Hockey sur glace - Philippe Bozon: «Hazen et Devos doivent essayer de faire abstraction»
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Hockey sur glacePhilippe Bozon: «Hazen et Devos doivent essayer de faire abstraction»

Le sélectionneur de l’équipe de France comprend les deux Québécois d’Ajoie. Lui aussi était passé par une étape compliquée à gérer entre avenir incertain et annonce de son départ.

par
Grégory Beaud
Philippe Bozon avait été exemplaire avec La Chaux-de-Fonds

Philippe Bozon avait été exemplaire avec La Chaux-de-Fonds

AFP

Lorsqu’il répond au téléphone, Philippe Bozon sait bien la raison de l’appel. «J’ai suivi ce qui arrive autour de Devos et Hazen», détaille-t-il. Et forcément, l’histoire ravive quelques souvenirs. Vendredi, les deux leaders du HC Ajoie ont été annoncés à Kloten la saison prochaine en cas de promotion des Zurichois. Emanant d’abord de Blick puis du Tages Anzeiger et enfin de la Neue Zürcher Zeitung, l’information n’a pour l’heure pas été confirmée. Le club de Porrentruy a lancé un «vif démenti» – comment peut-il en être autrement? C’est dans ces conditions que s’est déroulé le premier acte de la finale entre Ajoie et… Kloten. Evidemment. Les Zurichois se sont imposés 5-2 à domicile face à un HCA privé de Jonathan Hazen, convalescent.

Philippe Bozon avait vécu pareille situation en 1996. On rembobine. Alors engagé dans une poule de promotion relégation avec La Chaux-de-Fonds, l’international français a été annoncé en partance pour Lausanne, club de première division et… menacé de relégation par les Abeilles. «Ce n’était pas une situation facile à vivre, se remémore-t-il. Ce qui avait envenimé les choses, c’est que nous avions pris une déculottée à Lausanne au moment où ces rumeurs sont sorties.» Forcément, l’implication de «Boz’» a été remise en question avant l’acte retour aux Mélèzes. «Je peux vous dire que je m’en souviens et je l’avais moyennement apprécié, lance-t-il. C’est ce qui m’avait le plus marqué. Que des gens à l’intérieur du club me critiquent et remettent mon intégrité en cause, c’était difficile à vivre.»

Quadruplé

C’est dans ce contexte électrique que le HCC recevait un Lausanne HC proche de la relégation en cas de défaite aux Mélèzes. «Je n’ai jamais triché et la suite m’avait donné raison», narre Philippe Bozon. La suite? Un match ahurissant avec sept points (quatre buts et trois assists) pour remporter une victoire 9-3 face à son futur club, le condamnant ainsi à une culbute en deuxième division. «Boz’» se condamnait, du même coup, à jouer en LNB lui aussi. «Je ne pouvais pas garantir que cela se passerait aussi bien, nuance l’actuel sélectionneur national de l’équipe de France. Mais j’ai toujours donné le maximum et je crois que ce soir-là j’avais fermé la bouche de tout le monde (rires). Lorsque j’étais engagé quelque part, je me donnais toujours à fond.»

L’Impartial du 25 mars 1996.

Une caractéristique qui colle également aux lames de Devos et Hazen, justement. «Pour eux, le défi sur cette finale sera de garder leur focus sur le jeu et rien d’autre. Le système des transferts n’est pas bon, c’est dommageable et cela ne doit pas être agréable pour eux. À l’époque, j’avais pu passer outre les remarques, mais je peux comprendre que certains soient perturbés et se laissent prendre dans cette ambiance de polémique. S’ils font abstraction, cela se passera bien.»

Défiance des médias locaux

Lorsque l’on dit que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, jugez plutôt. Quelques jours avant la rencontre entre La Chaux-de-Fonds et Lausanne, Le Matin avait sorti l’information que Philippe Bozon et Laurent Stehlin allaient patiner pour Lausanne. «Malaise aux Mélèzes», tel était le titre de l’article de l’époque.

L’article du «Matin» de l’époque.

Réaction du journal local? Méfiance, doute et même… suspicion de désinformation.

Extrait de L’Impartial

Quelques jours après ces lignes, le transfert de Philippe Bozon était confirmé. L’information révélée par Le Matin était donc correcte.

Et depuis jeudi, que se passe-t-il? Notamment sur le site de RFJ, un journaliste visiblement très remonté y est allé d’un commentaire mélangeant subtilement (…) journalisme et partisanisme. «Vous pensiez déstabiliser votre adversaire? Susciter un climat de torpeur, de méfiance, d’inquiétude et de dégoût autour du HCA? Vous n’avez en définitive gagné que le mépris de ses supporters. La haine de ses ultras, sans doute. Et la furieuse envie d’une vaillante équipe jurassienne de vous faire bouffer votre journal à la fin de la série. Alors merci. Merci parce que vous venez peut-être d’offrir aux Ajoulots, à Hazen et Devos, ce «supplément d’âme» qui forge les exploits. Rendez-vous sur la glace. Face à face. Les yeux dans les yeux. Là où l’on ne peut plus se cacher.» Ambiance.

Précisons que, pour l’heure, il est impossible de savoir si l’information des trois grands journaux zurichois est correcte et peut-être ne le saurons-nous jamais en cas de victoire et donc de promotion du HC Ajoie. Mais ce que l’on sait, par contre, c’est que certains mécanismes de défense paraissent immuables.

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