Actualisé 16.09.2019 à 12:26

Pesticides dans l'eau, les femmes demandent des comptes

Berne

A Berne, pas moins de trois conseillers fédéraux sont interpellés sur la question de la pollution de l’eau par le chlorothalonile. Actuellement, une quarantaine de marques sont dûment homologuées en Suisse.

par
lematin.ch
Syngenta est parmi les grands producteurs de pesticides fongicides à base de chlorothalonile utilisés depuis des décennies dans l'agriculture suisse pour les céréales et la vigne. Son homologation est remise en cause.

Syngenta est parmi les grands producteurs de pesticides fongicides à base de chlorothalonile utilisés depuis des décennies dans l'agriculture suisse pour les céréales et la vigne. Son homologation est remise en cause.

syngenta

A Berne, on connaissait les néonicotinoïdes qui menacent les abeilles, le glyphosate qui tue les insectes, voilà le chlorothalonile qui s’est rapidement fait un nom en polluant les eaux. Pas moins de trois conseillers fédéraux sont interpellés à l’heure des questions ce lundi autour de cette molécule de synthèse. Celle-ci a servi loyalement l’agriculture comme pesticide et fongicide à large spectre, avant qu'on ne découvre depuis peu qu'elle laisse des traces sous formes de «métabolites» dans les eaux.

L'eau potable touchée

Selon le récent rapport des chimistes cantonaux, 170 000 personnes en absorbent à leur insu dans l’eau potable de certaines régions agricoles. L’Union européenne a décidé de l’interdire à la vente d’ici la fin de l’année avec un délai d'utilisation jusqu'à fin mai 2020. Au Conseil national, ce sont les femmes qui montent au créneau pour exiger que la Confédération réagisse rapidement.

Retirer les autorisations

Martina Munz (PS/SH)) demande au conseiller fédéral en charge de l'agriculture, Guy Parmelin, de retirer les autorisations de commercialiser et d’interdire complètement l’utilisation du chlorothalonile, tout en cherchant une solution pour les stocks. Sa collègue de parti, Silva Semadeni (PS/GR), s’étonne que l’Union suisse des paysans elle-même déconseille aujourd’hui ce type de produit, mais qu’il reste tout de même homologué: «Comment la population peut encore avoir confiance dans l’homologation de ces produits phythosanitaires, alors que les agriculteurs eux-mêmes n'en veulent plus ?»

Qui va payer ?

Qui va payer la casse ? Partant du constat que ces substances nocives vont rester dans les eaux pendant des décennies et que la Confédération demande aux responsables de prendre des mesures d’assainissement, Kathrin Bertschy (VL/BE) interroge Simonetta Sommaruga en charge de l'environnement sur les responsabilités financières. Qui des fabricants, des paysans, de la Confédération ou enfin des contribuables doivent assumer ces coûts ?

L’homologation en question

S'adressant au chef du Département de l'Intérieur, Alain Berset, sur l'aspect sanitaire du problème, Tiana Moser: (VL/ZH) s’inquiète des lacunes dans le processus d'homologation de ces produits longtemps considéré comme inoffensif, avant que l'on découvre le contraire... Maya Graf (Verts/BL) pose une question similaire: «Ces métabolites sont-elles plus nocives que le produit lui-même ? Si c’est le cas, comment cette évolution est-elle prise en compte dans la procédure d’homologation ?»

Une longue liste

Pour l'instant, les produits contenant du chlorothalonile et homologués en Suisse forment une longue liste que l'on trouve sur le site de l'OFAG. Au 6 septembre 2019, près de quarante marques étaient autorisées à la vente. Syngenta figure en bonne place dans les fabricants avec sa marque «Bravo 500», mais l'on trouve aussi Bayer et une quinzaine d'autres sociétés. Enfin, une dizaine de sociétés sont des importateurs.

Deux ans comme d'habitude ?

Les fabricants vont tenter de résister pour gagner du temps. A mi-août, Syngenta a informé ses clients après la décision de l'Union européenne: «Tous les fongicides contenant du chlorothalonile peuvent encore être vendus jusqu’à fin novembre 2019 et utilisés jusqu’à fin mai 2020. Présentement, les agences fédérales suisses réexaminent le chlorothalonile et ses métabolites. Ils doivent prendre une décision d’ici cet automne. Cette décision doit préciser si des délais d’une année pour la période de vente et de deux ans pour la période d’utilisation peuvent être accordés comme d’habitude. Si ce n’est pas le cas, le Bravo 500 et les autres produits contenant du chlorothalonile devront être immédiatement retirés du marché.»

Un vent nouveau...

Guy Parmelin aura la délicate tâche d'organiser la sortie de la Suisse de l'ère du chlorothalonile... A un mois des élections, cette affaire de pesticides aura-t-elle un impact sur les élections ? On ne saurait le prédire, mais quelque chose est en train de changer à Berne par rapport aux gros producteurs de produits phytosanitaires. Les deux initiatives en cours qui visent les pesticides y sont aussi pour beaucoup.

Eric Felley

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