Être réservé sur les «Star Wars» de Disney sans se sentir otage
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CommentairePeut-on être réservé sur les «Star Wars» de Disney sans être pris en otage?

Une frange toxique de fans voue une haine tenace aux productions de l’ère Kathleen Kennedy. Nous n’avons pas les mêmes valeurs, M. l’huissier.

par
Jean-Charles Canet
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Kathleen Kennedy, R2-D2, C-3PO et Mark Hamill à l’époque de la sortie du long métrage «Les derniers Jedi». un épisode de la dernière trilogie qui a heurté la sensibilité de certains fans.

Kathleen Kennedy, R2-D2, C-3PO et Mark Hamill à l’époque de la sortie du long métrage «Les derniers Jedi». un épisode de la dernière trilogie qui a heurté la sensibilité de certains fans.

Getty Images for Disney
Obi-Wan Kenobi (Ewan McGregor) et Tala Durith (Indira Varma) dans la série «Obi-Wan Kenobi».

Obi-Wan Kenobi (Ewan McGregor) et Tala Durith (Indira Varma) dans la série «Obi-Wan Kenobi».

Lucasfilm Ltd.
Tala Durith (Indira Varma).

Tala Durith (Indira Varma).

Lucasfilm Ltd.

«Obi-Wan Kenobi», la série phare sur Disney+ en est à un épisode de sa conclusion. Même si le final, mercredi prochain, se révélait surprenant, notre opinion sera difficile à changer: nous sommes un peu déçus. Moins par les carences de la réalisation que par la faiblesse de son arc narratif perclus de facilités.

Pour être clair, nous nous considérons comme un admirateur mais pas comme un «fan» de «Star Wars», la saga orchestrée par George Lucas avant qu’elle ne soit vendue à Disney en 2012. Nous suivons avec plaisir et avec une certaine fascination l’évolution des longs métrages, et maintenant celle des séries qui veulent en boucher les trous.

Le voyage du héros

À nos yeux, la première trilogie, c’est le voyage du héros dans toute sa splendeur. Luke rêve de devenir pilote, il se trouve une opportunité, un but, subit des épreuves, encaisse des échecs, découvre qui est son père et revient transformé de son périple. Un parcours que même les Ewoks-Bisounours ne sauraient ternir.

Sous nos applaudissements

La deuxième trilogie, dite prélogie, malgré quelques carences évidentes, se charpente sur un contexte politique fort: comment un système démocratique en décadence bascule «sous les applaudissements» vers le despotisme. On est à deux doigts de qualifier Lucas de visionnaire. Cette prélogie est assurément à réévaluer et pas seulement pour cette vista.

Le grand débarras

La troisième trilogie, sous l’ère Disney donc, c’est… On ne sait pas vraiment quoi, mais un gros bordel assurément. D’abord une machine à tenter de reconquérir les faveurs des fans de la première heure avec du papier carbone. Puis une tentative intéressante mais ratée de changer l’aiguillage avec quelques idées provocantes (et cela a bien marché, les fans radicaux enragent toujours). Puis enfin, une tentative pathétique de faire revenir la nouvelle trilogie sur les rails avec encore un peu plus de papier carbone le tout en mode «panique générale». L’impasse narrative est totale, l’échec… monumental.

C’est à ce point que se situe notre problème. On n’apprécie guère ce que Disney fait jusqu’ici de «Star Wars». On a certes trouvé quelques raisons d’espérer avec «The Mandalorian» bien qu’on se demande toujours ce qu’apporte cette série dans le grand tout, Mais, on a surtout le sentiment de hurler avec des loups peu fréquentables.

Ce que hurle la meute

La meute, on la détecte essentiellement aux États-Unis, surtout sur les réseaux sociaux. Elle ne manque jamais d’épingler Kathleen Kennedy (productrice expérimentée qui chapeaute encore la franchise au sein de Disney). La meute affiche à la première occasion et pour s’en moquer une photo d’elle et de son équipe portant fièrement des t-shirts «The Force is female» (La Force est féminine). Elle exige l’«effacement» de la dernière trilogie du «canon». Elle râle de voir Luke Skywalker transformé en chiffe molle dans «Les derniers Jedi», tout comme Obi Wan Kenobi dans la première partie de la série homonyme. En défendant des valeurs conservatrices, elle a aussi tendance à se proclamer porte-parole de tous les fans.

La meute scrute aussi les estimations d’audience, appelle au boycott, prédit la chute de l’empire, évoque des «insiders» décrivant une guerre des factions au sein de Disney. Elle dénonce le «scandaleux» renvoi de Gina Carano, une célèbre catcheuse devenue actrice, de la distribution de «The Mandalorian», suite à ses propos publics sur divers sujets sensibles (les élections, Trump, la Shoah et la pandémie de Covid-19…). Elle glousse de voir mis en valeur des personnages issue de la diversité (raciale ou sexuelle). En gros, cette meute se lamente de voir Hollywood en général et Disney en particulier d’être un repaire de gauchistes, ce qui en dit long sur la subtilité de la frontière posée entre «conservateurs» et «progressistes».

Ce dont le spectateur à besoin

Cette grille de lecture, on refuse d’en être l’otage. Si les «Star Wars» Disney sont au mieux médiocres, au pire complètement à la ramasse, c’est dans une absence de vision à long terme, une gestion à la petite semaine et, surtout, d’être empêtré dans une structure d’écriture collégiale avec les yeux dans le rétroviseur et soumise aux changements de cap dès qu’un progressiste tousse ou qu’un conservateur éructe.

En bref, il faudrait à «Star Wars» une direction qui sache donner aux spectateurs non pas ce qu’ils veulent mais ce dont ils ont besoin, pour paraphraser le bon mot du fondateur de la BBC. Cette prise de risque demande un courage qui a déserté l’industrie hollywoodienne de longue date. Mal préparé, hypersensible aux pressions (aussi bien pour s’y résister que pour y adhérer), Mickey n’a jusqu’ici pas démontré qu’il était équipé pour mener cette barque.

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