17.09.2020 à 06:34

InterviewPhanee de Pool: «Je suis une campagnarde»

La Jurassienne bernoise sera dimanche en concert au festival Label Suisse à Lausanne. Elle y présentera son 2e album, «Amstram», nouveau condensé de sa vie décidément bien remplie.

par
Laurent Flückiger, Vidéo: Sébastien Anex
Tournage et montage: Sébastien Anex 

Elle est de retour Phanee de Pool avec sa veste à boutons dorés, son uniforme artistique symbolisant sans doute son passé au sein de la police et la faisant passer pour une personne rigide, sèche. Et pourtant. De sèche, il n’y a guère que sa bouche après avoir slapé (mélange de slam et de rap) autant de mots par chanson. Car la Jurassienne bernoise s’amuse plutôt à dire «des choses farfelues», à chercher le synonyme du mot synonyme, à faire claquer sa langue sur «La reine de la provoc qui fume du shit à six o’clock».

Avec son deuxième album, «Amstram», Phanee de Pool ne change pas de style. Mais elle l’arrondit, avec un peu de chansonnette et pas mal d’accompagnements. Et comme avec le précédent qui l’a révélé, il se sera encore meilleur sur scène.

Cela tombe bien: elle est au programme de Label Suisse (gratuit et sur inscription), le dimanche 20 septembre aux Docks de Lausanne, accompagnée d’un orchestre de chambre.

Phanee de Pool, votre premier album s’appelle «Hologramme», le deuxième «Amstram». À force de faire des concerts virtuels, Covid-19 oblige, le suivant s’appellera-t-il «Instagram»?

(Rires.) Je garde l’idée. C’est vrai que j’ai été très active sur les réseaux sociaux durant le confinement et je le suis toujours aujourd’hui. Déjà pour m’occuper mais aussi pour essayer de faire rire la galerie face à ces informations quotidiennes qui ne nous font pas avoir la patate. Le rôle des artistes dans des moments comme celui-ci, c’est d’être le groupe de musiciens qui joue à bord du Titanic alors que celui-ci coule.

Sur votre site, vous appelez à ce que les gens achètent des disques plutôt qu’ils les écoutent sur les plates-formes de streaming. Spotify et consorts, c’est un problème pour les artistes?

Oui. Comme on paye des abonnements de streaming, on pense qu’on est réglo, que les artistes sont rémunérés. Mais non, il n’y a que ceux qui ont des millions d’écoutes qui le sont. Pour nous les petits artistes, ça se compte en demi-centime par centaine d’écoutes. C’est un sujet sur lequel j’ai envie de m’investir parce que j’ai l’impression que c’est celui qui fait du mal à la culture et qu’il est caché au grand public.

Vous, Phanee de Pool, vous pouvez compter sur celui que vous appelez Papa Pool. Qui est-ce?

Je ne sais pas si c’est mon patron ou si c’est moi sa patronne! (Rires.) Il dit toujours qu’il peut me virer quand il veut et je lui rétorque la même chose. C’est mon père, avec qui j’ai créé le label Escales Productions il y a trois ans. C’est ce qui nous permet de faire les choses avec professionnalisme, d’avoir une structure administrative autour d’un projet musical.

Sur «Amstram», on reconnaît bien votre style: le slap pour la voix, les loops pour la musique. Il y a cette fois des accompagnements. Cette nouveauté découle-t-elle de l’expérience de la scène?

D’abord des rencontres. Sur un des morceaux, on retrouve l’Ensemble DécOUVRIR dirigé par Étienne Champollion. C’est lui qui a réarrangé tout mon répertoire en version symphonique et ça m’a donné envie d’épicer ce que je fais. J’ai tout fait toute seule et j’ai envoyé mes pistes à Étienne, à Paris, pour qu’il ajoute, par exemple, des violons. C’était génial de pouvoir bosser comme ça à distance.

