Nos légendes: Philippe Perret, un record pour l'éternité
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Nos légendesPhilippe Perret, un record pour l'éternité

Le milieu de terrain défensif, surnommé «Pétchon», a disputé 540 matches de LNA, tous sous le maillot de NE Xamax. Personne n'a fait - ni ne fera - mieux en Suisse.

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Sport-Center
Philippe Perret (ici en finale de la Coupe de Suisse 1990 face à Mark Strudal de Grasshopper): l'abnégation et la fidélité récompensées.

Philippe Perret (ici en finale de la Coupe de Suisse 1990 face à Mark Strudal de Grasshopper): l'abnégation et la fidélité récompensées.

Eric Lafargue

Philippe Perret a aujourd'hui 58 ans. Il a mis un terme à sa carrière il y a 22 ans, après vingt saisons de Ligue nationale A au cours desquelles il a disputé 540 matches. Un record absolu en Suisse, qu'il a récupéré il y a moins de deux ans, lorsque la Swiss Football League, qui mettait de l'ordre dans ses statistiques, s'est aperçue que le Zurichois Urs Fischer avait joué 11 de se 545 matches en LNB (avec Saint-Gall, en 1994).

Ces 11 matches ont donc été retranchés du total de Fischer, faisant de Perret le recordman de matches joués dans l'élite du foot suisse. Qui plus est, «Pétchon» a disputé l'entier de sa carrière sous le même maillot, celui de NE Xamax. Ce record est donc appelé à tenir pour l'éternité. «Aujourd'hui, les joueurs changent tellement souvent de clubs que je vois mal comment il pourrait être battu, concède l'intéressé. En fait, je pense même que c'est absolument impossible qu'un joueur reste aussi longtemps dans le même club.»

Le sang rouge et noir, le Sagnard est revenu à ses premières amours, puisqu'il entraîne depuis l'été dernier les M21 xamaxiens, après avoir successivement dirigé Yverdon (2000/01 et 2016/17), Fribourg (2002/04 et 2013/15), La Chaux-de-Fonds (2004/07), Serrières (2007/08) et Bienne (2008/13). Pour «LeMatin.ch», il a accepté de jeter un coup d’œil dans le rétro et de revenir sur ses 20 ans de carrière de joueur.

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Son arrivée à Xamax

NE Xamax s'est intéressé à Philippe Perret alors que le jeune Sagnard n'avait même pas 16 ans. «J'avais été repéré en sélection cantonale, se souvient-il. Mon entraîneur Bernard Corti avait décelé mes qualités et me prenait déjà à part. À l'époque, j'avais commencé mon apprentissage de maçon à La Chaux-de-Fonds, et tout indiquait que je me dirigerais vers le FCC.»

C'est alors que les dirigeants xamaxiens ont débarqué. «Ils sont arrivés chez mes parents et le président Gilbert Facchinetti leur a dit qu'il avait une entreprise, que je pourrais poursuivre mon apprentissage chez lui. Tout s'est fait comme dans un rêve.» En apprenant que Xamax s'intéressait à Perret, le FC La Chaux-de-Fonds a bien tenté de réagir. Mais c'était trop tard. Ce serait Xamax.

Philippe Perret a donc pris la direction de Saint-Blaise et de la villa Facchinetti. «Le président m'a hébergé pendant deux ans, se souvient-il. J'étais considéré comme faisant partie de la famille, vraiment. Et j'ai pu terminer mon apprentissage. À l'époque, nous étions vraiment des semi-pros. Puis, j'ai partagé un appartement avec Stéphane Forestier, qui arrivait de Vevey. C'était sympa. En plus, nous sommes les deux nés un 17 octobre!»

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Ses débuts en LNA

Philippe Perret a joué pour la première fois en équipe première à l'automne 1978, alors qu'il avait 17 ans à peine. Il était entré pour les dernières minutes d'un match à Chiasso. Son entraîneur de l'époque, Erich Vogel, lui avait alors dit: «T'es content, tu as gagné la prime!» «Mais moi je m'en moquais», nuance celui que ses coéquipiers Michel Decastel et Jean-Robert Rub avaient tout de suite surnommé «Pétchon». Il ajoute: «Tout ce qui comptait, c'était ce qui venait de se passer. C'était fou, j'avais joué en Ligue A!»

Le sticker Panini de Philippe Perret en 1982. Il avait 20 ans. Image: DR.

Le sticker Panini de Philippe Perret en 1982. Il avait 20 ans. Image: DR.

Lors de sa première saison, Philippe Perret n'a eu droit qu'à quelques apparitions sur le terrain. Il a un peu plus joué lors de son deuxième exercice, mais c'est à partir de la saison 1980/81 que la machine Perret s'est mise en route. «Jean-Marc Guillou était arrivé comme entraîneur-joueur, et il avait complètement révolutionné nos principes de jeu. C'est durant cette saison-là que j'ai réussi à m'imposer à mi-terrain. Autour de moi, il y avait Walter Pellegrini, Rainer Hasler, Silvano Bianchi, Robert Lüthi (ndlr: son fidèle assistant depuis qu'il est entraîneur) ou encore Lucien Favre. On avait réalisé une super-saison, décrochant la toute première qualification européenne du club.»

