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Procès«Picasso avait une confiance absolue en moi»

Un ancien électricien et son épouse, qui ont conservé 271 oeuvres de Picasso pendant 37 ans, comparaissent en justice en France depuis mardi pour recel, sur plainte des héritiers du maître.

AFP

L'ancien électricien, Pierre Le Guennec, 75 ans, doit répondre devant le tribunal correctionnel de Grasse (sud-est de la France) de la possession de 271 oeuvres inconnues du maître, décédé en 1973, et dont il assure qu'elles lui ont été offertes par l'artiste et sa compagne.

«Picasso avait une confiance absolue en moi», a-t-il assuré au premier jour du procès, affirmant avoir gardé pendant quatre décennies la boîte remplie d'oeuvres d'art au fond de son garage avant de décider de les faire authentifier.

«J'ai jamais pu comprendre qu'on puisse faire avaler ça. C'est comme si vous allez chez le boulanger pour une baguette et qu'il vous en donne 271!», a réagi à la barre avec gouaille, Maya Widmaier-Picasso, fille du peintre et de sa muse Marie-Thérèse Walter. Son père mettait sur chaque oeuvre «dédicace, date, lieu et signature» qu'il entendait vendre ou donner, ce qui n'est pas le cas des oeuvres détenues par le couple de retraités.

«Un rassemblement d'objets de cet ordre, c'est tout à fait renversant», a estimé pour sa part Claude Ruiz Picasso, fils de Picasso et de Françoise Gillot.

Quant à la fille de Jacqueline Picasso, Catherine Hutin-Blay, la seule à avoir connu Le Guennec, elle admet que l'électricien avait une relation privilégiée au mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins (sud), dernière demeure de l'artiste, décédé en 1973.

«On lui faisait vraiment confiance. C'était quelqu'un qui était très familier dans la maison et qui avait un rapport absolument cordial», a-t-elle décrit. Pour autant, «toute cette collection absolument extraordinaire, Picasso n'aurait jamais donné ça».

Pour Jean-Jacques Neuer, avocat de Claude Picasso, on a carrément «affaire à un blanchiment international d'oeuvres d'art». «C'est à lui (Pierre Le Guennec) qu'on a confié ces oeuvres volées parce qu'il avait eu des relations avec Picasso», a-t-il accusé, en dévoilant une hypothèse non versée au dossier. «C'est de la foutaise», a réagi, outré, lors d'une suspension d'audience l'avocat du prévenu, Me Charles-Étienne Gudin.

Me Neuer a bombardé le retraité de questions sur un inventaire et une description très détaillée de chaque oeuvre, que M. Le Guennec aurait dressés seul ou avec l'aide d'un beau-frère galeriste.

Le Guennec identifie par exemple une petite étude abstraite au crayon comme ayant des similitudes avec une peinture de 1915 d'un Arlequin exposé au Musée d'art moderne de New York (Moma), met en exergue Me Neuer.

Le prévenu répond confusément et ne semble pas connaître l'existence du Moma, il a des trous de mémoire mais rétorque qu'il a fait la liste lui-même.

Auparavant, Pierre Le Guennec a raconté par le menu comment, selon sa version, Jacqueline, dernière muse de Picasso, lui donna un jour de façon informelle une boîte remplie d'oeuvres de la main du peintre. «Elle m'a dit +ça c'est pour vous+», affirme-t-il.

L' ancien électricien avait été chargé d'installer un système de sécurité dans le mas provençal, dernière demeure de l'artiste.

En juillet 1971, Picasso lui dédicace un catalogue d'exposition dans leur jardin.

Pierre Le Guennec dit ne pas avoir réalisé la valeur du cadeau. «C'est pas comme si je voyais une toile, c'est pas pareil, pas la même réaction», explique-t-il.

L'artisan avait remisé la boîte dans son garage. Il affirme avoir rouvert le carton seulement en 2009, car il était malade et voulait mettre de l'ordre dans ses affaires.

La découverte publique de ce trésor inédit remonte à 2010 quand l'ancien employé a voulu faire authentifier les oeuvres.

Les héritiers de Pablo Picasso se sont alors portés partie civile, avec la certitude que les oeuvres avaient été volées.

L'enjeu financier et patrimonial est de taille : les 271 oeuvres (petites toiles, lithographies, collages, dessins) sont en parfait état de conservation.

Echelonnées de 1900 à 1932, elles sont très disparates mais comprennent des pépites: par exemple 9 «collages cubistes» très rares, selon Me Jean-Jacques Neuer.

(AFP)

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