Vous vous surprenez même à chantonner un peu, notamment dans «La reine de la provoc»…

Je dis toujours que je ne suis pas une chanteuse à voix mais une chanteuse à texte. Mais j’ai eu le courage d’oser. Notamment parce que je bosse seule. En studio, je n’aurais pas pu.

Sur scène, face au public, trouverez-vous ce courage?

On m’a déjà dit que j’avais une voix de crooner. Je n’y crois pas! (Rires.) Mais j’aime bien de temps en temps pousser une gueulante, ça fait du bien car sur scène je suis très tendue.

Dans «Petite Mélodie», vous parlez avec ironie de faire un tube, créer une danse qui va avec, vous habiller comme Beyoncé, devenir célèbre, etc. Rien de tout ça ne vous fait envie?

On sacralise l’artiste qui fait un tube, qui devient célèbre et qui vit sur ses droits d’auteur durant des années. J’avais envie de désacraliser ça en faisant une musique qui se moque. J’aime bien en rire car – et mon entourage me le dit – je n’ai pas du tout la carrure. Je me suis faite à l’idée que je ne ferai jamais de tube. Il y a des maisons de disques qui m’ont fait des jolis deals et que j’ai refusés. Et à mes débuts, j’ai entendu des voix qui me disaient que je n’étais pas à la mode. Mais moi je suis campagnarde. Je sais d’où je viens et je n’accorde pas d’importance à l’apparence.

Vous portez pourtant la même veste à boutons dorés depuis vos débuts. Que signifie-t-elle?

Je l’ai enfilée dès mon deuxième concert. Elle symbolise mon côté rigide. C’est peut-être un clin d’œil à ma vie d’avant, de policière: l’uniforme, les boutons, ce côté colonel. J’aime bien la porter sur scène car elle me donne une image de personne très droite, alors que je m’amuse à dire des choses farfelues.

Dans «Questions bêtes», vous vous demandez joliment «comment peut-on consoler un saule pleureur «est-ce que le temps est plus souple sur une montre molle ou encore «quel est le synonyme du mot synonyme?». Vous êtes une personne qui se pose sans arrêt des questions?

Je me pose énormément de questions. Je cogite beaucoup, je suis un peu anxieuse, bileuse. Mais c’est ce qui me permet de créer. J’ai mis trois ans à faire «Amstram» parce que je ne suis pas capable de m’isoler durant plusieurs semaines pour écrire. J’essaie de garder un rythme de vie normal et tout à coup je vais avoir une idée. J’écris comme je vis: c’est très désordonné. Si vous voyiez ma voiture!

Vous l’avez dit: vous êtes une chanteuse à texte. Avez-vous le projet d’écrire un livre?

(Long silence.) Joker!

Vous serez à Label Suisse le dimanche 20 septembre. Pas seule, avec un orchestre de chambre. Décrivez-nous ce projet.

C’est un projet avec lequel j’ai déjà passablement tourné. L’idée est de se faire rencontrer l’electro minimale avec la musique classique et les arrangements d’Étienne Champollion. C’est aussi la possibilité de remplir une scène, parce que moi je suis toute petite.

Ensuite, le 11 novembre à l’Auditorium Stravinski, ce sera même plus grand…

Oui, je serai avec l’orchestre Amati, soit 50 musiciens. Après avoir vu un concert au Stravinski avec des amis, je leur avais dit que, si je pouvais y jouer un jour, je pourrai mourir après. Vous saurez qu’à partir du 12 novembre, je peux crever, je m’en fous, j’aurai tout fait! (Rires.)

«Amstram» (déjà disponible sur phaneedepool.com). En concert le 20 septembre à Label Suisse et le 11 novembre à l’Auditorium Stravinski.
Phanee de Pool

«Amstram» (déjà disponible sur phaneedepool.com). En concert le 20 septembre à Label Suisse et le 11 novembre à l’Auditorium Stravinski.

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