Gilbert Gress est alors arrivé, et Xamax allait d'emblée écrire l'histoire en se qualifiant pour les quarts de finale de la Coupe de l'UEFA 1981/82 (élimination contre le SV Hambourg, 2-3 et 0-0).

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Son premier titre

Xamax avait touché de peu à la consécration en 1986, mais Young Boys était venu doucher ses espoirs en venant s'imposer 4-1 à la Maladière lors de l'avant-dernière journée de championnat. «J'avais suivi le match depuis ma chambre, c'était juste après ma fracture du péroné (lire ci-dessous), se souvient Perret. Mais heureusement, il y a eu ce titre en 1987. On était allé gagner à Lausanne lors de l'avant-dernière journée, c'était de la folie. Un truc de malade, vraiment. Mais surtout une récompense énorme et un sentiment incroyable.»

L'équipe de NE Xamax 1987-1988, qui allait fêter un deuxième titre consécutif. On reconnaît Philippe Perret dans la rangée supérieure (3e depuis la dr., entre Claude Ryf et Patrice Mottiez). Image: Keystone.

L'équipe de NE Xamax 1987-1988, qui allait fêter un deuxième titre consécutif. On reconnaît Philippe Perret dans la rangée supérieure (3e depuis la dr., entre Claude Ryf et Patrice Mottiez). Image: Keystone.

Xamax allait enchaîner avec un deuxième titre consécutif, qui reste son dernier. Avec le recul, Perret estime que le bilan aurait pu être meilleur encore: «Entre 1986 et 1990, on a loupé un titre ou l'autre pour pas grand-chose. Physiquement, on était souvent sur les rotules en fin de match.»

L'autre grand regret de Philippe Perret est de n'avoir jamais soulevé la Coupe de Suisse. Durant ses vingt ans de carrière, Xamax ne s'est qualifié «que» pour deux finales, toutes deux perdues - comme les trois autres, d'ailleurs. En 1985, Pétchon avait assisté à la défaite 0-1 contre Aarau depuis la tribune de presse. «Je m'étais fracturé l'omoplate en demi-finale et j'avais officié en qualité de consultant pour la radio neuchâteloise RTN.» Et en 1990, il était capitaine quand son équipe s'était inclinée 1-2 face à GC.

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Son premier but

«Alors là, j'ai un blanc...» Pétchon réfléchit, et ajoute en riant: «Pourtant, je n'en ai pas marqué beaucoup!» 27, pour être précis. Perret retrouve pourtant la mémoire: «Je crois que j'avais marqué mon premier but à Lucerne. Mais on s'était inclinés 1-3.»

Le milieu de terrain défensif a un souvenir particulier lié à l'un de ses buts: «On jouait contre Sion, qui était alors entraîné par Bertine Barberis. À l'échauffement, un joueur de Sion était venu me dire que, durant sa théorie, Barberis avait dit à ses joueurs que Piffaretti (alors à Xamax) et moi ne représentions aucun danger, parce que nous ne tirions jamais. Qu'on pouvait donc nous laisser le ballon quand on l'avait. Ce jour-là, j'avais armé une frappe de 25 mètres, du pied gauche en plus, qui avait terminé dans la lucarne de Stefan Lehmann!»

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Ses souvenirs européens

Il en a tellement, qu'il ne pourrait pas tous les énumérer. Mais s'il est une double confrontation qui reste dans la mémoire de Pétchon, c'est le quart de finale de la Coupe de l'UEFA 1985/86 contre le Real Madrid. «Au match aller (perdu 0-3), nous avions été lésés par l'arbitre, M. Petkovic. Mais ce n'est pas cela que je retiens. Avec le recul, c'était un moment inouï. Imaginez, pour un gars de La Sagne, ce que cela peut faire d'entrer dans Bernabeu devant 100'000 personnes. C'était un truc de malade, et ce sont ce genre d'émotions qui restent après coup. En plus, Ulli Stielike venait d'être transféré du Real

Au retour, Xamax s'était imposé 2-0 grâce à des buts de Stielike et de Jacobaci, devant 25'500 spectateurs (record de l'ancienne Maladière, dans laquelle des tribunes supplémentaires avaient été installées).

Le 30 septembre 1997, Philippe Perret a disputé son 50e et dernier match de Coupe d'Europe. C'était au 1er tour principal de la Coupe de l'UEFA, face à l'Inter Milan du «Fenomeno» Ronaldo, rien que cela! «Je me souviens qu'à l'Inter, Giuseppe Bergomi fêtait son 100e match européen le même soir.» Xamax s'était incliné deux fois 0-2, la défaite au retour à Neuchâtel étant la première concédée en 25 matches de Coupe d'Europe à la Maladière.

