observe Edward Mitchell.

Par rapport à une étude de 2017, la présence de quatre autres molécules non testées à l’époque (dinotefuran, nitenpyram, sulfoxaflor, et flupyradifurone) a été établie dans 28% des 36 échantillons analysés. Le dinotefuran n’est pas autorisé en Suisse, mais il est utilisé aux Etats-Unis et au Japon.

Le nitenpyram est peu utilisé en agriculture, plutôt en usage vétérinaire. Quant au sulfoxaflor et à la flupyradifurone, le débat fait rage concernant leur appartenance à la classe des néonicotinoïdes ou pas.

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