Football: «Bien contrôlé, un physique d’Apollon est un avantage»
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Football«Bien contrôlé, un physique d’Apollon est un avantage»

Alors que le footballeur suisse Rolf Feltscher défraie la chronique en Allemagne pour son physique, nous avons demandé au préparateur physique Florian Lorimier si tant de muscles profitaient toujours aux joueurs.

par
Thibaud Oberli

Cristiano Ronaldo, Zlatan Ibrahimovic ou dans un autre ordre d’idée Adama Traoré: les footballeurs qui accordent une attention particulière à leur musculature ont la cote. À un autre niveau, on l’observe aussi ces derniers jours avec l’engouement provoqué en Allemagne par l’arrivée du Suisse Rolf Feltscher chez les Würzburger Kickers, qui évoluent en deuxième division. Des physiques d’Apollon loués sur les réseaux sociaux pour leur esthétique, leur finesse ou parfois la puissance ressentie rien qu’à la vue d’une telle force.

Mais qu’en est-il des performances? Dans quelle mesure entraîner son corps dans un tel développement avantage réellement les footballeurs? Pour le savoir, nous avons demandé au préparateur physique à succès, Florian Lorimier. Le spécialiste s’est notamment occupé des skieurs Didier Cuche ou Justin Murisier après leurs blessures. Son travail a aussi permis à plusieurs athlètes d’atteindre des sommets. La preuve avec les 3 médailles olympiques, les 7 médailles mondiales et les 23 titres nationaux obtenus par des champions passés entre ses mains.

Est-ce que le fait d’avoir une forte musculature, comme celle de Rolf Feltscher, est réellement un gage de qualité pour un footballeur?

Je n’ai pas l’impression qu’il soit surmusclé. Mais c’est vrai qu’il a une définition musculaire qui fait penser à des athlètes travaillant aussi au niveau diététique. Côté football, une telle musculature n’est pas forcément utile. Il existe plusieurs bons footballeurs qui sont moins affûtés physiquement. Ce qui est important, c’est la manière d’utiliser d’une telle musculature. La coordination, qui relève de l’aspect neurologique, est primordiale au moment d’utiliser ce potentiel musculaire, au même titre que la technique, la tactique ou la gestuelle pour être performant dans une discipline.

Cela peut aussi représenter un avantage dans la prévention des blessures. Le football demande beaucoup d’accélérations et de changements de direction. Si la musculature est bien présente, les articulations sont protégées par celle-ci. Toutefois, il ne faut pas que cette musculature soit hypertrophiée, car elle peut amener un poids important qui ne va plus être un avantage pour le joueur. Pour en revenir à Rolf Feltscher, plus ne serait pas forcément nécessaire. Mais je n’y trouve rien d’exagéré.

Est-ce aussi une manière de prolonger une carrière, à l’image d’un Zlatan Ibrahimovic, que Feltscher a côtoyé aux Los Angeles Galaxy?

Il est clair que la qualité et l’entretien physique permettent de tenir la distance. Il faut aussi souligner l’aspect financier, car une carrière qui dure à haut niveau permet de mieux gagner sa vie et de le faire plus longtemps. Les exemples de Cristiano Ronaldo ou Zlatan Ibrahimovic leur donnent raison. D’ailleurs, ces athlètes travaillent avec des préparateurs physiques personnels, car ils veulent aller plus loin physiquement. Ils savent que leur corps est leur outil de travail et qu’il faut en prendre soin. Je pense que c’est quelque chose à encourager. Il est néanmoins nécessaire que cela garde des proportions logiques dans les disciplines pratiquées. Cette forme physique témoigne aussi d’une certaine santé. Un athlète professionnel ne doit pas forcément être trop «sec». Mais cela signifie qu’au niveau de leur métabolisme et aussi au niveau des hormones qui le régulent, ces athlètes sont équilibrés. On voit qu’ils ne sont pas en surentraînement non-plus, sinon ils n’arriveraient pas à maintenir ce physique au fil des saisons.

Peut-on perdre en performance en devenant plus athlétique?

La question sous-jacente est: comment agit le système nerveux qui commande cette musculature? C’est principalement une histoire de coordination. La musculature permet de développer de la force, de la vitesse et de la puissance, mais elle représente aussi une masse qui est intégrée au corps. Donc si la masse musculaire est bien utilisée par le système nerveux cela permet de devenir plus efficace. Jusqu’au moment où poids supplémentaire devient pénalisant. À ce moment-là, le rapport s’inverse. Longtemps le paradigme dominant soutenait que la musculation ralentissait. Ce qui n’est pas forcément le cas. Si des athlètes se ralentissent en gagnant du muscle, c’est qu’ils n’ont pas suffisamment augmenté leur force maximale et leur explosivité en parallèle. Ce n’est pas leur prise de masse musculaire qui est en cause, mais la manière par laquelle ils l’ont prise. Dans ce sens, je peux comprendre que certains soient opposés à trop grande progression.

Quels pourraient être les dangers de cette évolution?

Le dopage peut représenter un risque. Il est possible d’avoir, parfois, des suspicions, notamment si l’athlète présente un aspect «sec», donc très défini, avec une musculature apparente et une peau très fine. Mais attention! Je ne dis pas que ce type d’athlètes ont recours à des produits dopants. Mais cela peut peut-être encourager certains, notamment des jeunes, à essayer d’utiliser des raccourcis pour atteindre ce niveau-là. Certains n’ont peut-être pas un entourage capable de les y amener de manière naturelle. Reste qu’en tant que professionnel, il est tout à fait possible d’atteindre ce niveau d’apparence physique, sans parler des performances, de manière naturelle. Ces athlètes consacrent leur vie à leur discipline. Ils peuvent vérifier leur nourriture, disposent des soutiens nécessaires et peuvent organiser des phases de récupération. On sait que Ronaldo dort énormément et fait très attention à ce qu’il mange. On sait l’importance du sommeil dans la composition corporelle et dans la capacité de réduire le vieillissement. Ces athlètes ont tout pour eux. C’est un phénomène à encourager, même si ce n’est pas à la portée de tout le monde.

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