Le 30 septembre 1997, Philippe Perret disputait son 50e (et dernier) match de Coupe d'Europe face à l'Inter Milan du «Fenomeno» Ronaldo. Un match qui a coïncidé avec la première défaite de Xamax à la Maladière (0-2). Image: Eric Lafargue.

Le 30 septembre 1997, Philippe Perret disputait son 50e (et dernier) match de Coupe d'Europe face à l'Inter Milan du «Fenomeno» Ronaldo. Un match qui a coïncidé avec la première défaite de Xamax à la Maladière (0-2). Image: Eric Lafargue.

Et lorsqu'on demande à Philippe Perret quel est le plus fort joueur qu'il ait affronté sur la scène européenne, sa réponse fuse: «Gheorghe Hagi, sans conteste. Il jouait au Sportul Studentesc Bucarest, que nous avions éliminé au 1er tour de la Coupe de l'UEFA 1985/86 (3-0 et 4-4). Il était exceptionnel, je n'avais pas vu le ballon.»

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Sa grave blessure

Au printemps 1986, Philippe Perret était à la croisée des chemins. Courtisé par le Servette FC, entraîné par un certain Jean-Marc Guillou, il était sur le point d'abandonner le rouge et noir neuchâtelois pour le grenat servettien. «Avec Servette, nous étions à bout touchant», se souvient Perret.

C'est alors qu'est survenu l'accident. Ou plutôt l'attentat: le 10 avril 1986, la Suisse de Daniel Jeandupeux affrontait l'Allemagne à Bâle (défaite 0-1). Aligné comme titulaire, Perret a été victime à la 73e minute d'un tacle assassin du défenseur du SV Hambourg Ditmar Jakobs. Verdict: multiples fractures du tibia et du péroné. Et seulement carton jaune pour Jakobs.

La une du «Matin» du 10 avril 1986, au lendemain du tacle assassin de l'Allemand Ditmar Jakobs sur Philippe Perret (que l'on distingue à g. sur la photo). Titre: «Un geste odieux», ça se passe de commentaire.

La une du «Matin» du 10 avril 1986, au lendemain du tacle assassin de l'Allemand Ditmar Jakobs sur Philippe Perret (que l'on distingue à g. sur la photo). Titre: «Un geste odieux», ça se passe de commentaire.

«C'est le gros point noir de ma carrière, commente Perret à ce sujet. On sait que ça fait partie des risques du métier. Mais ce tacle était vraiment volontaire et méchant. En plus, Jakobs n'a jamais pris de mes nouvelles et ne s'est jamais excusé. Moi, j'ai mis un an à m'en remettre, et il m'a encore fallu pas mal de temps supplémentaire pour retrouver mon niveau.»

Dans le même temps, cette blessure a mis un terme aux tractations qui étaient à bout touchant entre Servette et Perret. «Je devais signer à Servette le lendemain de ce Suisse - Allemagne... J'y vois comme un signe. Il devait être écrit que je ne porterais qu'un seul maillot dans ma carrière.»

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Ses adieux

En 1997, Philippe Perret a annoncé qu'il continuait encore une saison, mais pas une de plus. Un an plus tard, lors de l'avant-dernière journée du tour de promotion-relégation LNA/LNB, Perret avait marqué son 27e et dernier but. «C'était un match pour beurre, se souvient-il. On gagnait et on avait obtenu un penalty. Mes coéquipiers m'avaient envoyé le tirer, alors que ce n'était pas ma spécialité. J'y étais allé, et au moment de frapper, j'avais glissé comme un couillon (sic!). Mais j'avais quand même marqué!»

Perret a disputé sa 540e et dernière partie officielle une semaine plus tard, le 23 mai 1998, à Baden, où le club rouge et noir s'est fait étriller 5-1. «C'est au retour de Baden qu'on m'a convaincu d'organiser un match d'adieu. On n'arrêtait pas de me répéter que je devais finir par un match à Neuchâtel, et pas sur cette défaite. J'ai donc organisé une rencontre de gala la 18 août. C'était sympa. Il y avait 4 à 5000 spectateurs, et j'étais entré sur le terrain en tenant mes deux filles par la main. Pas mal de joueurs avaient répondu à l'invitation, comme Chapuisat, Gottardi ou Luis Milton. Refermer l'album comme ça, c'était juste incroyable. J'ai revu passer mes vingt ans de carrière avant de saluer le public une dernière fois.»

Stéphane Chapuisat (à g.) avait tenu à participer au match d'adieu de Philippe Perret, le 18 août 1998. Image: Keystone.

Stéphane Chapuisat (à g.) avait tenu à participer au match d'adieu de Philippe Perret, le 18 août 1998. Image: Keystone.

Renaud Tschoumy

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